Chypre adopte les premières lois de son plan B

Des employés de la banque Laiki ont manifesté devant le Parlement chypriote, à Nicosie.
Photo: Agence France-Presse (photo) Patrick Baz Des employés de la banque Laiki ont manifesté devant le Parlement chypriote, à Nicosie.

Nicosie — Le Parlement chypriote a adopté vendredi soir les premières mesures liées au plan de sauvetage que l’île méditerranéenne, paralysée depuis une semaine, doit conclure avant lundi avec ses partenaires européens pour éviter la banqueroute.

Signe de l’importance du dossier pour l’Union européenne, le sommet UE-Japon prévu la semaine prochaine a été officiellement reporté, et les ministres des Finances de la zone euro vont se réunir dimanche en fin d’après-midi à Bruxelles pour trouver une solution à la crise chypriote, selon plusieurs sources.


Sur l’île, où les banques sont fermées depuis le 17 mars et où tous les virements sont interdits, la situation devenait critique pour nombre d’entreprises, incapables de payer leurs fournisseurs ou d’être payées. Et dans le reste de l’UE, l’énervement des partenaires de Chypre se fait de plus en plus palpable.


En revanche, l’euro progressait face au dollar vendredi, les marchés financiers se montrant légèrement plus optimistes sur le dossier chypriote.


Réunis en séance extraordinaire vendredi soir, les députés chypriotes ont approuvé un restructuration du secteur bancaire du pays, la création d’un fonds de solidarité et une limitation des mouvements de capitaux pour éviter une trop forte pression sur les banques à leur réouverture, prévue mardi.


Les députés se sont séparés peu avant minuit (22h GMT), sans fixer de date ou d’heure pour l’examen des autres textes prévus, dont le plus controversé doit établir une taxe exceptionnelle, qui pourrait s’élever à 15 % selon la télévision publique, sur les dépôts bancaires à partir de 100 000 euros.


Des manifestants, en particulier des employés des banques menacées, se sont rassemblés vendredi soir devant le Parlement, où une trentaine de jeunes au visage cagoulé ont brûlé un drapeau européen devant les barricades de la police aux cris de « La taxe c’est du vol ».


Chypre doit trouver d’ici lundi 7 milliards d’euros - plus du tiers de son PIB annuel -, pour débloquer l’aide internationale et obtenir que la Banque centrale européenne (BCE) continue de fournir des liquidités d’urgence aux banques chypriotes, dont certaines feraient alors immédiatement faillite.


Mardi, le Parlement avait rejeté l’idée d’une taxe exceptionnelle allant jusqu’à 9,9 % sur tous les dépôts bancaires, censée rapporter 5,8 milliards d’euros, en contrepartie d’une aide de 10 milliards d’euros de la troïka BCE-Union européenne-Fonds monétaire international (FMI).


La restructuration des banques vise à séparer des bonnes dettes des mauvaises au sein des banques menacées, en particulier de la Popular Bank (Laiki en grec), deuxième banque commerciale du pays.


Selon un responsable du parti de M. Anastasiades, elle permettra de garantir tous les dépôts à hauteur de 100 000 euros, mais que ceux dépassant ce montant pourraient devoir attendre des années avant de récupérer tout leur argent.

 

Niet


La taxe sur les dépôts semble d’autant plus inévitable que l’option d’une aide russe, caressée par Nicosie afin d’obtenir une partie de l’aide nécessaire, s’est refermée.


Après deux jours de discussions à Moscou avec le ministre chypriote des Finances, Michalis Sarris, la Russie a indiqué ne pas être intéressée par les propositions de Nicosie. Le premier russe, Dmitri Medvedev, a assuré cependant que la Russie « ne fermait pas la porte » à un soutien à Chypre, mais que Nicosie devait trouver avec l’UE une issue à la crise.


Du côté de l’Union européenne et de la zone euro, dont Chypre fait respectivement partie depuis 2004 et 2008, l’énervement monte, en particulier à Berlin.


La chancelière allemande, Angela Merkel, a prévenu vendredi matin qu’il ne fallait « pas abuser de la patience des partenaires de la zone euro », selon des propos rapportés par des députés de sa coalition, à qui elle s’est adressée lors de réunions fermées à la presse.


Le fonds de solidarité voté vendredi soir doit utiliser en particulier les liquidités des fonds de retraites de la fonction publique, et pourrait également être garanti sur les revenus à venir dégagés par l’exploitation, encore à l’étude, du gaz naturel récemment découvert au large des côtes de l’île.


Mais l’Allemagne refuse une implication des fonds de pension dans le plan d’aide. Selon un porte-parole du ministère allemand des Finances, la troïka avait déjà rejeté une telle proposition le week-end dernier.


À Nicosie, où l’activité semble tourner au ralenti, de nombreux cafés, restaurants ou stations-service refusent désormais les paiements par carte de crédit ou par chèque.


« Durant ces trois derniers jours, j’ai constaté une baisse de 70 % de la fréquentation. Généralement, les réservations sont complètes le vendredi et durant le week-end. Mais je n’ai presque aucune réservation pour les jours à venir. Je ne sais pas si je vais ouvrir la semaine prochaine », a ainsi déclaré Demos Strouthos, le gérant d’un restaurant dans le centre de Nicosie.

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Au tour de Fitch d’attaquer la note du Royaume-Uni

Londres — L’agence d’évaluation financière Fitch Ratings a placé vendredi la note AAA du Royaume-Uni sous surveillance négative, signifiant qu’un abaissement de cette note était devenu plus probable à court terme, en raison de la détérioration des comptes publics du pays.
 

Le pays avait été privé en février de cette note triple A, la meilleure possible, par Moody’s, une autre agence.
 

Fitch précise qu’une décision sur la note de la dette souveraine du Royaume-Uni sera prise d’ici fin avril, avec « une probabilité accrue d’abaissement à court terme ».
 

Cette mise sous surveillance négative s’appuie sur les dernières projections de l’Office de responsabilité budgétaire (OBR), l’organisme de prévision économique officiel et indépendant, selon lequel la dette de Londres va s’accroître à un niveau supérieur aux prévisions de l’agence de notation.
 

Le pays jouit toujours de la note AAA auprès de Standard & Poor’s.

1 commentaire
  • André Michaud - Inscrit 23 mars 2013 10 h 37

    Argent captif, geste de désespoir?

    Est-ce que l'état gardera pour toujours les banques fermées et l'argent captif?

    Dès que le banques ouvriront les épargnants vidront leur compte et iront en Suisse ou ailleurs..

    Les investisseurs vont fuir ce pays comme la peste et la situation économique deviendra bien pire encore..