Le tourisme hivernal souffrira des changements climatiques

Les propriétaires de boutiques de location de skis de fond ou de motoneiges encaisseront le coup le plus dur.
Photo: Olivier Zuida - Le Devoir Les propriétaires de boutiques de location de skis de fond ou de motoneiges encaisseront le coup le plus dur.

Mémoire de météorologues, la dernière décennie aura été la plus chaude enregistrée jusqu’à présent dans le sud du Québec. La saison de gel a été plus courte, les jours de pluie ont été plus nombreux et les jours de neige, moins nombreux. L’industrie touristique doit s’acclimater, sinon elle en prendra pour son rhume, avertit la Chaire de tourisme Transat de l’ESG UQAM.


Faute de « nouvelles mesures d’atténuation et d’adaptation », les gains réalisés durant la période estivale, de plus en plus longue, risquent de ne pas être suffisants pour compenser les pertes subies durant la saison hivernale, de plus en plus courte. Les changements climatiques ébranlent le « Québec original ».


Les Laurentides et les Cantons-de-l’Est - destinations les plus prisées par les touristes après les villes de Montréal et de Québec - enregistreront des « gains économiques » durant l’été. Ceux-ci seront toutefois insuffisants pour éponger les pertes qu’ils subiront durant l’hiver.


Les propriétaires de boutiques de location de skis de fond ou de motoneiges encaisseront le coup le plus dur. Les entreprises de location de motoneiges des Cantons-de-l’Est essuieront à eux seuls 70 % de l’ensemble des pertes. « Pour la motoneige, la baisse d’achalandage est proportionnelle au changement prévu à la durée de la saison. Or les pratiques actuelles des motoneigistes se concentrent majoritairement en janvier et février, ce qui pourrait réduire les pertes estimées », soulignent les auteurs de l’Analyse socio-économique des impacts et de l’adaptation aux changements climatiques de l’industrie touristique au Québec.


En revanche, en été, « les parcs nationaux et les campings situés dans la partie sud des Cantons-de-l’Est devraient, en général, enregistrer des hausses de fréquentation plus importantes », selon leurs projections.


« L’enjeu climatique s’ajoute aux nombreux défis économiques, démographiques et technologiques auxquels les dirigeants du secteur doivent faire face », fait valoir le directeur de projet Michel Archambault. Mais, « si ce nouvel enjeu est bien géré, le Québec pourrait tirer son épingle du jeu et bénéficier de retombées fort intéressantes », ajoute M. Archambault, qui est président du Bureau des gouverneurs de la Chaire de tourisme Transat de l’UQAM.


La présentation des conditions météorologiques « préoccupe au plus haut point » l’industrie touristique québécoise. Elle appelle les médias à mieux raffiner les prévisions à court terme. « 60 % de beau temps prévu au lieu de 40 % de probabilité de précipitations [et] devenant nuageux avec risque de pluie à compter de 14 h », illustrent les auteurs.


«Gérer les risques»


La Chaire de tourisme Transat de l’ESG UQAM et Ouranos proposent des pistes d’action afin de « gérer les risques ou les occasions d’affaires liés aux changements climatiques ».


Les chercheurs encouragent notamment les entreprises à adopter une « démarche concrète d’adaptation » aux changements climatiques au sein de leurs structures décisionnelles.


Ils recommandent au gouvernement du Québec d’établir un cadre réglementaire pour mieux intégrer l’adaptation aux changements climatiques et de mettre sur pied un programme de soutien.


Le secteur touristique (12,4 milliards de dollars de revenus) est également appelé à investir dans le renouvellement d’infrastructures, à faire face à une éventuelle pénurie de main-d’oeuvre ainsi qu’à une concurrence féroce.

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