Le long purgatoire de la finance

Nick Leeson a en 1995 entraîné la banque anglaise Barings dans la faillite.
Photo: Agence France-Presse (photo) Nick Leeson a en 1995 entraîné la banque anglaise Barings dans la faillite.

Un retour confirmé et un autre, espéré. Coup sur coup ces derniers jours, le courtier qui a mis en faillite la banque britannique Barings après 223 ans d’existence en 1995 est devenu expert en gestion d’endettement alors qu’un analyste vedette de Wall Street pendant la bulle techno de 1999-2001 - banni à vie - a confié qu’il rêve d’une réhabilitation au sein de l’industrie.


Les manoeuvres de courtage de Nick Leeson, aujourd’hui conférencier, ont coulé la Barings d’un seul coup et fait des milliers de victimes, dont la reine d’Angleterre. Se décrivant comme « le premier courtier sans scrupule [en anglais, « rogue trader »] dont les risques non surveillés ont causé le plus gros scandale financier du XXe siècle », il parle sans gêne de négligence, d’incompétence. Ses manoeuvres de courtage sur l’indice japonais Nikkei dans un bureau de Singapour ont entraîné une perte de 1,3 milliard à l’insu de son employeur.


Or, depuis mardi, il donne des conseils aux clients de GDP, une firme irlandaise de services financiers. Il habite d’ailleurs le pays depuis dix ans. Son nouveau rôle : accompagner des gens dont la dette totalise 1 million d’euros (environ 1,3 million de dollars canadiens).


« J’ai fait face à un certain nombre de situations difficiles dans le passé et les ai vues évoluer pour le meilleur. Il est parfois difficile d’entrevoir la solution, mais soyez assurés qu’il y en a toujours une. Avec l’aide de GDP, vous pouvez reprendre le contrôle de votre situation financière », a-t-il affirmé dans un message transmis par la société. Il a fait de la prison et vaincu le cancer.


Comme conseiller, un rôle qui marque son retour dans le milieu financier après 18 ans d’absence, il tourne son attention vers les banques et la dette colossale que traînent des clients. (Le système bancaire irlandais traverse une grave crise depuis plusieurs années, une crise qui a nécessité des injections totalisant environ 68 milliards d’euros.)


« Avec des pratiques de prêt risquées, les banques irlandaises ont fait partie du problème et elles doivent maintenant faire partie de la solution », a dit M. Leesson lors d’un entretien publié dimanche par le quotidien Irish Independent. « Les gens se trouvent dans des situations terribles. Mais on peut faire quelque chose… Je sais ce que c’est quand ça tourne au vinaigre. »


Les critiques n’ont pas tardé.


« La bonne nouvelle, c’est qu’il ne pourra pas faire sauter les banques irlandaises : c’est déjà fait », a ironisé Le Figaro sur son site Internet. « Avant de refaire sa vie en Irlande, Nick Leeson a connu pendant quatre ans les geôles de Singapour, vaincu le cancer, divorcé, écrit un best-seller, inspiré un film et dirigé un club de foot. Avec ses faux airs de prince Albert de Monaco, il s’est racheté une respectabilité en s’érigeant en expert du management des risques. »

 

Le cas Blodget


La réintégration de M. Leeson survient quelques jours après que Henry Blodget, qui a connu la gloire comme analyste à Wall Street pendant la bulle techno de 1999-2001, eut confié à un journaliste du magazine New Yorker qu’il ne dirait pas non à une réhabilitation.


« J’aime ce que je fais, et je pense qu’il est improbable que je travaille un jour à Wall Street de nouveau, même s’il n’en tenait qu’à moi », a écrit Blodget dans un courriel transmis au journaliste Ken Auletta. Il dirige aujourd’hui le site d’information et d’opinion Business Insider, dont l’achalandage mensuel atteint 24 millions de visiteurs.


« Mais, il y a 10 ans, j’ai écopé de l’équivalent d’une destitution déshonorante de l’industrie et j’ai toujours eu honte de ça. À un moment donné, si approprié, j’aimerais explorer la possibilité d’être réhabilité », ajoute-t-il.


Ex-employé de Merrill Lynch, M. Blodget fait partie de ce groupe d’analystes fortement critiqués au début des années 2000 par Eliot Spitzer, alors procureur de New York. En 2003, la Securities and Exchange Commission a estimé que M. Blodget avait publiquement vanté les actions de sept compagnies, alors qu’en privé, il les avait dénigrées. L’entente à l’amiable s’est chiffrée à 4 millions, et M. Blodget a dû quitter l’industrie.

1 commentaire
  • - Inscrit 10 avril 2013 17 h 14

    Purgatoire ?

    Purgatoire vous dites ? JAMAIS les financiers n'ont eu à répondre de leur actes "criminels" en tant que financiers ! Oui criminels car ils ont brisé des vies, des familles, des carrières, et eux, n'ont jamais àrépondre de leurs actes .. car ils sont. comme les médecins et les juges, PLUS hauts que Dieu le Père dans l'imaginaire collectif.. de "monsieur et madame tout le monde" comme le dirais Mario Dumont.
    Nous sommes condamnés à la médiocrité éthique dans ce secteur.