Le citoyen peut-il être un acteur de changement?

Sarah Poulin-Chartrand Collaboration spéciale
Photo: Newscom

Ce texte fait partie du cahier spécial Investissement responsable

Fonds éthique, placement responsable ou investissement dans la collectivité : comment s’y retrouver dans le monde de la finance responsable ? Et surtout : les choix citoyens peuvent-ils réellement apporter des changements dans le monde de la finance ?

 

Lorsqu’on parle de finance socialement responsable, Gilles Bourque, chercheur à l’Institut de recherche en économie contemporaine, tient à faire une distinction importante : il existe des placements responsables et des investissements responsables.


Un placement responsable correspond à des sommes d’argent placées sur les marchés boursiers par les caisses de retraite ou les fonds communs de placement. Ces fonds de placement sont ceux qu’on appelle couramment « fonds éthique ou fonds socialement responsable ». « Il faut prendre ce type de fonds avec des pincettes », juge l’expert en finance responsable. Le problème, c’est qu’ils sont gérés par de grands organismes financiers ou de grandes sociétés de placement dont les critères sont très variables et même difficilement vérifiables, d’après Gilles Bourque. Par exemple, certains fonds fonctionnent simplement par exclusion et n’auront pas de titres d’entreprises de tabac, d’armement et d’énergie nucléaire.


«Capitalisme propre»


Mais le citoyen qui ne souhaiterait pas investir, par exemple, dans la pornographie ou les OGM devra peut-être magasiner plus longtemps pour son fonds éthique. Colette Harvey, directrice du développement stratégique à la Caisse d’économie solidaire Desjardins, encourage d’ailleurs les investisseurs à questionner leur établissement financier sur les fonds socialement responsables qui sont offerts pour leur REER ou leur CELI, car les pratiques diffèrent d’un fonds à l’autre. Le classement annuel du site Corporate Knights (littéralement : les chevaliers de l’entrepreneuriat, dont le slogan parle de « capitalisme propre ») est aussi une bonne source d’information pour évaluer la différence entre les fonds éthiques.


Si Gilles Bourque est sceptique à propos des fonds éthiques, Colette Harvey souligne par contre que certains fonds dépassent la simple exclusion de certains secteurs d’activité et choisissent des entreprises qui démontrent un souci d’amélioration sur le plan social ou écologique. Quelques fonds, plus rares mais très actifs, utilisent leur pouvoir d’actionnaire comme levier pour accélérer les changements en ce qui a trait à la bonne gouvernance ou à la surveillance des pratiques de l’entreprise. Encore une fois, le consommateur devrait questionner son conseiller sur les pratiques des actionnaires dans un fonds avant de faire son choix.


Des changements de l’intérieur


Si le placement responsable peut être perçu comme une façon d’encourager des entreprises à améliorer leur performance sociale et écologique, l’investissement responsable, par son financement ou son investissement direct dans les entreprises, a une influence plus concrète sur l’économie locale. On peut départager l’investissement responsable en deux volets : le capital de développement et la finance solidaire.


Les fonds de travailleurs (Fonds de solidarité FTQ et Fondaction de la CSN) sont du ressort du capital de développement. Selon Gilles Bourque, ces deux fonds ont réellement transformé l’industrie de la finance au Québec, notamment en favorisant de nouveaux modes de gestion et de gouvernance plus transparents. Pour Colette Harvey, ce type d’investissement s’inscrit aussi dans une logique responsable, car les fonds de travailleurs soutiennent une partie de l’économie québécoise et favorisent la création ou le maintien d’emplois locaux.


Le deuxième volet de l’investissement responsable est la finance solidaire : le financement d’entreprises d’économie sociale, de coopératives ou d’organisations à but non lucratif. La Caisse d’économie solidaire de Desjardins est un des meilleurs exemples de ce type d’investissement. C’est cette caisse que Laure Waridel vantait dans une récente campagne publicitaire, en disant choisir le « placement à rendement social ».


Et comment ce type d’investissement peut-il avoir un impact réel ? Ce n’est pas le monde de la finance qui est transformé du jour au lendemain, mais plutôt l’économie locale. Les gens qui se tournent du côté de la Caisse d’économie solidaire, estime Colette Harvey, le font parce qu’ils croient à la mission de l’établissement et à son action sociale. Les membres achètent des dépôts à terme garantis et la majeure partie de cet argent sert à financer directement des centres de la petite enfance, des organismes culturels ou de réinsertion sociale. Dans les dernières années, la Caisse d’économie solidaire a, par exemple, soutenu une école de musique à Rivière-du-Loup, la radio communautaire CIBL à Montréal, des coopératives d’habitation ou un organisme d’aide aux enfants dans la région de Lanaudière.

 

Rentable, la finance responsable?


D’après Colette Harvey, les consommateurs se demandent régulièrement si les fonds socialement responsables sont plus ou moins rentables que les autres. « De plus en plus d’études démontrent que les entreprises qui mettent en place des mesures socialement responsables améliorent aussi leur rendement financier à long terme. »


Dans un rapport publié en 2007 par l’UNEPFI (un partenariat entre le Programme des Nations Unies pour l’environnement et le monde de la finance), qui évaluait les performances de la finance socialement responsable à travers 20 études universitaires et 10 études de firmes de courtage, on constatait, dans 18 études sur 30, un lien positif entre la performance d’un fonds et ses pratiques responsables. Neuf études ne constataient aucune corrélation entre le rendement et les pratiques de finance responsable et seulement trois études y voyaient un effet négatif.


Pour en apprendre davantage :
 

Cap Finance, le Réseau de la finance solidaire et responsable

 

IREC, l’Institut de recherche en économie contemporaine

 

Association investissement responsable



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