Un an de grâce pour le Portugal

La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, François Hollande, discutant du cas de Chypre.
Photo: Agence France-Presse (photo) Bertrand Langlois La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, François Hollande, discutant du cas de Chypre.

Lisbonne — Le gouvernement portugais a obtenu vendredi de ses créanciers un an de plus pour réduire son déficit et ses dépenses, soit un délai jusqu’à 2015, au moment où le pays connaît sa plus grave récession depuis près de 40 ans, un chômage record et un mécontentement social croissant.

«Les nouvelles limites du déficit sont de 5,5 % du PIB en 2013, 4 % en 2014 et 2,5 % en 2015», a déclaré à la presse le ministre des Finances, Vitor Gaspar, à l’issue du septième examen trimestriel des réformes mises en oeuvre en contrepartie du plan de sauvetage accordé par l’Union européenne et le Fonds monétaire international en mai 2011. Déjà assouplis en septembre dernier, ces objectifs étaient jusque là de 4,5 % du PIB cette année, 2,5 % en 2014 et 2 % en 2015.


En allégeant les objectifs du Portugal, ses bailleurs de fonds ont reconnu de fait que les mesures d’austérité imposées ont à ce point contribué au recul de l’économie et à l’augmentation du chômage que le gouvernement n’est plus en mesure d’atteindre les objectifs fixés. Après une récession de 3,2 % en 2012, la plus grave depuis 1975, le ministre des Finances, Vitor Gaspar, a prévu pour cette année une contraction de 2,3 % tandis que le chômage, qui frappe déjà 16,9 % de la population active, devrait selon ses nouvelles prévisions atteindre le taux de 18,2 % à la fin de l’année puis un nouveau record de 18,5 % l’année prochaine.


Alors que le patronat, les syndicats et l’opposition de gauche appellent le gouvernement à prendre des mesures en faveur de la croissance et de l’emploi, le premier ministre a souligné qu’il n’était pas question de renoncer à l’austérité. «Les efforts et les objectifs que nous devons accomplir continueront à exiger une grande rigueur et une grande force de volonté», a-t-il souligné. L’application rigoureuse du programme de redressement a toutefois permis au Portugal de regagner la confiance des investisseurs et le gouvernement espère pouvoir dès cette année revenir sur les marchés financiers.

 

Chypre


Cet assouplissement est survenu alors que la zone euro travaillait fort à faire vendredi soir pour boucler le plan d’aide pour Chypre, face aux réticences exprimées par Berlin et aux exigences du FMI, qui pose des conditions très strictes pour participer au sauvetage de l’île. Les ministres des Finances de la zone euro étaient réunis à Bruxelles au chevet de Chypre, dans la foulée d’un sommet européen consacré précisément au dosage entre austérité et croissance. «Nous allons voir jusqu’où nous pouvons aller», a déclaré avec prudence le chef de file de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, à son arrivée, en souhaitant aboutir à «une bonne solution». «Nous ne voulons pas d’un pansement, mais d’une solution qui dure et qui soit soutenable», a affirmé la directrice du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde.


Chypre a demandé en juin une aide financière à l’UE et au FMI pour l’aider notamment à renflouer ses deux principales banques, plombées par la crise grecque. Elle a besoin d’environ 17 milliards d’euros, soit l’équivalent de son PIB. Mais ses bailleurs de fonds potentiels ne semblent pas prêts à lui accorder une telle somme. «Ce montant va être considérablement plus bas, vers les 10 milliards» d’euros, a affirmé cette semaine M. Dijsselbloem.


Outre la crainte que Nicosie ne puisse rembourser une somme trop importante, se pose la question de la soutenabilité de la dette, qui devrait atteindre environ 140 %, selon les estimations. Un niveau inacceptable pour le FMI et plusieurs pays de la zone euro. Pour l’institution de Washington, la dette chypriote devrait avoisiner les 120 % du PIB, aide comprise, a précisé un diplomate européen sous couvert d’anonymat.


L’Allemagne veut notamment s’assurer que Chypre lutte activement contre le blanchiment d’argent. Après avoir traîné les pieds, Nicosie a accepté de se soumettre à un audit qui a débuté cette semaine et dont les premières conclusions sont attendues à la fin du mois. «Nous allons examiner toutes les options, et j’espère qu’on va bien avancer», a déclaré prudemment le ministre français, Pierre Moscovici.


D’autres pays sont plus déterminés. «Il ne doit pas seulement s’agir d’avancer sur Chypre, mais de trouver une solution», a estimé le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker. «Je ne peux pas imaginer que nous laissions passer le week-end sans avoir résolu le problème chypriote», a insisté celui qui fut le patron des ministres des Finances de la zone euro pendant huit ans.

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