La vulnérabilité de Metro fragilise la souveraineté alimentaire du Québec

Au Québec, la grande distribution alimentaire est l’affaire d’un oligopole au sein duquel le seul joueur québécois, Metro, apparaît vulnérable à une prise de contrôle.
Photo: - Le Devoir Au Québec, la grande distribution alimentaire est l’affaire d’un oligopole au sein duquel le seul joueur québécois, Metro, apparaît vulnérable à une prise de contrôle.
Si le Québec veut se doter d’une politique crédible de souveraineté alimentaire, il devra porter une attention particulière à l’un des grands maillons de la chaîne : la grande distribution alimentaire. Au Québec, cette distribution est l’affaire d’un oligopole au sein duquel le seul joueur québécois, Metro, apparaît vulnérable à une prise de contrôle. Dans une analyse que doit publier l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), les chargés de projet David Dupont et François L’Italien rappellent qu’« après les acquisitions de Provigo par Loblaw et de IGA par Sobey’s, la question du contrôle de Metro prend ainsi tout son sens avec le projet de souveraineté alimentaire ».
 
On a encore fraîchement en mémoire la vive opposition québécoise ayant accompagné la manifestation de l’intérêt de Lowe’s pour Rona, en août dernier. Qualifiant le détaillant de joueur stratégique pour le Québec, le ministre des Finances d’alors, Raymond Bachand, a tôt fait d’envoyer le message que cette transaction n’apparaît pas être dans l’intérêt du Québec ni du Canada. « Rona est une société très structurante, tant pour le Québec que pour le Canada. Son intérêt économique est stratégique. » Et il ne croyait pas à un quelconque engagement de la part de Lowe’s. Pour avoir travaillé chez Metro Richelieu entre 1981 et 1989, « dans ce type de transaction, la première chose qui se produit est la rationalisation des achats. Lowe’s a pour objectif principal de maximiser ses profits et la valeur aux actionnaires. La centralisation des achats devient un premier geste posé. » Il est revenu sur les engagements ayant accompagné l’acquisition de Provigo par Loblaw. « Il y a eu beaucoup de promesses à court terme », avait-il souligné.
 
L’actuel ministre des Finances, Nicolas Marceau, a repris à sa charge le projet de modifier la Loi sur les sociétés par actions afin d’élargir les pouvoirs des conseils d’administration en cas d’offres de prise de contrôle non sollicitées. Selon l’idée retenue, ces conseils ne seraient plus tenus d’évaluer toute offre selon le seul intérêt des actionnaires, mais à prendre également en considération celui de l’ensemble des parties prenantes.
 
Dans le secteur de l’alimentation, les auteurs de la note de recherche mettent en exergue l’environnement actuel poussant « à la consolidation nord-américaine de la transformation alimentaire, à la libéralisation des échanges et à la déréglementation des marchés ». Quant au poids de la distribution, les grandes chaînes de distribution alimentaire sont, pour les producteurs et les transformateurs, l’intermédiaire incontournable. Selon leurs données, en 2011, les détaillants accaparaient 70 % de la demande intérieure. « Plus de la moitié de tous les aliments vendus au Québec, qu’ils le soient dans les milieux de la restauration, dans les hôpitaux, hôtels ou écoles, à la Société des alcools, dans les dépanneurs ou ailleurs, le sont dans les supermarchés et autres épiceries. »
 
Les chargés de projet de l’IREC insistent sur le fait qu’au fil des ans, Metro est devenu le dernier distributeur alimentaire d’importance stratégique ayant son siège social au Québec. Ils font ressortir, en parallèle, « le faible poids des actionnaires québécois dans la structure financière de Metro et le rôle prépondérant des fonds d’investissement dans la gouvernance de l’entreprise ». Ils s’inquiètent, au passage, de constater que la Caisse de dépôt et placement du Québec soit absente du bloc de contrôle du distributeur, voyant la Caisse comme faisant partie de la solution.
 
Insistant sur l’importance de l’emplacement des sièges sociaux, les auteurs reviennent à cette acquisition de Provigo par Loblaw pour conclure qu’un « déplacement du centre de gravité soulève une série d’enjeux stratégiques qui concernent directement la souveraineté et la sécurité alimentaire du Québec ». Depuis cette acquisition survenue en 1998, les marques maison développées par Provigo ont été remplacées par celles de Loblaw. Il ne resterait plus que 300 personnes à l’ancien siège social de Provigo, contre 1200 en 2000. L’entrepôt de Loblaw à Québec a été fermé, ceux de Boucherville et de Saint-Laurent seraient menacés. Avec, pour cible, une centralisation éventuelle du réseau de distribution de l’entreprise en Ontario, « éloignant bon nombre de fournisseurs québécois des magasins ».

À voir en vidéo