Fondaction - À l’enseigne de la finance socialement responsable

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Léopold Beaulieu, président et directeur général de Fondaction
Photo: OSA Images Léopold Beaulieu, président et directeur général de Fondaction

Ce texte fait partie du cahier spécial Investissement responsable

Écoressources, Transtek, la Coopérative forestière Petit Paris et SynergX sont quelques-unes des entreprises qui ont reçu récemment le soutien financier de Fondaction, de la CSN. Ont-elles autre chose en commun ? Ce sont toutes des exemples de ce qu’on nomme aujourd’hui l’investissement socialement responsable.


«Je préfère le terme de “ finance socialement responsable ” à celui d’“ investissement socialement responsable”, tient à préciser Léopold Beaulieu, président et directeur général de Fondaction. Car il s’agit, selon moi, d’une manière différente de faire de la finance qui tient compte non seulement de l’aspect financier et économique, mais aussi de l’aspect écologique et social. Et cela doit s’appliquer à l’ensemble des activités d’un organisme financier comme le nôtre, y compris notre propre action en tant qu’organisation. »


Cette approche novatrice privilégiée par Fondaction ne date pas d’hier. « Dès notre création, en 1996, les enjeux du développement durable étaient déjà inscrits dans la mission de Fondaction et ce sont ces critères qui guident nos actions depuis le début. » Par conséquent, il estime que l’ensemble des investissements et des placements de Fondaction peuvent loger à l’enseigne de la finance responsable.


Multiples critères


Pour déterminer si un investissement ou un placement est socialement responsable, il faut tenir compte de plusieurs critères. « Bien sûr, le critère économique demeure important. Il faut toujours faire une évaluation diligente de la situation financière de l’entreprise, mais cela ne peut plus être le seul critère qui détermine si on investit ou pas. Il faut aussi tenir compte de l’environnement, du social et de la gouvernance, ce qu’on nomme ESG. »


Entrent dans ces critères ESG le style de gestion et de gouvernance, la présence ou non des travailleurs dans le processus de gestion, la reddition de comptes et la transparence, le lien avec les parties prenantes, internes comme externes, les mesures écologiques, le secteur d’activité, l’engagement et la responsabilité sociale, etc.


« Évidemment, on ne peut pas s’attendre à ce qu’une entreprise soit en mesure de satisfaire à toutes ces exigences avant de décider si on y investit. C’est la raison pour laquelle notre approche est celle de l’accompagnement. Si une entreprise est consciente des enjeux du développement durable et qu’elle a la ferme intention de mettre en place des mesures pour atteindre les objectifs du développement durable, nous serons là pour l’accompagner, et ce, tout au long de notre partenariat avec elle. Parfois, c’est un critère particulier qui joue dans la balance. Par exemple, c’est le secteur d’activité, comme les technologies propres, ou encore le style de gouvernance, comme dans le cas d’une entreprise qui a mis en place une gestion participative avec ses employés. Mais, dans tous les cas où on intervient dans une entreprise, et peu importe la raison pour laquelle on a décidé de le faire, on cherche toujours à faire avancer les valeurs du développement durable. »


Prenons le cas des quatre entreprises dans lesquelles Fondaction a récemment investi. Quels sont les critères qui ont joué en leur faveur ? « Écoressources est l’une des rares entreprises à offrir des services-conseils en matière de changements climatiques, et notamment dans le domaine des marchés du carbone. » C’est donc le secteur d’activité qui a primé.


Quant à Transtek, il s’agit d’une entreprise industrielle qui a développé une jupe aérodynamique pour l’industrie du camionnage. « Cette jupe aérodynamique permet une importante économie de carburant et contribue ainsi à la réduction des gaz à effet de serre. » Dans ce cas, c’est le produit.


« Dans le cas de la Coopérative forestière Petit Paris, c’est la gestion écologique qui a compté. » En effet, la Coopérative forestière Petit Paris a mis en place un système de gestion écologique selon les normes du Forest Stewardship Council (FSC) du Canada, qui garantit une exploitation écoresponsable de la forêt.


SynergX est une entreprise qui con-çoit, fabrique et installe des systèmes de contrôle de la qualité concernant différents types de verre. « Ici, c’est le style de gouvernance qui a joué. Les employés de l’entreprise sont regroupés en coopérative de travailleurs actionnaires et participent donc à la gouvernance de l’entreprise. La gestion participative est une forme de gouvernance que Fondaction apprécie et surtout encourage. »


Progrès accomplis


De plus, la participation directe dans une entreprise n’est pas l’unique manière d’investir de Fondaction, puisque cet organisme financier investit aussi par le biais de fonds partenaires ou de fonds spécialisés, tout comme il le fait sur les marchés financiers. « Ici aussi, c’est la même règle qui s’applique et les mêmes principes qui nous guident. »


La finance socialement responsable est-elle appelée à jouer un rôle plus important dans l’avenir ? Certains le croient et donnent en exemple la récente crise économique provoquée essentiellement par la finance traditionnelle. Mais l’avidité de cette dernière ne finira-t-elle pas par reprendre le dessus ?


Léopold Beaulieu n’y croit pas. « C’est qu’il y a eu au fil des ans des progrès, en particulier du côté des entreprises et du milieu des affaires. Aujourd’hui, la protection de l’environnement n’est plus une notion étrangère aux entreprises, com-me ne le sont plus les changements climatiques et le développement durable. Il y a une certaine compréhension de la part des entreprises quant à l’urgence d’agir. »


De plus, la rentabilité se pointe le nez. « Plusieurs entreprises ont compris qu’il est rentable de fonctionner avec les valeurs du développement durable. Prenons, par exemple, l’écoconception d’un produit. C’est devenu un facteur important lorsqu’on cherche à exporter un produit. »


Sans compter que les organismes financiers actifs dans la finance socialement responsable ont aussi fait des progrès. « À Fondaction, depuis notre création, on a raffiné nos méthodes et peaufiné notre approche. Au fond, c’est aussi le métier qui rentre. »


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