Les colonnes du temple de la solidarité sont ébranlées

L’aide publique au développement des pays riches a reculé pour une deuxième année consécutive en 2012, a rapporté mercredi l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Photo: Agence France-Presse (photo) Joel Saget L’aide publique au développement des pays riches a reculé pour une deuxième année consécutive en 2012, a rapporté mercredi l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

L’aide aux pays pauvres continue de faire les frais des difficultés financières et des mesures d’austérité des pays riches.

L’aide publique au développement des pays riches a reculé pour une deuxième année consécutive en 2012, a rapporté mercredi l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Les 25 pays membres du Comité d’aide au développement de l’OCDE ont ajouté 4 % de coupes, l’année dernière, aux 2 % de réduction en termes réels qu’ils avaient déjà apportés à leur aide financière en 2011.


La baisse en 2012 était la plus marquée en plus de 15 ans, exception faite de la fin des opérations exceptionnelles d’allégement de dette. C’est aussi la première fois depuis 1996-1997 que l’aide se contracte pendant deux années consécutives.


Ce recul est une conséquence directe des difficultés financières que traversent les gouvernements en Europe, aux États-Unis ou encore au Japon, et des mesures d’austérité qui ont été mises en place pour y répondre, a déploré le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría. « Il est inquiétant de constater que les contraintes budgétaires des pays membres ont entraîné un deuxième mouvement consécutif de repli du montant total de l’aide, mais je me réjouis qu’en dépit de la crise, neuf pays aient tout de même réussi à accroître leurs apports d’aide. »


Ceux qui montent et ceux qui descendent


Le Canada est l’un de ces pays à contre-courant, son aide ayant augmenté de 4,1 % en 2012, à 5,7 milliards, à la suite d’une baisse d’un peu plus 5 % l’année d’avant, et grâce, notamment, à une augmentation des opérations d’allégement de dette. L’Australie (+9,1 %), l’Autriche (+6,1 %) la Corée du Sud (+17,6 %) et l’Islande (+5,7 %) font aussi partie du groupe.


À l’inverse, les États-Unis (-2,8 %), le Japon (-2,1 %), le Royaume-Uni (-2,2 %), l’Allemagne (-0,7 %), la France (-1,6 %), l’Italie (-34,7 %), l’Espagne (-49,7 %) et même la Suède (-3,4 %) ont revu leur effort à la baisse.


Cette tendance s’avère très préoccupante à l’aube de l’échéance des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) de l’ONU de 2015, note l’OCDE. Elle l’est d’autant plus qu’elle s’accompagne d’une autre tendance : une redirection de l’aide au développement vers les pays à revenu intermédiaire d’Asie, notamment la Chine, l’Inde, l’Indonésie et le Pakistan, au détriment des pays qui affichent les niveaux de pauvreté les plus élevés, notamment d’Afrique subsaharienne, comme le Burundi, le Tchad, Madagascar, le Malawi et le Niger.


Un « redressement modeste » des niveaux d’aide est attendu cette année, mais tout laisse croire que les destinataires continueront de plus en plus à être asiatiques. L’aide totale vers l’Afrique devrait ainsi rester sensiblement la même entre 2012 (41,3 milliards) et 2016 (41,8 milliards), en dollars constants, contrairement à celle destinée aux Amériques (de 8,6 milliards à 9,5 milliards), mais surtout à l’Asie (de 39,3 milliards à 43,7 milliards).

 

Effort absolu et relatif


En termes absolus, les États-Unis restent, de loin, la plus importante source d’aide au développement, avec une contribution annuelle totale de 30,5 milliards en 2012. Ils sont suivis par le Royaume-Uni (13,7 milliards), l’Allemagne (13,1 milliards) et la France (12 milliards).


Ce portrait change complètement lorsque l’on compare le niveau d’effort de chaque pays à la taille de son économie. Cette fois-ci, ce sont des pays de l’Europe du Nord qui accaparent les premières places, avec des budgets d’aide au développement dépassant l’objectif de 0,7 % du produit intérieur brut fixé par l’ONU : la Suède (0,99 %), la Norvège (0,93 %), le Danemark (0,84 %) et les Pays-Bas (0,71 %). Les pays du G7 y font nettement moins bonne figure, le Royaume-Uni étant le meilleur à ce chapitre (0,56 %), suivi par la France (0,45 %), l’Allemagne (0,38 %), les États-Unis (0,19 %), le Japon (0,17 %) et l’Italie (0,13 %).


Le Canada arrive au sixième rang pour ce qui est de l’effort total (5,8 milliards), mais bien en dessous de la moyenne de l’OCDE en ce qui concerne l’effort relatif (0,43 %), avec une aide au développement équivalant seulement à 0,32 % de son PIB. Selon les plus récentes données de l’OCDE, les principaux bénéficiaires de cette aide canadienne ont été, en 2011, Haïti (289 millions), l’Afghanistan (250 millions), l’Éthiopie (114 millions), le Ghana (107 millions) et le Soudan (107 millions).


Le gouvernement Harper s’est attiré de nombreuses critiques de la part des organisations canadiennes d’aide au développement ces dernières années. Selon les dernières estimations, l’aide publique au développement du Canada déclinera de 14 % d’ici 2015, pour être ramenée à 0,24 % de son PIB, a déploré l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) lors du dernier budget fédéral, en plus de dénoncer les compressions de 378 millions à l’Agence canadienne de développement international (ACDI).

À voir en vidéo