Le lobby canadien du sans-fil serait trop branché sur les puissants

Photo: - Le Devoir

Se disant excédés de voir le lobby de l’industrie sans fil pencher en faveur des gros joueurs, trois petits fournisseurs claquent la porte du regroupement en l’accusant notamment d’être inflexible sur la question des contrats de trois ans, pourtant illégaux en Europe.

Après des mois de réflexion, Wind Mobile, Public Mobile et Mobilicity ont pris la décision la semaine dernière de se retirer de l’Association canadienne des télécommunications sans fil (ACTS), un groupe de 130 membres dirigé par Bernard Lord, ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick.

« Il y a toujours une goutte qui fait déborder le vase, mais ceci n’est pas une réaction à un seul événement. C’est une combinaison de facteurs », a dit lors d’un entretien le chef des affaires réglementaires de Wind Mobile, Simon Lockie.

« Les avis de l’ACTS au sujet des contrats de trois ans, au sujet du spectre sans fil, au sujet de la qualité du service aux utilisateurs canadiens, ce ne sont pas des avis de l’industrie, ils visent à protéger le statu quo des trois grands joueurs. C’est inapproprié », a dit M. Lockie. Les dissidents présentent ces trois grands comme Rogers, Bell et Telus.

La question des contrats de trois ans a récemment fait l’objet de discussions lors d’audiences du CRTC portant sur l’élaboration d’un nouveau code pour l’industrie.

Les 130 membres de l’ACTS forment un groupe diversifié de fournisseurs de services sans fil, de vendeurs de pagettes et de fabricants d’appareils comme Samsung et Google. Outre M. Lord, qui est président et chef de la direction depuis octobre 2008, le président du conseil est Mark Henderson (Ericsson). Les vice-présidents sont Mirko Bibic (Bell), Morgan Elliot (BlackBerry), Ken Engelhart (Rogers), Ted Woodhead (Telus) et Serge Sasseville (Québecor Media).

Des trois dissidents, seulement Public Mobile a une présence au Québec. Les deux autres ont des points de vente à Ottawa, à Toronto et dans l’Ouest canadien. Wind Mobile appartient à la société égyptienne Orascom à la suite d’une transaction annoncée en janvier dernier. Celle-ci a été rendue possible par la levée de restrictions sur la propriété étrangère de compagnies qui détiennent moins de 10 % du marché. (La société mère d’Orascom est un groupe russe dénommé VimpelCom.)
 
Étonnement

L’ACTS a estimé que l’annonce est « malheureuse et étonnante », notamment parce que les trois sociétés ont participé aux travaux du conseil d’administration depuis leur création. « Nous rejetons l’accusation selon laquelle nous ne représentons que les intérêts de certains membres », a écrit l’organisme qui se finance à partir des cotisations de l’industrie. « L’ACTS a toujours travaillé au nom de ses membres et continuera de le faire. »

Un porte-parole de l’ACTS, Marc Choma, a concédé que certains enjeux ne font pas l’unanimité, comme la vente aux enchères de spectre sans fil prévue cette année et les questions de propriété étrangère au sein de l’industrie des télécommunications.

Le gouvernement fédéral, qui organisera la vente aux enchères au mois de novembre, a réservé un quart du spectre pour les plus petits joueurs, lesquels en auraient aimé plus. Ottawa croit que l’ensemble de l’opération lui permettra de récolter au moins 900 millions de dollars. Il s’agit de spectre de 700 MHz, idéal pour la densité des centres urbains, les ascenseurs, les tunnels, etc.

Ce n’est pas la première fois que les positions de l’ACTS sont critiquées. En 2011, Mobilicity a publié un communiqué de presse en accusant l’organisme de ne pas avoir à cœur la protection des consommateurs au Manitoba et dans le reste du Canada. La compagnie avait notamment parlé de l’« oligopole sans fil des Trois Grands ».

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