Portrait d'entrepreneur - Le Plan Nord d’un homme qui n’a pas froid aux yeux

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	Pierre Lefebvre: «Je suis un créatif. Mon but est de trouver des solutions nouvelles.»</div>
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir
Pierre Lefebvre: «Je suis un créatif. Mon but est de trouver des solutions nouvelles.»

Pierre Lefebvre, né à Mont-Laurier, il y a 45 ans, a jusqu’à maintenant accumulé des expériences étonnamment variées. Après des études à l’Université du Québec en Outaouais pour devenir travailleur social, il obtient comme premier emploi celui d’« agent d’écrivain » au service d’Albert Jacquard, généticien de réputation internationale, auteur et conférencier qui venait souvent au Québec. « C’est l’histoire de ma vie. Je ne suis pas intellectuel, j’ai planté 300 000 arbres pour payer mes études, mais j’ai développé une habileté à parler et établir des relations avec les gens », dit-il de lui-même. Sa formation devait le conduire à une fonction de consultant en main-d’oeuvre et à une installation à Sherbrooke. Ce fut le point de départ de sa carrière d’entrepreneur.


Il a fondé en 1995 un centre de main-d’oeuvre, Action Emploi, pour aider des gens à entrer en relation avec des employeurs après un premier contact avec Emploi Québec. Il possède toujours cette entreprise de 12 employés, et qui a des bureaux à Saint-Hyacinthe et à Granby.


En 1998, il a été cofondateur, avec le notaire Louis Lagassé, de Gexel, un centre d’appels installé au départ à Magog, dont il est demeuré associé pendant sept ans, le temps de faire monter le chiffre d’affaires à « quelques dizaines de millions ». Cette société existe encore et compte maintenant environ 1200 employés. Puis, M. Lefebvre est devenu président de la Chambre de commerce et d’industrie de Magog avec le mandat de donner un coup de pouce au promoteur André L’Espérance dans le projet de développement d’un Centre récréotouristique au mont Orford, un projet qui a dû être abandonné devant les nombreuses contestations qu’il a suscitées.


Il a par ailleurs occupé des fonctions de cadre supérieur dans d’autres entreprises, notamment dans le domaine des télécommunications. M. Lefebvre insiste aussi sur son talent de « violoniste », dans le style pratiqué par Jean Carignan, un violoneux aujourd’hui disparu, mais qui jouissait d’une solide notoriété dans le répertoire folklorique irlandais. Il a enregistré quatre albums et a aussi un groupe qui donne des spectacles. Tous les profits sont versés à des causes humanitaires de causes humanitaires.

 

Virage vers le Grand Nord sur le modèle «agence de rencontres»


En 2011, il prenait un virage important en fondant, Lefebvre Associés RH, une entreprise privée spécialisée en recrutement et en formation. Du même coup il mettait le cap sur un nouveau marché, celui du Grand Nord québécois. Lefebvre et associés RH est en fait un holding ayant désormais des ramifications qui s’étendent de la Polynésie française jusqu’au fin fond du territoire de la Baie James, grâce à la route virtuelle.


Il y a deux mois, M. Lefebvre lançait le portail d’emploi jobnordquebec.com, qui est en somme une porte d’entrée pour les chercheurs d’emplois désirant travailler dans les territoires nordiques québécois et un outil de recrutement pour les entreprises et communautés de ces régions lointaines en pleine croissance. L’objectif premier est de faciliter la recherche d’emploi pour les Québécois.


Mais que faire lorsqu’un employeur est à la recherche d’un spécialiste qu’il ne parvient pas à trouver ici, alors qu’il y aurait des candidats européens disponibles ? « Comment établir le contact entre les uns et les autres ? Aller passer une entrevue à Fermont coûte 2000 $», constate M. Lefebvre, qui propose une solution virtuelle à peu de frais. Il faut savoir que Fermont est située tout près de la frontière du Labrador, à 600 km au nord de Sept-Îles, qui elle-même se trouve à près de trois heures d’avion de la métropole.


