Aéronautique: la main-d’oeuvre étrangère en dernier recours

Pas moins de 5000 postes d’ingénieurs, de techniciens ainsi que de machinistes devront être pourvus au cours de la prochaine année dans le secteur.
Photo: La Presse canadienne (photo) Michelle Siu Pas moins de 5000 postes d’ingénieurs, de techniciens ainsi que de machinistes devront être pourvus au cours de la prochaine année dans le secteur.

Le ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, a appelé lundi les acteurs de l’industrie aéronautique à faire « tous les efforts » possibles avant de recourir à la main-d’oeuvre étrangère.


« Il n’est pas question d’utiliser des travailleurs temporaires pour prendre la place de travailleurs québécois qui pourraient occuper les postes », a déclaré M. Marceau en marge de l’assemblée générale annuelle d’Aéro Montréal. « Mais, une fois qu’on a fait tous les efforts, et qu’on manque encore de travailleurs, on peut évidemment utiliser des travailleurs temporaires », a-t-il toutefois ajouté.


Il presse ainsi les Bombardier, Pratt Whitney, CAE, Héroux-Devtek, et compagnie - qui craignent une pénurie de main-d’oeuvre au cours des prochains mois - de faire appel à des travailleurs étrangers seulement en dernier recours. « [Ce] n’est pas une solution permanente », a-t-il répété. Selon le ministre, le « vrai problème » est plutôt le rétrécissement de la population active, notamment accéléré par l’arrivée tardive des jeunes sur le marché du travail ainsi que des départs à la retraite. « Il va falloir s’assurer de ne perdre personne, que ce soit les jeunes qui décrochent trop tôt ou les travailleurs expérimentés qui quittent trop tôt [pour la retraite]. C’est là-dessus qu’il faut agir », a fait valoir M. Marceau.


Pas moins de 5000 postes d’ingénieurs, de techniciens ainsi que de machinistes devront être pourvus au cours de la prochaine année dans le secteur. « Avec le lancement de la CSeries, on va avoir besoin énormément de main-d’oeuvre [pour] la production de ce nouvel avion. La cadence va augmenter en 2013, en 2014 et les années qui suivent », a indiqué la présidente-directrice générale d’Aéro Montréal, Suzanne M. Benoît. « Il y a un besoin urgent. »


Aéro Montréal ne ferme pas la porte à d’éventuels travailleurs étrangers. D’ailleurs, la grappe aérospatiale « travaille main dans la main » avec Montréal International et le Comité sectoriel de main-d’oeuvre en aérospatiale du Québec afin de mettre la main sur des talents étrangers. L’organisation s’engage néanmoins à faire « tous les efforts pour avoir des Québécois prêts à relever ces nouveaux défis dans les entreprises aérospatiales », a-t-elle ajouté.


Mme Benoît a été incapable d’évaluer la proportion de travailleurs de l’extérieur des frontières du Québec qui devront être appelés en renfort. Elle a plutôt profité de la 8e assemblée générale annuelle d’Aéro Montréal pour inciter les jeunes à faire carrière dans le secteur de l’aérospatiale, bien que ce soit « un petit peu cyclique ».


En effet, le pouvoir d’attraction des joueurs de l’industrie est parfois miné par les vagues de mises à pied rapportées au fil des années. « C’est sûr que les parents et les jeunes vont craindre, par exemple, le fait que c’est une industrie cyclique, que parfois il y a des mises à pied. On ne peut pas le nier. […] Parfois, on doit réduire notre main-d’oeuvre, mais elle remonte rapidement », a souligné la vice-présidente Affaires publiques, communication, responsabilité d’entreprise, de Bombardier Aéronautique, Hélène V. Gagnon.


La multinationale recourt de temps à autre à de la main-d’oeuvre étrangère pour répondre à certains besoins circonscrits, a-t-elle fait savoir. Le développement de la CSeries, dont le vol inaugural est prévu en juin, n’y échappera pas. Bombardier Aéronautique « met en place les mesures pour faire en sorte qu’on va développer la main-d’oeuvre ici ». « On travaille ensemble à se préparer pour faire face à ces enjeux-là collectivement, pas au sein de notre entreprise, mais au sein de tout le secteur », a assuré Mme Gagnon.


Hausse de 1,2 % des ventes


« Après trois années tumultueuses », l’industrie aérospatiale a « renoué avec la croissance en 2012 », a indiqué le président du conseil d’administration sortant d’Aéro Montréal, Gilles Labbé.


La dirigeante d’Aéro Montréal, Suzanne M. Benoît, a également invité lundi le gouvernement du Québec à « investir massivement » dans les programmes d’innovation afin de « développer les technologies du futur ».


Les gouvernements seraient d’une grande aide s’ils subventionnaient, par exemple, le chantier de l’automatisation de l’industrie aéronautique. « On sait qu’on ne fera jamais concurrence aux pays à bas coûts, alors, la seule façon pour nous de nous démarquer du point de vue de la compétitivité, c’est d’investir massivement dans la fabrication avancée. […] Toute la chaîne d’approvisionnement québécoise doit être rehaussée du point de vue de l’automatisation », a conclu Mme Benoît.

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