Le Canada perdrait des milliards à laisser couler le pétrole au compte-gouttes

En plus du Canada et des États-Unis, plusieurs États - dont l’Irak et le Mexique - sont aujourd’hui à la recherche d’investisseurs pour développer et accroître leur production de pétrole.
Photo: - Le Devoir En plus du Canada et des États-Unis, plusieurs États - dont l’Irak et le Mexique - sont aujourd’hui à la recherche d’investisseurs pour développer et accroître leur production de pétrole.

Le Canada a dû faire une croix sur environ 25 milliards de dollars en revenus en 2012 en raison des difficultés de distribution de son pétrole, selon Marchés mondiaux CIBC.

Il devra renoncer à 15 milliards annuellement en revenus de production et en redevances gouvernementales jusqu’à ce qu’il brise les goulots d’étranglement notamment dans son réseau d’oléoducs.


L’« argent laissé sur la table » représente près de 5 % du produit intérieur brut (PIB) de l’Alberta et de la Saskatchewan, fait remarquer l’économiste principal à la Banque CIBC, Peter Buchanan, dans la dernière livraison de la brochure Economic Insights.


La Banque CIBC appelle le président des États-Unis, Barack Obama, à approuver le controversé projet Keystone XL. L’oléoduc de 3200 km transporterait quotidiennement 830 000 barils de pétrole extrait des sables bitumineux de l’Ouest canadien vers les raffineries du golfe du Mexique. Le feu vert de la Maison-Blanche est « important », mais « ne permettra pas à lui seul » au secteur pétrolier et gazier du Canada de surmonter les défis se dressant devant lui.


L’industrie canadienne a raison de développer ses infrastructures en Amérique du Nord, mais ne doit pas perdre de vue l’Asie, où la « demande devrait encore augmenter considérablement », souligne le rapport de l’institution financière. « Keystone améliorera l’accès aux États-Unis et limitera les écarts de prix défavorables pour les producteurs de l’Ouest canadien », souligne l’économiste en chef à la Banque CIBC, Avery Shenfeld. « Cependant, […] Keystone n’est qu’une pièce importante parmi plusieurs autres dans le grand puzzle du secteur de l’énergie au Canada », ajoute-t-il.


À ses yeux, une diminution des besoins des États-Unis en pétrole étranger risque de contrecarrer les plans de l’industrie pétrolière canadienne. Celle-ci compte accroître sa production de deux millions de barils par jour pour le reste de la décennie.


Le Canada fait face au boom du gaz et du pétrole de schiste aux États-Unis, mais également au déplacement de la croissance de la consommation vers l’Asie. D’ailleurs, la Chine doublera cette année les États-Unis comme principal importateur de pétrole dans le monde en 2013.


La Banque CIBC presse l’industrie à foncer avec les autres projets d’oléoducs qui permettront au pétrole canadien de mettre le cap sur l’Asie. « Les marchés pétroliers des régions du centre et de l’est du Canada représentent une autre option, mais la croissance de la demande à long terme risque d’y être médiocre », souligne M. Shenfeld.


Projet d’Enbridge toujours en piste


Les projets d’Enbridge et de TransCanada d’acheminer du pétrole des sables bitumineux vers les raffineries de l’est du pays tomberaient à pic.


D’ailleurs, Enbridge assure que son projet de renversement de flux sur sa ligne 9 est toujours en piste malgré l’annonce mardi de la construction d’un nouvel oléoduc.


TransCanada a lancé un appel de soumissions pour mesurer l’intérêt de son projet d’approvisionnement des raffineries de Suncor à Montréal, d’Ultramar à Lévis, et d’Irving au Nouveau-Brunswick.


« Cette annonce ne change en rien notre processus d’application auprès des autorités réglementaires ou à propos du statut de notre projet », fait savoir Éric Prud’Homme, chef Affaires publiques de l’est du Canada de la société albertaine. Enbridge, qui « a déjà les engagements de ses clients », prévoit toujours une mise en service en 2014. « Le projet d’inversion de la ligne 9 par Enbridge, qui est actuellement examiné par les autorités réglementaires, est bon pour les raffineries, bon pour les producteurs et bon pour les Canadiens », ajoute-t-il.


D’autre part, CIBC met en doute la viabilité des nouvelles restrictions du gouvernement fédéral à l’égard des investissements d’entreprises d’État étrangères dans le secteur des sables bitumineux. L’institution bancaire décourage aussi tout projet de hausse de redevances des différents paliers de gouvernement. « La concurrence étant plus vive pour l’obtention de l’argent des investisseurs, les gouvernements fédéral et provinciaux auront, dans leur lutte contre les déficits, moins de marge de manoeuvre qu’auparavant pour imposer des taxes et des redevances », poursuit l’économiste.


Le paysage change. En plus du Canada et des États-Unis, plusieurs États - dont l’Irak et le Mexique - sont aujourd’hui à la recherche d’investisseurs pour développer et accroître leur production de pétrole. « Il y a tout juste dix ans, près des trois quarts des réserves de pétrole mondiales étaient inaccessibles aux grandes sociétés internationales, parce qu’elles étaient exploitées par des sociétés d’État, parce que cela était purement et simplement interdit, pour des raisons de sécurité ou pour d’autres motifs », rappelle pour sa part Peter Buchanan.

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