Pour l’autonomisation des femmes à travers le monde

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Une Malienne participe à l’un des projets d’entrepreunariat de FEM International.
Photo: Source FEM International Une Malienne participe à l’un des projets d’entrepreunariat de FEM International.

Ce texte fait partie du cahier spécial Investissement responsable

Femmes entrepreneurs du monde (FEM International) est une ONG qui travaille sur le terrain en Afrique, en Asie et dans les Amériques pour aider les femmes à se prendre en main en les soutenant dans leur projet d’entrepreneuriat. « Nous les encourageons dans leur démarche de création d’entreprises écologiquement et socialement responsables, explique Lis Suarez Visbal-Ensink, fondatrice et directrice de l’organisme montréalais. Nous leur donnons confiance et les poussons à trouver leur potentiel aussi bien en tant qu’individus qu’en tant qu’entrepreneures et leaders de leur collectivité. »

«Nous croyons fièrement qu’on peut avoir à la fois des profits et un impact sur les plans social et écologique, résume Lis Suarez Visbal-Ensink dans une entrevue donnée au Devoir. Nous tentons de rendre des femmes autonomes, car, ensuite, elles vont elles-mêmes soutenir leur collectivité et contribuer à l’amélioration de leur environnement. Nous faisons ainsi nôtres les mots de Gandhi, prononcés il y a des années, mais toujours très pertinents : “ Éduquez un homme et vous éduquez un homme, éduquez une femme et vous éduquez toute la famille.” S’assurer que les femmes aient un avenir promoteur, c’est s’assurer que tout leur environnement aille mieux et se dirige dans la bonne direction. »

Au centre des actions, donc, les femmes. Le contexte : le développement durable. L’outil : l’entrepreneuriat. Et le canal pour les rejoindre et communiquer avec elles : la mode éthique. Tout ça par le biais d’un des projets de FEM International, Ethik BGC. « Nous travaillons avec l’industrie du textile parce qu’il s’agit d’un secteur très féminisé, explique la directrice de FEM International. À nos débuts, en 2005, nous nous sommes rendu compte que beaucoup de femmes travaillaient dans des structures artisanales liées au textile, à la couture, etc. Aussi bien dans les pays en développement qu’ici, au niveau local : il y a beaucoup de femmes d’origine multiculturelle qui sont présentes dans cette industrie-là. C’est donc un bon moyen de les rejoindre et de les motiver à prendre leur destin en main. »

 

26 millions de travailleurs

La mode est en effet une industrie qui a des impacts économiques, sociaux et écologiques sur les populations du Nord, soit les consommateurs, ainsi que sur les populations du Sud, soit les producteurs. En 2006, 26 millions de personnes travaillaient dans le secteur de la mode et du textile. Et 70 % de ces personnes étaient des femmes, dont la majorité travaillent dans des conditions inacceptables. La mode est une industrie très rentable, mais peu de ses acteurs en bénéficient réellement.

 

Au départ, FEM International s’était cantonnée à la formation des jeunes femmes. Mais, très vite, l’organisme a monté des projets ou s’est engagé dans des projets existants. « Nous nous sommes penchés sur les différents besoins des femmes avec lesquelles nous travaillions, ajoute Mme Visbal-Ensink. Elles avaient besoin de se lier en réseau, d’avoir des possibilités de vendre leurs produits, etc. Nous avons mis en place tout un programme pour leur assurer une présence dans des événements, dans les grandes surfaces, dans différents points de vente. Nous leur donnons des conseils en matière de marketing, de stratégie de vente. Nous sommes partenaires d’une quinzaine d’organisations qui travaillent dans la mode éthique aux niveaux local, national ou international. Nous créons des réseaux, nous organisons des événements ou nous nous greffons à des événements internationaux, ce qui nous permet d’amener les designers et les fabricantes de textiles éthiques à se rencontrer. »

 

Un incubateur d’entreprises

Ethik BGC, c’est donc un incubateur d’entreprises de mode éthique ayant toutes des objectifs de développement durable. Ici, à Montréal, c’est une boutique, une galerie, un centre d’affaires. Quarante entrepreneures en sont aujourd’hui membres, de dix-neuf nationalités distinctes. Des femmes et des entreprises installées dans les pays du Sud, comme la Colombie, la Bolivie, la Thaïlande, l’Inde, le Mali, mais aussi des immigrantes ou des Canadiennes d’origine multiculturelle vivant à Montréal ou ailleurs au Québec. Sur le plan international, FEM soutient onze projets.

En Colombie, il s’agit d’ouvrir le marché nord-américain à dix artisanes ; en Bolivie, Ethik BCG donne une formation à trente entrepreneures et les aide à élargir leur marché ; au Mali, 175 jeunes bénéficient d’une formation de trois ans destinée à développer leur esprit d’entreprise et à appuyer leur insertion sociale en leur dispensant des ateliers en leadership féminin, en égalité femme-homme en milieu de travail et en développement durable dans les petites entreprises.FEM International elle-même est une structure d’entrepreneuriat social.

Ainsi, les projets sont financés pour la moitié par les revenus qu’ils génèrent via la vente de leurs produits, les ateliers, la formation, etc. « Nous recevons également des subventions de la part de gouvernements et d’organismes privés qui se sont engagés via leur fondation, ajoute Lis Suarez Visbal-Ensink. Cet argent nous permet d’avancer, nous lançons d’ailleurs une nouvelle campagne de financement et sommes toujours à la recherche de nouveaux investisseurs sociaux. Mais nous cherchons vraiment à générer notre propre financement, à trouver nos propres solutions afin d’être également un modèle pour les femmes que nous aidons. Pour les mener à l’autonomie, pour les convaincre des bienfaits de cette autonomie pour elle et leur famille, leur collectivité, nous devons nous-mêmes être le plus possible autonomes. »

 

Pour en savoir plus, visitez www.ethik-bgc.ca.



Collaboratrice

À voir en vidéo