3,34 millions, un juste salaire

Monique Leroux a obtenu une rémunération de 3,34 millions de dollars en 2012, soit 30 % de celle de ses confrères à la tête des grandes banques canadiennes.
Photo: - Le Devoir Monique Leroux a obtenu une rémunération de 3,34 millions de dollars en 2012, soit 30 % de celle de ses confrères à la tête des grandes banques canadiennes.

Les dirigeants du Mouvement Desjardins, au premier chef la présidente et chef de la direction, Monique Leroux, touchent une rémunération juste, ont tranché derrière des portes closes les délégués des caisses.

Marquant une première dans l’histoire de la coopérative, ils se sont prononcés sur l’approche générale en matière de rémunération adoptée par le conseil d’administration à l’occasion d’un vote consultatif. Deux délégués sur trois se sont dits d’accord avec l’approche retenue pour déterminer les émoluments versés aux membres du comité de direction, y compris ceux de la présidente. Une proportion plus importante - 80 % des délégués - a toutefois avalisé l’approche encadrant les salaires octroyés à l’ensemble du personnel ainsi qu’à certains cadres.


Mme Leroux a obtenu une rémunération de 3,34 millions de dollars en 2012, soit 30 % de celle de ses confrères à la tête des grandes banques canadiennes.


La rémunération doit tenir compte de la « réalité de marché », a souligné Mme Leroux en marge des assemblées générales annuelles. « Nous sommes dans un marché concurrentiel et compétitif. […] Il faut être en mesure d’avoir la capacité de retenir [nos employés et] de les développer. »


Les salaires des membres de la haute direction font l’objet « en plus » d’un « balisage » en fonction de ceux versés aux dirigeants des « groupes coopératifs de taille comparable à travers le monde ». À ce chapitre, la rémunération de la numéro 1 du Mouvement Desjardins correspondait à 98 % de la médiane des groupes financiers coopératifs de même envergure en 2012.


Yves Michaud, affublé du surnom « Robin des banques », est récemment tombé à bras raccourcis sur le « salaire déraisonnable » touché par Mme Leroux. Il s’est aussi montré étonné devant la baisse des ristournes versées aux membres.


Desjardins a dégagé une provision pour ristournes de 305 millions en 2012, en baisse de 7,9 % par rapport à celle de l’année précédente (331 millions). Mme Leroux a dit hier privilégier la capitalisation du Mouvement Desjardins sur les ristournes. « Je pense que c’est important pour la solidité et la santé de Desjardins. Les ristournes, c’est un aspect important, mais ce n’est pas nécessairement l’unique aspect à considérer », a-t-elle affirmé. Affichant un ratio de capital de première catégorie de 16,8 %, Desjardins est l’institution financière la mieux capitalisée au pays.


Les délégués prendront à bras-le-corps samedi quatre grandes questions « au coeur de la vie démocratique » du Mouvement Desjardins. À l’abri des regards des journalistes, ils se pencheront notamment sur la taille des conseils d’administration des caisses populaires ainsi que sur la présence des femmes au sein des instances du 5e groupe financier coopératif en importance.


Les femmes occupent 35 % des sièges des C.A. des caisses. « Je suis d’avis qu’à long terme et à moyen terme, on ne peut pas se passer de la moitié des talents sur cette planète », a déclaré Mme Leroux.


La question des fusions de caisses ne figure toutefois pas à l’ordre du jour. L’état-major du Mouvement Desjardins prévoit de faire passer de 400 à 325 le nombre de caisses au Québec d’ici 2015.


La grande patronne du Mouvement Desjardins a dû défendre vendredi l’interdiction frappant les journalistes de couvrir les travaux des délégués, notamment lors du congrès quinquennal, ce samedi. « Là-dedans, il y a toutes sortes de sujets […] de régie interne […] dont on veut discuter entre nous. On a toujours procédé comme cela. C’est dans nos façons de faire depuis fort longtemps. »


Quelques minutes plus tôt, Monique Leroux avait pourtant appelé les 2000 participants des assemblées générales annuelles à rejeter le statu quo. Elle leur avait aussi lancé « trois mots d’ordre » : « service, efficacité et croissance ».

 

Nouvelles places d’affaires


En plus d’arrimer solidement les caisses et AccèsD, le Mouvement Desjardins aménagera de 100 à 200 places d’affaires supplémentaires au cours des 18 prochains mois. Ces centres de service, qui accueilleront les membres sans égard à leur caisse d’origine, seront ouverts les soirs et/ou les fins de semaine. « Nous allons ajuster les heures d’ouverture afin qu’elles répondent le mieux aux besoins des membres. […] Les décisions seront prises localement », a précisé Mme Leroux.


Les premières places d’affaires apparaîtront sur l’île de Montréal. « Ça démarre. Au cours de la prochaine année, année et demie, ça devrait être déployé dans l’ensemble du réseau », a promis le premier vice-président exécutif à la Direction du Mouvement Desjardins, Marc Laplante.


Monique Leroux a aussi réagi vendredi à la décision du gouvernement fédéral de hausser les impôts des coopératives financières.


Cette mesure enchâssée dans l’ultime budget Flaherty créera du côté du Mouvement Desjardins un manque à gagner de 20 à 25 millions à compter de 2017. « Je crois que nous avons au Québec une expérience qui est très positive. Malheureusement, l’expérience à travers le Canada avec des fonds fiscalisés n’a pas été aussi heureuse et aussi bien gérée, il faut le dire, que ce qui a été fait au Québec », a-t-elle souligné.

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