Sauvetage de Chypre - La zone euro demande à Nicosie d’annuler la taxe sur les petits dépôts

À Nicosie, des petits épargnants ont manifesté leur opposition au plan d’aide à Chypre, qui prévoit l’imposition d’une taxe spéciale sur les dépôts bancaires.
Photo: Agence France-Presse (photo) Patrick Baz À Nicosie, des petits épargnants ont manifesté leur opposition au plan d’aide à Chypre, qui prévoit l’imposition d’une taxe spéciale sur les dépôts bancaires.

Le Parlement chypriote a reporté à ce mardi son vote sur le plan de sauvetage européen sur l’île, où les banques ne rouvriront pas avant jeudi pour éviter une ruée aux guichets à cause de la très impopulaire taxe sur les dépôts, qui pourrait être abandonnée en-deçà de 100 000 euros.

Pour tenter de faire revenir le calme, la zone euro a en effet demandé dans la soirée à Nicosie de ne plus taxer les déposants en dessous de 100 000 euros. « La zone euro est en faveur de zéro taxe pour les petits déposants », a indiqué une source à l’issue d’une réunion téléphonique des ministres des Finances de l’Union monétaire, mais à condition que la taxe continue à rapporter près de 6 milliards d’euros comme prévu. « La décision dépend des Chypriotes », a indiqué une autre source.


Selon le communiqué officiel publié à l’issue de plus de deux heures de réunion de l’Eurogroupe, « les autorités chypriotes vont introduire plus de progressivité en ce qui concerne la taxe exceptionnelle sur les dépôts bancaires, à condition que […] cela ne modifie pas le montant total de l’aide financière » des Européens et du FMI. « La zone euro continue de soutenir l’idée que les petits déposants doivent être traités différemment que les grands déposants et elle réaffirme l’importance de garantir totalement les dépôts en-deçà du seuil de 100 000 euros ».


En contrepartie d’un prêt de 10 milliards d’euros pour l’île au bord de la faillite, le gouvernement chypriote s’était engagé samedi à instaurer une taxe exceptionnelle de 6,75 % sur tous les dépôts bancaires en-deçà de 100 000 euros et de 9,9 % au-delà, ce qui devrait rapporter 5,8 milliards d’euros.


Mais cette mesure a suscité la colère des Chypriotes, et de vives critiques à l’étranger. Plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés lundi devant le Parlement en milieu d’après-midi, clamant « Non à l’euro », ou encore « Nous ne serons pas vos cobayes ».


Moscou a dénoncé comme « injuste » une taxe qui coûterait des milliards d’euros aux fortunes russes placées sur l’île, représentant au moins 20 milliards de dollars selon certains experts. Et Washington a appelé à une solution « responsable et juste ».


Les comptes avec moins de 100 000 euros représentent 30 des 67 milliards d’euros déposés dans les banques chypriotes. Un éventuel abandon de leur taxation obligerait le gouvernement à augmenter fortement, jusqu’à 15 %, celle des comptes dépassant 500 000 euros.


La Banque centrale européenne, l’un des trois bailleurs de fonds, s’est dite favorable à des amendements, tandis que Berlin affirmait que la répartition de la contribution de Chypre était « l’affaire du gouvernement chypriote ».


À la taxe sur les dépôts s’ajoutent des privatisations et une hausse de l’impôt sur les sociétés de l’île, longtemps perçue comme un paradis fiscal et soupçonnée de manquer de vigilance sur la provenance des fonds placés dans ses banques, en particulier depuis la Russie.


Compte tenu des discussions en cours, le Parlement a une nouvelle fois reporté son vote à mardi en fin d’après-midi.


Les débats risquent d’être houleux, le parti communiste Akel (19 députés) et les socialistes de l’Edek (5 sièges) ayant d’ores et déjà rejeté le plan de sauvetage, également critiqué au sein du Diko (centre-droit, 8 sièges), allié du Disy (droite, 20 sièges) du président Nicos Anastasiades.

 

« Perte de confiance »


La Banque centrale chypriote a annoncé que les banques resteraient fermées jusqu’à jeudi. Les détails de la taxe doivent être ratifiés avant la réouverture des banques afin d’éviter des retraits massifs pour esquiver les prélèvements. Chypre est le cinquième pays de la zone euro à bénéficier d’un programme d’aide internationale, mais la décision radicale et inédite de taxer tous les dépôts bancaires a pesé lundi sur les marchés financiers.


« Cette solution lève un tabou aux conséquences considérables pour l’ensemble du système bancaire européen », a souligné la banque française CM-CIC. Le président chypriote Anastasiades a tenté de rassurer dimanche en expliquant que les déposants recevraient, en échange des prélèvements, des actions dans les banques touchées par la crise, et, sous conditions, des obligations alimentées par les revenus du gaz naturel. « Le plan de l’Eurogroupe a sonné le glas du secteur financier de Chypre », estime l’économiste Matsi, car « personne ne va plus faire confiance à Chypre ». Le secteur bancaire chypriote, dont les dépôts représentent quatre fois le PIB annuel de l’île, est une des principales sources de revenus du pays.

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