Banque du Japon - Le gouverneur sortant aurait préféré observer les oiseaux

Masaaki Shirakawa n’aura connu au cours de son mandat de cinq ans que les années de crise économique. Sous sa gouverne, la Banque du Japon a renoué avec une politique de taux zéro en 2010.
Photo: Agence France-Presse (photo) Toru Yamanaka Masaaki Shirakawa n’aura connu au cours de son mandat de cinq ans que les années de crise économique. Sous sa gouverne, la Banque du Japon a renoué avec une politique de taux zéro en 2010.

Tokyo – Et si c’était à refaire ? Le gouverneur sortant de la Banque du Japon, Masaaki Shirakawa, a confié mardi qu’il préférerait observer les oiseaux plutôt que de diriger l’institut d’émission, au terme d’un mandat « agité » de cinq ans.


« J’aime observer les oiseaux. Voudrais-je être banquier central, si je renaissais ? Sans doute que non », a déclaré M. Shirakawa lors de sa dernière conférence de presse, reconnaissant avoir échoué par rapport à la déflation. Il a cédé sa place mercredi à Haruhiko Kuroda, qui s’est engagé à mener une politique monétaire autrement plus accommodante pour sortir l’économie nippone de la baisse des prix qui l’entrave depuis une quinzaine d’années.


« Ce furent cinq années agitées », a résumé M. Shirakawa en faisant le bilan de son mandat. « L’économie japonaise a subi les conséquences d’événements comme le choc [de la faillite de] Lehman Brothers, la crise européenne d’endettement, le séisme et le tsunami » du 11 mars 2011 dans le Nord-Est, a-t-il détaillé. « Malgré tous nos efforts, nous n’avons malheureusement pas été en mesure de ramener l’économie sur le chemin d’une reprise durable assortie d’une stabilité des prix », c’est-à-dire d’une croissance solide accompagnée d’une légère inflation, a-t-il poursuivi.


Arrivé à la tête de la Banque du Japon en avril 2008 en pleine débandade financière internationale, ce haut fonctionnaire n’aura finalement connu que la crise, tant à l’étranger qu’au Japon. Il a tenté de lutter contre la faiblesse de l’activité, qui a parfois tourné à la récession, et la baisse continue des prix, un phénomène pernicieux qui bride l’investissement, la progression des salaires et la consommation.


Sous son égide, la Banque du Japon a renoué par surprise en octobre 2010 avec une politique de taux zéro et a amplifié les acquisitions d’actifs divers pour faciliter la circulation d’argent. Ces tentatives n’ont pas évité à M. Shirakawa d’être copieusement critiqué par le nouveau gouvernement de droite de Shinzo Abe, revenu aux affaires en décembre après sa victoire électorale face au centre gauche alors au pouvoir.


Statutairement indépendante, la Banque du Japon a dès lors été sous pression permanente, avant même que M. Abe ne soit officiellement en place, et s’est finalement résolue en janvier à relever son objectif d’inflation annuel à 2 % (contre 1 % jusque-là), afin de montrer son engagement à assouplir les conditions de circulation de l’argent et à sortir de la déflation.


Peu après, M. Shirakawa avait annoncé qu’il écourtait son mandat de trois semaines, afin de faire coïncider son départ avec celui de ses deux adjoints.

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