« Je suis un créatif. Mon but est de trouver des solutions nouvelles. Je fais du recrutement, je peux trouver du logement. J’ai un partenaire en Europe. Je fais aussi des vidéos, des CV virtuels. Mon concept est de monter des projets ciblés par régions », résume cet homme qui manifeste l’enthousiasme des pionniers. Son portail permet à celui qui cherche un emploi de se présenter sur une vidéo qui sera accessible aux employeurs, où qu’ils se trouvent. M. Lefebvre dit avoir effectué tous les tests dans ses centres de main-d’oeuvre et assure qu’il peut maintenant lancer son projet dans tout le Québec.


Par ailleurs, la crise économique en Europe et le manque de spécialistes pour l’expansion dans le Nord québécois ont créé les conditions parfaites pour un rapprochement entre M. Lefebvre et Yannick Plante, président fondateur d’Alizés RH, une entreprise créée en 2001 et qui rayonne dans plusieurs pays de la Francophonie, notamment dans les Caraïbes (M. Plante habite en Martinique), mais aussi en France et jusqu’à l’île de la Réunion et la Polynésie française. Alizés RH, qui regroupe une centaine de consultants, fait d’abord du recrutement d’employés pour ces différents marchés. Toutefois, « combinée avec le taux de chômage qui sévit dans plusieurs pays d’Europe, la migration vers le Québec devient inévitable, mais surtout attrayante », soutient M. Plante. Du côté des employeurs, MM. Lefebvre et Plante affichent une liste impressionnante de clients, allant de Michelin et Lafarge à Canon, Texaco, Toyota et plusieurs autres.


Le portail d’emploi pour le Nord québécois a été lancé officiellement le mois dernier au Salon des ressources naturelles tenu à Montréal. Il y a aussi MonCVvirtuel.com, un service gratuit d’aide au recrutement pour les entreprises.


Par ailleurs, M. Lefebvre a rapidement compris qu’il ne suffisait pas de trouver des employés pour du travail au Nord, où il y a une véritable crise du logement. Il a donc décidé d’offrir ce service également, en faisant l’acquisition d’une quarantaine de terrains à Fermont. À ce jour, la mise sur pied de son portail et l’achat de terrains ont nécessité des investissements de 1,5 million. Des pourparlers sont en cours ou envisagés pour l’achat de terrains à Sept-Îles, à Schefferville et à Chibougamau. M. Lefebvre veut construire à Fermont un ensemble immobilier avec des commerces au rez-de-chaussée et des logements à l’étage. « On trouve des jobs, des logements et on s’associe avec les minières et communautés. Nous n’avons pas une vision à court terme. Nous sommes conscients qu’il y a des fluctuations dans l’industrie minière. Même si le Plan Nord ne se réalisait qu’à moitié, on en aurait quand même jusqu’aux oreilles. En incluant l’Abitibi, il y aura, dans le Nord, création de 50 000 emplois au cours des quinze prochaines années », prédit-il.


Au demeurant, il ne concentre pas sa stratégie uniquement sur la clientèle des mines. Avec la croissance de cette industrie, il y a, en plus, des besoins de main-d’oeuvre dans d’autres domaines, par exemple celui de la santé, avec plus de médecins, d’infirmières, de dentistes, etc., et celui des services en général pour les écoles, les municipalités et les commerces. « On est ouverts à tous les métiers », résume-t-il.


Pour lui, la région du Nord englobe tout ce qui est au nord d’une ligne imaginaire entre l’Abitibi, Chibougamau et Sept-Îles. M. Lefebvre a d’ailleurs en gestation un projet pour les régions situées au sud de cette ligne. Son concept est de faire des projets ciblés sur les régions. Le portail qu’il compte offrir dans le Sud québécois a pour nom Clipjob, mais aucun service de logement n’y sera rattaché.


 

Collaborateur

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Rectificatif du 9 avril 2013
Dans le portrait précédent, on a mentionné par erreur que le premier emploi de M. Lefebvre avait été d'être un agent d'écrivain au service d'Albert Jacquard, généticien et conférencier. En fait, depuis 1990, c'est Marc-André Marleau qui est agent de M.Jacquard. Le premier emploi de M. Lefebvre a plutôt été au Carrefour Jeunesse emploi de Gatineau et qu'il n'a jamais été l'agent de M. Jacquard, comme le précise M. Marleau et le confirme M. Lefebvre.