Chypre rejette le plan de sauvetage

Le plan prévoyait d’imposer les dépôts bancaires, ce qui a soulevé la colère du peuple chypriote et créé beaucoup d’incertitude sur les marchés financiers à travers la planète. Les manifestants étaient nombreux devant le parlement au moment du vote.
Photo: Agence France-Presse (photo) Patrick Baz Le plan prévoyait d’imposer les dépôts bancaires, ce qui a soulevé la colère du peuple chypriote et créé beaucoup d’incertitude sur les marchés financiers à travers la planète. Les manifestants étaient nombreux devant le parlement au moment du vote.

Nicosie — Le Parlement chypriote a rejeté mardi le plan de sauvetage européen pour l’île après le tollé provoqué par la taxe sans précédent sur les dépôts bancaires qui y est prévue, replongeant la zone euro dans une crise aux conséquences incertaines.

Le président Nicos Anastasiades, qui a dit respecter ce vote, a eu en soirée un entretien téléphonique « constructif » avec le président russe, Vladimir Poutine, à la veille de discussions de son ministre des Finances, Michalis Sarris, à Moscou, la taxe ayant pu coûter des milliards d’euros aux fortunes russes sur l’île.


La Banque centrale européenne, qui faisait partie des négociations avec l’Union européenne et le Fonds monétaire international, a indiqué avoir pris acte du rejet et affirmé qu’elle fournirait autant de liquidités que nécessaire, semblant indiquer que la porte n’est pas encore fermée à une renégociation.


Alors que l’Allemagne a dit « regretter » la décision du Parlement, un responsable européen proche de l’Eurogroupe a dit que la zone euro attendait désormais une « contre-proposition » de Chypre. La zone euro a « pris note » mardi soir du rejet par le Parlement chypriote du plan d’aide à Chypre tel qu’il avait été approuvé samedi par les ministres des Finances de la zone euro, et a « réitéré son offre » à Nicosie. « Je confirme que l’Eurogroupe est prêt à aider Chypre dans ses efforts de réforme et réitère la proposition de l’Eurogroupe présentée lundi », qui consiste à ne plus taxer les dépôts inférieurs à 100 000 euros, a déclaré dans un bref communiqué le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem.


À Nicosie, le président du Parlement, Yiannakis Omirou, a indiqué que 36 députés avaient voté contre le texte, 19 s’étaient abstenus - tous du parti Disy du président de droite Anastasiades. Le plan n’a obtenu aucun vote positif. « La réponse ne peut être que non au chantage. Cette décision n’est rien qu’une razzia sur les fonds bancaires, a-t-il dit. Ce plan doit être renégocié. »


L’annonce du rejet a été accueillie par une énorme explosion de joie devant le parlement où des milliers de manifestants s’étaient réunis pour dire non au texte. « Chypre appartient à son peuple », a scandé la foule. « Parce que nous sommes petits, ils ont cru qu’ils pouvaient faire ça avec nous. Mais Chypre ne veut pas être un cobaye pour l’Europe », a dit Stefanos Angelidis, un chômeur de 28 ans. « Nous savons que ça va être difficile, mais nous sommes prêts à accepter les sacrifices pour sauvegarder notre dignité », a affirmé Maria Hadjisawa, une traductrice de 30 ans.

 

Rencontre avec les partis


Le plan de sauvetage prévoyait, en contrepartie d’un prêt de 10 milliards d’euros de la zone euro et du FMI pour l’île au bord de la faillite, une taxe exceptionnelle de 6,75 % sur tous les dépôts bancaires de 20 à 100 000 euros et de 9, 9 % au-dessus. Ce projet, conclu à Bruxelles samedi, comprenait à l’origine une ponction de 6,75 % pour les dépôts jusqu’à 100 000 mais devant le tollé général provoqué par ces taxes, Chypre a finalement décidé d’exonérer les dépôts de moins de 20 000 euros. Cette mesure inédite de prélèvement devait rapporter 5,8 miliards d’euros.


Les banques, fermées depuis samedi, le resteront jusqu’à jeudi. La Bourse a annoncé la suspension de ses échanges mardi et mercredi.


Chypre a besoin de 17 milliards d’euros pour faire face à sa dette et a demandé une aide européenne en juin. C’est le cinquième pays de la zone euro à bénéficier d’un programme d’aide internationale, avec un montant très inférieur aux centaines de milliards déboursés pour la Grèce et aux dizaines de milliards versés au Portugal, à l’Irlande et pour renflouer le secteur bancaire espagnol.


La Russie incontournable


L’annonce du plan de sauvetage a provoqué une onde de choc à l’étranger, surtout en Russie. La taxe de 9,9 % sur les dépôts de plus de 100 000 euros risquait en effet de coûter des milliards d’euros aux fortunes russes placées dans l’île. Le ministre russe des Finances, Anton Silouanov, a regretté une décision prise sans concertation par l’UE et menacé de revenir sur sa proposition d’assouplir les conditions du crédit de 2,5 milliards d’euros accordé à Nicosie en 2011. M. Sarris doit négocier l’étalement du remboursement de ce crédit.


Selon le quotidien Vedomosti, la banque russe Gazprombank, détenue à 41 % par le géant public gazier Gazprom, a proposé à Chypre une aide financière en échange de licences de production de gaz naturel après la découverte de colossales ressources en hydrocarbures sous la mer au large des côtes méridionales de l’île.


Pour le député Diko Marios Garoyian, le texte est un « crime avec préméditation » et une « forme d’esclavage économique » pour forcer Chypre à rompre ses liens avec Moscou et Pékin et permettre à d’autres de mettre la main sur les réserves énergiques.


En raison d’une fiscalité avantageuse, Chypre a été pendant longtemps considérée comme un paradis fiscal, mais les autorités se défendent de l’image de lessiveuse d’argent sale qui continue de coller à l’île.

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