Moratoire sur l’uranium - Québec n’a pas l’intention de dédommager Strateco

Le gouvernement Marois n’entend pas offrir de compensation financière à la minière Ressources Strateco, furieuse de la décision de Québec de confier au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) l’étude de la controversée filière de l’uranium.

L’entreprise affirme avoir investi plusieurs dizaines de millions de dollars dans son projet depuis 2006 et souhaiterait que ses actionnaires soient dédommagés pour les pertes supposées qui découleront de l’arrêt des travaux d’exploration pour encore plusieurs mois.


Il n’en est pas question, a répondu mercredi le ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, Yves-François Blanchet. « Je ne fais pas cette réflexion-là », a-t-il laissé tomber en marge d’une conférence de presse tenue à Montréal. Le ministre a toutefois répété qu’il comprenait le « désarroi » des dirigeants de la minière, qui fondent beaucoup d’espoir sur ce projet situé à 275 km au nord de Chibougamau, tout près de la route 167, financée en grande partie par des fonds publics.


L’entreprise, qui espérait compléter la dernière phase d’exploration sur le site Matoush, devra attendre avant de savoir si elle pourra poursuivre ses travaux, le temps de l’évaluation complète de toute la filière uranifère décrétée par Québec en raison de la contestation du projet.


Après plusieurs mois de réflexion, le gouvernement Marois a en effet décidé il y a quelques jours de confier au BAPE le soin d’évaluer « les impacts environnementaux et sociaux de l’exploration et de l’exploitation de cette filière [uranifère] au Québec ». Les audiences auront lieu à l’automne. Ce sont les commissaires qui détermineront l’échéancier des travaux, mais M. Blanchet prévoit un processus qui prendra, au total, « plus ou moins un an ». Entre-temps, seuls des travaux d’exploration légers qui ne nécessitent pas de certificat d’autorisation pourront aller de l’avant.

 

Possibilité de poursuite


Les dirigeants de l’entreprise ont été consternés par la décision du gouvernement. Le président et chef de la direction de Ressources Strateco, Guy Hébert, a même évoqué la « mort de la compagnie ».


La minière songe maintenant à sa contre-attaque. Son porte-parole, Denis Boucher, a répété mercredi que l’entreprise étudie « toutes les options » afin d’« obtenir réparation » de la part de l’État québécois. La société, dont le siège social est basé à Boucherville, évalue toujours les « dommages subis » par le moratoire de facto décrété « arbitrairement » par Québec.


M. Boucher souligne que, contrairement à l’industrie pétrolière et gazière, Ressources Strateco n’attendra pas de connaître l’avis du BAPE pour décider de la suite de ses activités. « L’industrie gazière n’était pas passée à travers ce long processus de quatre ans et n’avait pas obtenu l’ensemble des autorisations. C’est totalement différent. »


Strateco pourrait réclamer entre 120 et 300 millions de dollars, soit la valeur économique du gisement Matoush. « C’est envisageable, mais il est trop tôt pour donner un montant définitif », a indiqué Denis Boucher.


« Si l’entreprise veut entreprendre des démarches à caractère judiciaire, ce seront les autorités judiciaires qui prendront les décisions », a répondu le ministre Blanchet. Il s’est toutefois dit convaincu que Québec était en droit de lancer une étude environnementale sur l’uranium. « Mon a priori, c’est qu’on peut difficilement reprocher au gouvernement de ne pas avoir délivré un certificat d’autorisation qu’il n’était pas tenu de délivrer. Donc, la poignée me semble mince. »


La décision de confier l’étude de la filière uranifère a été saluée par le Grand Conseil des Cris. Le projet Matoush est situé sur le territoire traditionnel de la nation crie de Mistissini. Plusieurs médecins et divers intervenants en santé publique réclamaient aussi depuis quelques années un moratoire sur les projets d’uranium au Québec, redoutant des impacts sur la santé humaine.


Le projet Matoush a été autorisé par le gouvernement fédéral et la Commission canadienne de sûreté nucléaire.