Chypre a un «plan B», en gestation

Dmitri Medvedev s’est irrité d’avoir été exclu de l’élaboration du premier plan de sauvetage et a mis en jeu les relations de la Russie avec l’UE.
Photo: Agence France-Presse (photo) Dmitry Astakhov/RIA NOVOSTI Dmitri Medvedev s’est irrité d’avoir été exclu de l’élaboration du premier plan de sauvetage et a mis en jeu les relations de la Russie avec l’UE.

Nicosie – Les banques chypriotes, fermées depuis cinq jours, le resteront cinq jours encore, pendant que les dirigeants étudient un « plan B » pour empêcher une faillite de l’île. Ce nouveau plan a été élaboré afin de récolter l’argent dont Chypre a besoin pour être admissible à un plan de sauvetage international, et celui-ci devrait être soumis aux parlementaires jeudi, ont indiqué trois hauts responsables gouvernementaux sous le couvert de l’anonymat.

Chypre est prise en tenailles entre les bailleurs de fonds européens - qui exigent qu’elle mette sur la table au moins 7 milliards d’euros, dont 5,8 milliards en taxant les dépôts bancaires, en échange d’un prêt de 10 milliards d’euros - et son allié traditionnel russe.


Ses partenaires européens se sont dits prêts à examiner un plan de sauvetage remodelé. Jörg Asmussen, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), s’est dit « persuadé » qu’un plan de sauvetage était « dans le meilleur intérêt de Chypre et de tous les États membres de la zone euro », dans un entretien à l’hebdomadaire Die Zeit à paraître jeudi. La chancelière allemande Angela Merkel, qui s’est entretenue à plusieurs reprises avec le président chypriote Nicos Anastasiades, a pour sa part affirmé que trouver une solution pour Chypre était un « devoir » pour les pays de la zone euro.


Dans le même temps, le ministre chypriote des Finances, Michalis Sarris, était en Russie pour essayer d’obtenir une extension du crédit de 2,5 milliards d’euros accordé à Nicosie en 2011 et qui arrive à terme en 2016. La mesure inédite de taxe sur les dépôts, qui met fortement à contribution les fortunes russes placées à Chypre, a provoqué la colère de Moscou. Le premier ministre russe Dmitri Medvedev a estimé que « toutes les erreurs possibles » avaient été commises dans l’approche de la crise financière à Chypre, et a souhaité une approche « réfléchie » pour ne pas nuire aux relations Russie-UE. Mercredi en fin de journée, aucun accord ne se dégageait sur une aide de Moscou, selon une source gouvernementale russe. Selon les agences de presse russes, les négociations devaient se poursuivre jeudi, coïncidant avec une visite programmée du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, à Moscou.


Fusions et nationalisations ?


Selon un porte-parole du gouvernement chypriote, une éventuelle nationalisation des fonds de pension d’institutions publiques et semi-publiques pourrait rapporter 3 milliards d’euros. Une autre solution pourrait être la fusion des deux principales banques pour réduire le montant de la recapitalisation nécessaire. Autre piste : une aide de la puissante Église orthodoxe de Chypre. Son chef, l’archevêque Chrysostomos II, a déclaré que l’Église était prête à mettre son énorme patrimoine foncier et ses avoirs à la disposition de l’État, sous forme de garantie.


Nicosie pourrait aussi jouer la carte énergétique grâce aux réserves de gaz récemment découvertes au large de ses côtes méridionales, qui laissent présager des revenus massifs d’ici une décennie.

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