Fonds de solidarité FTQ - Une association profitable

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Des enjeux écologiques et sociaux importants touchent l’exploitation des ressources naturelles par les entreprises canadiennes.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jonathan Hayward Des enjeux écologiques et sociaux importants touchent l’exploitation des ressources naturelles par les entreprises canadiennes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Investissement responsable

Depuis un peu plus d’un an, le Fonds de solidarité FTQ recourt aux services d’une organisation à but non lucratif de la Colombie-Britannique pour valoriser ses investissements responsables. Share (Shareholder Association for Research & Education) guide le Fonds, qui récolte déjà les fruits de ce travail de recherche.
 
Mario Tremblay, vice-président, affaires publiques et corporatives du Fonds, siège à titre bénévole au conseil d’administration de l’organisme basé à Vancouver, en Colombie-Britannique. « On doit reconnaître qu’on est un client québécois francophone important pour eux, dit-il pour expliquer sa présence au sein de ce conseil d’administration . Ils ont souhaité recruter quelqu’un qui est du Québec pour profiter de sa compétence relativement à la sensibilité des entreprises en provenance d’ici. » 
« Il n’existe pas d’entreprise québécoise qui offre des services de consultation comme les leurs, et c’est pourquoi on s’est tourné vers eux, ajoute-t-il. D’ailleurs, ces gens-là travaillent pour la cause et ils interviennent parce qu’ils croient en celle-ci ; ils sont associés à des investisseurs qui partagent les mêmes valeurs que le Fonds. »
 
Share a été créée en 2000. Son conseil d’administration est présidé par Ken Georgetti, qui est également président du Conseil du travail du Canada. «La véritable raison d’être [de l’organisation] est d’aider les investisseurs comme nous. Ils fournissent des services d’accompagnement à des investisseurs institutionnels, parmi lesquels se retrouvent des gens comme le Fonds, des fondations privées et des fondations d’université, des organismes religieux actifs dans ce domaine et de grands syndicats qui possèdent des fonds de pension. »
 
Quel est le rôle joué par Share? « Ils analysent dans ces entreprises-là les enjeux qui se situent sur trois plans, soit sur les plans écologique, social et de gouvernance (ESG). Chaque année, ils font pour nous le tour de celles-ci dans le but de les identifier. À titre d’exemple, si on détient des actions d’une entreprise X et que huit autres clients de Share possèdent aussi des actions de celle-ci dans leur portefeuille, on est en mesure d’aller ensemble frapper à sa porte pour lui faire savoir que nous, comme actionnaires, nous ne sommes pas à l’aise avec tel ou tel enjeu qui a été découvert. Share effectue le travail pour nous sur ces enjeux ESG et fédère d’autres actionnaires comme nous. » 
 
De ce fait, le poids décisionnel et le pouvoir d’influence des détenteurs d’actions minoritaires augmentent par la force du plus grand nombre.
 
« Comme on partage, entre guillemets, les frais, il nous est possible de prendre des engagements à un coût qui est extrêmement intéressant et d’obtenir un meilleur impact. Au fond, tout le monde y gagne, parce qu’on répartit avec d’autres les dépenses encourues. Il serait onéreux d’engager des gens pour effectuer tout ce travail d’analyse, qui requiert de prendre le temps d’écrire aux entreprises et, parfois, d’aller rencontrer certaines d’entre elles ; dans certains cas, cela peut même mener jusqu’au dépôt de résolutions proposées par les actionnaires. »
 
Un bilan positif

Le vice-président se montre satisfait de l’association du Fonds avec Share : « On a commencé à travailler avec eux en 2012 et, en l’espace d’un an, on s’est livré à un dialogue avec 44 entreprises canadiennes sur différents sujets reliés à l’environnement, au social et à la gouvernance. »
 
Est-ce que certains sujets reviennent plus souvent que d’autres ? « Oui. Il y a, par exemple, tout ce qui a trait aux ressources naturelles et il y a aussi tout le domaine de l’extraction minière ; l’impact écologique refait surface dans le cas d’à peu près toutes les entreprises d’énergie. Il ne faut pas se le cacher : dès qu’on touche aux mines ou aux sociétés pétrolières, il existe des enjeux écologiques. Pour nous, du Fonds, il est extrêmement important de faire valoir ces aspects-là de leurs activités. »
 
Il se fait fort de rapporter que des résultats ont déjà été obtenus à la suite des interventions amorcées : « On peut divulguer que deux entreprises, Agrium et Cenovus, ont accepté, à la suite de nos pressions exercées avec d’autres, de respecter ce qu’on appelle Say on Pay, ou la consultation des actionnaires sur la rémunération des hauts dirigeants de l’entreprise ; sur le plan de la gouvernance, cet aspect est très discuté, car on veut de plus en plus que les détenteurs d’actions aient leur mot à dire sur toutes les questions de la rémunération. »
 
Il cite un autre exemple des succès obtenus : « Il y a cinq entreprises qui ont consenti à répondre au questionnaire dans le cadre du Carbon Disclosure Project ; il s’agit là d’une initiative internationale visant à la divulgation de tous les impacts sur le plan de l’émission des gaz à effet de serre. » 
 
Les gains réalisés ne s’arrêtent pas là : « On a obtenu d’autres petites victoires également, et, quelquefois, avant d’en remporter une, le dialogue peut s’échelonner sur une période d’un, deux, trois ou quatre ans. Avant que l’entreprise n’accepte de modifier certaines pratiques, il faut y mettre le temps. »
 
« Quand on se tourne vers l’engagement actionnarial, il faut en même temps s’armer de patience, poursuit-il. Dans certaines occasions, il importe aussi d’exercer les pressions nécessaires aux échelons décisionnels des entreprises. »

 
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