1,3 milliard d’humains vivent encore dans un dénuement extrême

L’extrême pauvreté n’épargne pas les enfants: sept millions d’enfants de moins de cinq ans meurent chaque année, victimes innocentes d’une répartition inégale de la richesse.
Photo: Agence France-Presse (photo) Eesmond Kwande L’extrême pauvreté n’épargne pas les enfants: sept millions d’enfants de moins de cinq ans meurent chaque année, victimes innocentes d’une répartition inégale de la richesse.

Le temps est venu de se fixer l’objectif d’éradiquer la pauvreté extrême de la surface de la planète, croit la Banque mondiale.


Ce nouvel objectif pourrait être atteint d’ici 2030, a proposé lundi son président, Jim Yong Kim, lors d’un discours à l’université américaine de Georgetown, à Washington. Il viendrait assurer la suite des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), dont l’horizon allait jusqu’à 2015. Il devrait s’accompagner d’un autre objectif, a ajouté M. Kim, celui de promouvoir un meilleur partage des retombées de la croissance économique dans chaque pays.


« Nous sommes à un tournant de l’histoire, où les succès des décennies antérieures et les perspectives économiques de plus en plus favorables se conjuguent pour offrir aux pays en développement une occasion, la toute première, d’éradiquer l’extrême pauvreté en une génération », a-t-il déclaré.


D’abord fixée à partir du seuil de 1 $ de revenu par jour, puis de 1,25 $, la proportion d’humains vivant dans l’extrême pauvreté est tombée de 43 % en 1990 à 21 % en 2010, permettant d’atteindre le premier de huit objectifs du Millénaire cinq ans plus tôt que prévu. Principalement attribuable au réveil économique de géants comme la Chine et l’Inde, cet exploit n’est pas venu seul, se félicite la Banque mondiale. Le nombre de personnes qui sont mortes de la malaria a aussi chuté de 75 % en 10 ans et celui des enfants n’allant pas à l’école a fléchi de plus de 40 %.


Il reste toutefois encore environ 1,3 milliard de personnes vivant dans une pauvreté extrême, dont 870 millions se couchent chaque soir la faim au ventre et dont près de sept millions d’enfants de moins de cinq ans qui meurent chaque année.


Possible, mais de plus en plus difficile


Les pays en développement semblent en mesure de poursuivre sur leur élan, a observé l’Américain d’origine coréenne qui a pris la tête de l’institution internationale cet été. La croissance économique continue de s’y montrer vigoureuse et les entreprises, grandes et petites, font preuve d’une impressionnante capacité d’expansion et d’innovation. Pour que cela dure, les pays devront continuer d’améliorer la qualité de l’éducation, de leur gouvernance, de relever encore le niveau de leurs infrastructures, de renforcer leur sécurité alimentaire et énergétique et de développer leur secteur financier.


La guerre à l’extrême pauvreté sera de plus en plus difficile à faire, a prévenu Jim Yong Kim. On retrouve celle-ci principalement dans les pays d’Asie du Sud et d’Afrique subsaharienne, à la marge du boom économique dans les taudis des villes ou dans des pays dont les pouvoirs publics sont corrompus, fragiles ou absents. Le véritable objectif serait de ramener ce taux de pauvreté extrême sous la barre des 3 %, considérée par les économistes de la Banque mondiale comme la frontière entre la pauvreté structurelle et une inévitable pauvreté conjoncturelle et temporaire due aux calamités humaines et naturelles.


Bien que spécialisée dans l’aide aux pays les plus pauvres, l’institution, qui compte 188 pays membres, propose que la communauté internationale se donne aussi pour objectif d’accroître les revenus des 40 % des habitants les plus pauvres de chaque pays. « Nous devons travailler collectivement pour aider toutes les personnes vulnérables partout à s’élever nettement au-dessus du seuil de la pauvreté », a déclaré son président. « Cela requiert que nous ne nous inquiétions pas simplement de savoir si les pays en développement progressent, mais que nous observions aussi directement si la situation des populations les plus pauvres s’améliore », a-t-il précisé en marge de sa conférence.

 

Les limites de la planète


On risque de rencontrer de nombreux obstacles dans ces nouvelles missions, a-t-il admis. L’un des plus importants est de nature environnementale. Au rythme où vont actuellement les choses, le problème du réchauffement climatique prendra une telle proportion que non seulement il compromettra toutes nos chances de remporter de nouvelles victoires contre la pauvreté, mais qu’il nous fera aussi reculer. Si l’on voit la température moyenne gagner 4 degrés Celsius d’ici la fin du siècle, comme le prévoient les experts, la montée du niveau des mers transformera des centaines de millions de personnes en réfugiés climatiques, non plus 15 %, mais 44 % des terres arables seront exposées aux sécheresses et les catastrophes climatiques se multiplieront. Les principales victimes seront, encore et toujours, les plus démunis.


Ces nouveaux objectifs, dévoilés quelques semaines avant la réunion de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, avaient déjà été évoqués, ici et là, depuis quelques semaines. Plusieurs experts les ont généralement bien accueillis, les estimant ambitieux, mais néanmoins réalisables. D’autres voix ont critiqué la Banque mondiale pour ne pas suffisamment s’attarder aux dérives de la croissance économique en cours.

 

Surmonter notre propre inertie


Jim Yong Kim s’est réjoui, lundi, de l’appui que ses idées ont déjà reçu de certains grands leaders politiques, tels que le président américain, Barack Obama, le premier ministre britannique, David Cameron, la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, et son homologue du Malawi, Joyce Banda. Il s’est inspiré, devant son auditoire, d’une fameuse lettre envoyée par Martin Luther King à des défenseurs des droits civiques un peu trop complaisants pour défendre l’importance des nouveaux objectifs qu’il voudrait que le monde se donne. « Nous nous fixons des objectifs parce que rien n’est inévitable. Nous nous fixons des objectifs pour surmonter les obstacles extérieurs, mais aussi pour surmonter notre propre inertie. Nous nous fixons des objectifs pour nous garder alertes dans l’urgence du moment, pour repousser constamment nos propres limites. Nous nous fixons des objectifs pour ne pas tomber dans le fatalisme ou la complaisance, deux ennemis mortels du pauvre. »

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