Fonds de travailleurs - Québec ne prendra pas la place d’Ottawa

Le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Michel Arsenault
Photo: - Le Devoir Le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Michel Arsenault

Le «plan B» du Fonds de solidarité FTQ a du plomb dans l’aile. Le gouvernement du Québec ne volera pas au secours des cotisants du plus important fonds de travailleurs si Ottawa abolit comme prévu le crédit d’impôt dont ils bénéficient actuellement.

La première ministre du Québec, Pauline Marois, écarte la possibilité de bonifier l’avantage fiscal octroyé aux participants du Fonds. « Non, le gouvernement du Québec ne « songe » pas à pallier le retrait du fédéral », a indiqué l’attachée de presse de la première ministre, Marie Barrette, dans une entrevue téléphonique avec Le Devoir.

La chef du gouvernement s’est engagée à « songer » à «reprendre la place du fédéral», avait pourtant indiqué à l’Agence QMI le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Michel Arsenault.
 
« Ce qui a été dit à M. Arsenault, c’est que le gouvernement les accompagnerait dans la bataille », a précisé Mme Barrette mercredi après-midi.
 
À coups de lettres ouvertes, de pétitions, de publicités dans les médias, de messages aux cotisants, le Fonds de solidarité FTQ s’efforce de faire plier Ottawa. « On se concentre entièrement sur le « plan A » en ce moment », a spécifié mercredi le porte-parole du Fonds de solidarité FTQ, Patrick McQuilken. La période de consultations du gouvernement fédéral prend fin le 31 mai, a-t-il souligné.

Le « plan A » consiste à « démontrer que les investissements du Fonds de solidarité FTQ ont permis de créer et de maintenir de l’emploi », ajoute-t-il en pointant des exemples de « retombées concrètes dans l’économie ». Le gouvernement du Québec et le Fonds financeront près des deux tiers de l’investissement de 30 millions qui permettra à A J Walter Aviation de reprendre une partie des activités d’Aveos, qui a fait faillite l’an dernier.

Le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, a fait le choix d’éliminer progressivement le crédit d’impôt de 15 % dont bénéficient actuellement les cotisants aux fonds de travailleurs au Canada. Le crédit d’impôt de 15 % sera abaissé à 10 % en 2015 et à 5 % en 2016, pour disparaître par la suite, ce qui permettrait à Ottawa de dégager des économies de quelque 355 millions de dollars.

Le Fonds de solidarité FTQ — gérant un actif de 8,8 milliards de dollars — sera touché au premier chef.
 
En marge d’une activité de l’organisme Manufacturiers et exportateurs du Québec, le ministre Christian Paradis avait fait savoir le 25 mars que le gouvernement conservateur était disposé à mettre en œuvre un certain nombre de « mesures fiscales pour faciliter la transition ». Rien n’est aujourd’hui moins certain. L’attachée de presse de M. Paradis soupçonne que son patron a été cité hors contexte. « C’est seulement lui qui pourrait expliquer cela », a dit Alexandra Fortier. Mais, « [ce qui] est sûr : le gouvernement fédéral ne va pas reculer [dans le dossier du crédit d’impôt] ».

L’abolition du crédit d’impôt aura « un impact direct sur la capacité de la classe moyenne à contribuer à un REER de fonds de travailleurs comme le Fonds de solidarité FTQ, qui concentre ses investissements dans des entreprises du Québec », martèle le Fonds de solidarité FTQ.

C’est pourquoi l’élimination du crédit d’impôt suscite l’opposition à la fois des gens d’affaires, des syndicats et des épargnants, selon le porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière de travail, Alexandre Boulerice.

L’opposition officielle à la Chambre des communes s’est d’ailleurs jointe à l’offensive en lançant notamment une pétition contre la décision du ministre Flaherty.

Il s’agit d’une attaque directe contre le Québec puisque 90 % des sommes qu’Ottawa entend récupérer par cette mesure proviendront d’épargnants québécois, dénonce M. Boulerice. Le député néodémocrate y voit également l’expression de l’idéologie antisyndicale des conservateurs alors que ces fonds sont des initiatives d’organisations syndicales.

L’élu rejette du même coup l’argument conservateur voulant que le soutien gouvernemental ne soit plus nécessaire puisque les fonds de travailleurs sont désormais suffisamment capitalisés. Selon lui, ils doivent être renfloués afin de poursuivre leur mission, soit intervenir dans des secteurs boudés par les fonds traditionnels en raison de leurs rendements moins alléchants.

La Fédération interprofessionnelle du Québec assimile la décision à une nouvelle charge contre le mouvement syndical.
 
« On se réjouit de tous les appuis peu importe d’où ils proviennent », a indiqué M. McQuilken.


Avec La Presse canadienne

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