Hydro-Québec s’appuiera encore plus sur les producteurs privés

Hydro-Québec dépensera davantage dans les années suivantes, selon ses propres prévisions.
Photo: - Le Devoir Hydro-Québec dépensera davantage dans les années suivantes, selon ses propres prévisions.

Hydro-Québec s’appuiera davantage sur les producteurs d’électricité privés au cours des prochaines années malgré le fait qu’elle nage dans les surplus d’électricité.


La société d’État prévoit de débourser pas moins de 1,18 milliard de dollars en 2013 pour l’achat d’électricité à des propriétaires de parcs éoliens et de barrages hydroélectriques. Au 31 décembre 2012, elle était liée par 134 contrats d’achat d’électricité représentant une puissance d’environ 5741 mégawatts (MW).


Hydro-Québec dépensera davantage dans les années suivantes, selon ses propres prévisions. Elle devra effectuer des paiements de 1,46 milliard en 2014 à 1,77 milliard en 2017. Elle dépensera plus de 33 milliards par la suite, révèle le rapport annuel 2012 de la société d’État.


L’octroi de contrats d’achat d’électricité à une poignée de producteurs d’électricité privés s’inscrit dans une « mauvaise stratégie énergétique et commerciale », fait valoir le professeur agrégé à HEC Montréal Pierre-Olivier Pineau. Mais le spécialiste en politique énergétique prend soin de « blâmer » le gouvernement du Québec plutôt que l’équipe du président-directeur général Thierry Vandal. « [Hydro] n’aurait pas fait ces choix-là si elle était une société indépendante », est-il persuadé.


Par exemple, le Québec n’avait « pas besoin » de développer à un rythme soutenu la filière éolienne sur son territoire. Aux yeux de M. Pineau, la preuve n’est pas faite aujourd’hui qu’il s’agissait du « meilleur moyen » de développer l’économie des régions, notamment de la Gaspésie, gangrenée par un taux de chômage élevé.


Téléguidée par le gouvernement de Jean Charest, Hydro-Québec a acquis 3300 MW, entre 2003 et 2012, de producteurs d’énergie éolienne. L’équipe libérale a pu profiter d’un programme de « marketing politique de développement durable » sur le dos d’Hydro-Québec. « Ça paraît très bien [des éoliennes s’élançant à partir du sol québécois] dans des photos promotionnelles de politiciens », lance-t-il.


Le programme d’achat d’Hydro-Québec Distribution n’est pas exclusivement négatif. « Dans un sens, c’est une bonne chose pour Hydro-Québec. Ça amène plus d’énergie dont le coût est refilé aux consommateurs et ça crée des surplus [du côté d’Hydro-Québec Production] qui peuvent être revendus sur les marchés d’exportation », explique Pierre-Olivier Pineau.


Dans Le Devoir de samedi, l’analyste en énergie Jean-François Blain dénonçait le fait que les bénéfices dégagés par la société d’État « reposent dans des proportions toujours plus grandes » sur les revenus générés par les clients résidentiels et commerciaux québécois. L’expert, souvent appelé à la rescousse par l’Union des consommateurs, exhortait le gouvernement du Québec à relâcher la pression sur Hydro-Québec, de crainte que la société d’État n’étouffe les ménages québécois.


En revanche, le professeur à HEC Montréal fait valoir que le « gouvernement actuel en demande moins à Hydro-Québec parce qu’il a annulé la hausse de 1 ¢ du KWh [du tarif préférentiel des Québécois] qui était exigée pour le bloc patrimonial ».


En vendant de l’électricité aux clients résidentiels et commerciaux « moins cher que sa valeur », le gouvernement offre une « subvention à la consommation d’électricité » qui est « nuisible » à l’économie, selon lui.


Le professeur spécialisé dans le secteur de l’énergie verrait d’un bon oeil une hausse du prix moyen de l’électricité de 1 ¢ du KWh - de 7 ¢ à 8 ¢ -, accompagnée de programmes « très ciblés » d’aide financière aux ménages à faible revenu.


Ainsi, le prix de l’électricité refléterait « mieux la valeur du produit ». « Même à 1 ¢ le KWh de plus, on serait très, très loin de ce que paient les Ontariens et les New-Yorkais », explique-t-il.


En « demandant plus » à sa clientèle résidentielle et commerciale, Hydro-Québec pourrait « offrir davantage aux propriétaires de la ressource hydraulique, c’est-à-dire tous les Québécois, qui ne retirent pas [à l’heure actuelle] un juste profit ».


La grille tarifaire actuelle est un frein à l’adoption de mesures d’efficacité énergétique par la clientèle québécoise. « Dans le système tarifaire actuel, la richesse hydraulique est accaparée par ceux qui ont la plus grande capacité de consommation, [c’est-à-dire] les plus riches », poursuit Pierre-Olivier Pineau.


En revanche, Pierre-Olivier Pineau serait « beaucoup plus réticent » à endosser une « augmentation drastique » de la facture des neuf grands clients industriels. Reconnaissant qu’« ils paient un très bon tarif », il insiste sur l’importance de leurs activités pour l’économie québécoise. « D’ailleurs, ces consommateurs-là, plus mobiles géographiquement, font déjà des efforts d’efficacité énergétique bien plus grands que les autres », fait-il remarquer.


D’autre part, Pierre-Olivier Pineau ne se formalise pas de la vente de 32,5 TWh d’électricité à 3,75 ¢ le KWh à l’extérieur des frontières québécoises.


« Hydro-Québec a fait le choix de se libérer de ses engagements à long terme garantissant un prix pour pouvoir bénéficier des occasions ponctuelles qui s’offrent dans le court terme. Évidemment, il a payé le prix en 2012 », indique-t-il.


Le pari de la société d’État a été « fructueux » jusqu’à la crise financière et la chute des prix du gaz naturel. Elle doit d’ailleurs continuer de « miser sur cette stratégie-là ». « C’est plus avantageux à long terme », dit-il, prenant une nouvelle fois le contrepied de la position de l’analyste Jean-François Blain.


M. Pineau anticipe des prix bas (4 ou 5 ¢) au moins pour les deux prochaines années sur le marché nord-américain. « À ce prix-là, on fait quand même de l’argent », en dépit des coûts du transport, des pertes de transport et des frais de courtage, précise-t-il.


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