Investissement socialement responsable - Desjardins aussi est passé au vert

Florence Sara G. Ferraris Collaboration spéciale
Desjardins souhaite faire progresser les entreprises minières sur les plans tant écologique que social.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jeff McIntosh Desjardins souhaite faire progresser les entreprises minières sur les plans tant écologique que social.

Ce texte fait partie du cahier spécial Investissement responsable

Le groupe financier coopératif Desjardins offre depuis 1990 l’un des premiers programmes d’investissement au pays qui reposent sur une approche « socialement responsable ». Aujourd’hui chef de file dans le domaine, il propose à ses clients cinq produits avec lesquels ceux qui désirent allier finance et responsabilité civile peuvent faire fructifier leurs avoirs.


Ce besoin affirmé d’être socialement responsable, « c’est d’abord venu de nos membres », explique Rosalie Vendette, conseillère principale en investissement socialement responsable (ISR) au Mouvement Desjardins, rejointe en entrevue téléphonique.


À l’époque, les mouvements écologistes commencent à avoir davantage de poids auprès d’une opinion publique qui souhaite de plus en plus avoir le choix d’opter pour le vert. Dans cette optique, Desjardins pose les premières bases de son programme d’ISR en lançant, en 1990, le Fonds Desjardins Environnement, le premier du genre au Québec. Depuis 2009, la coopérative a ajouté quatre portefeuilles SociéTerre à la liste de ses produits verts.« L’ISR consiste à intégrer les facteurs écologiques, sociaux et de gouvernance dans la sélection et la gestion des placements et des investissements dans une perspective à long terme », met de l’avant Rosalie Vendette.


Grâce au développement de partenariats et à l’établissement d’un dialogue actif avec des entreprises dites socialement responsables, la coopérative non seulement souhaite influer sur leur rendement financier, mais également les aider à atteindre des objectifs précis en matière de protection de l’environnement ou de respect des droits humains. « Nous siégeons aux conseils d’administration de ces entreprises, précise la conseillère. De cette manière, nous pouvons faire des demandes précises et exercer notre droit de vote afin de nous assurer que les objectifs fixés sont en voie d’être atteints. »


À l’heure actuelle, la coopérative fait affaire avec une cinquantaine d’entreprises canadiennes pour chacun des produits qu’elle offre à ses membres.

 

Minières


À ceux qui avancent que ces fonds ne sont peut-être pas aussi responsables que le Mouvement le prétend, Rosalie Vendette répond que la coopérative fait du moins tout ce qui est en son pouvoir pour s’en assurer. « Il faut comprendre que les entreprises parfaites n’existent pas, soutient-elle. Oui, nous avons développé au cours des dernières années des partenariats avec des entreprises dans tous les secteurs, y compris les plus contentieux comme le secteur minier, mais notre but est de faire progresser ces entreprises sur les plans tant écologique que social. » Elle ajoute que laisser de côté ces entreprises reviendrait à baisser les bras devant elles.


Par ailleurs, si des entreprises persistent à long terme à ne pas entreprendre les démarches nécessaires pour atteindre les objectifs qu’elles ont fixés avec le Mouvement, ce dernier se retire, tout simplement. Récemment, la coopérative a procédé à un désinvestissement du titre de la société minière Barrick Gold, en raison de ses déversements de résidus miniers dans des cours d’eau en Papouasie -Nouvelle-Guinée. « Ces pratiques, bien que n’ayant pas cours au Canada, étaient non conformes aux politiques d’évaluation écologique du Fonds. » Le retrait d’un titre est toutefois utilisé en dernier recours, puisqu’il s’agit d’un constat d’échec pour le Mouvement. « Lorsque nous nous désengageons d’une entreprise, nous n’avons plus de pouvoir ni d’impact sur ses décisions. Dans cette mesure, nous essayons de rester actifs auprès d’elle le plus longtemps possible. »

 

Mythes et visibilité


L’investissement responsable, bien que de plus en plus prisé, demeure encore marginal plus de 20 ans après la création du premier fonds. Aujourd’hui, seulement 13 % des membres de la coopérative se tournent vers ce type d’investissement. « De nombreux mythes persistent autour de ce genre de programme », déplore la conseillère. En effet, bien des gens croient que miser sur des entreprises plus vertes n’est pas rentable, comme si avoir bonne conscience avait un prix. « Nos rendements des dernières années prouvent pourtant le contraire. » La courbe du rendement du Fonds Desjardins Environnement, par exemple, est effectivement en croissance constante malgré un léger creux lors de la crise en 2008 - ce qui ne diffère pas des autres secteurs d’investissement. Il en va de même pour les quatre autres produits socialement responsables de la coopérative.


Selon Rosalie Vendette, du travail doit aussi être fait pour convaincre les gens que ce type d’investissement s’adresse à tout le monde. « Les gens ont tendance à croire que les seuls qui choisissent ces fonds sont de jeunes militants, alors que c’est fait pour tous ceux que l’environnement préoccupe. » Elle ajoute qu’il revient aux planificateurs financiers de faire connaître le programme aux membres. « C’est systématique. Lorsque nos planificateurs financiers rencontrent un nouveau client, une série de questions sont posées afin de déterminer les intérêts de la personne. Si l’environnement en fait partie, l’ISR est généralement proposé. »

 

Et la Banque Nationale


Pour sa part, la Banque Nationale n’offre pas à ses membres des services fixes en matière d’investissements responsables. « [Nous privilégions] plutôt une analyse rigoureuse des besoins de chacun d’entre eux », écrit Marie-Pierre Jodoin, conseillère principale au service des affaires publiques de la Banque Nationale du Canada. Pour cette raison, la banque n’a pas voulu accorder une entrevue au Devoir.



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