Gaz Métro plaide pour l’exploitation responsable des ressources

La présidente-directrice générale de Gaz Métro, Sophie Brochu.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La présidente-directrice générale de Gaz Métro, Sophie Brochu.

Le Québec risque de voir s’« effriter » son « modèle social » s’il tourne le dos à l’« exploitation intelligente » de ses ressources naturelles pour des considérations exclusivement environnementales, a mis en garde la présidente-directrice générale de Gaz Métro, Sophie Brochu.

« Je ne vous cacherai pas que j’ai des inquiétudes ces jours-ci », a lancé sans ambages mardi midi la grande patronne du plus grand distributeur de gaz naturel au Québec devant un parterre de gens d’affaires. Devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, l’économiste a dit craindre que l’« hostilité au développement économique » ne prenne le pas sur le « souci pour la protection de l’environnement ».


« Si, dans le but de moins polluer, on fait le choix d’avoir moins d’entreprises et on refuse les projets de développement économique, on fait fausse route et on court collectivement à notre appauvrissement, [qui] mènerait à son tour à l’effritement du modèle social du Québec », a indiqué Mme Brochu, appelant plutôt à l’amélioration des « procédés […] de projets de développement économique [afin qu’ils prennent] en compte la protection de l’environnement ».


La p.-d.g. de Gaz Métro a ensuite partagé sa vision du développement durable, insistant notamment sur la contribution de Gaz Métro dans la guerre sans pitié décrétée par le gouvernement du Québec aux émissions de gaz à effet de serre (GES).


Alors que l’équipe de la première ministre Pauline Marois mise gros sur l’électrification des transports afin de réduire de 25 % les émissions de GES d’ici à 2020, Sophie Brochu a rappelé que la conversion du charbon au gaz naturel - de 30 000 à 40 000 mégawatts d’ici à 2016 - constitue un élément clé de la stratégie de réduction des émissions de GES au sud du 49e parallèle. En effet, quelque 80 millions de tonnes de GES s’effaceront à terme du bilan annuel des États-Unis, soit grosso modo l’équivalent des émissions de GES du Québec en 2010. « Voilà une illustration éclatante de l’apport du gaz naturel dans la lutte contre les changements climatiques », a affirmé Sophie Brochu.


Au Québec, la mise au rancart du mazout lourd au profit du gaz naturel par « bon nombre » d’entreprises a aussi tiré vers le bas les émissions de GES. « Au Québec, l’avancée du gaz naturel, qui représente aujourd’hui environ 13 % de notre bilan énergétique, se réalise en repoussant les produits pétroliers qui répondent toujours à environ 40 % de nos besoins », a pris soin d’indiquer Mme Brochu, afin d’ébranler la « croyance populaire » voulant que Gaz Métro nuise à Hydro-Québec en empiétant sur ses platebandes. « Ce n’est pas le cas au Québec. »


Gaz Métro invite les propriétaires d’une flotte de véhicules lourds - responsables de près de 15 % de l’ensemble des émissions de GES - à imiter Transport Robert et à troquer le diesel pour le gaz naturel liquéfié. « Dans ce segment de marché, l’électricité n’est d’aucun secours. » Transport Robert compte actuellement 80 camions roulant au gaz naturel liquéfié pouvant se ravitailler à des stations à Québec, à Boucherville et à Mississauga.


« Ça marche pour les camions, ça marche aussi pour les navires […] et les trains », a précisé Mme Brochu. « Nos choix énergétiques ne peuvent évidemment pas tout régler. Mais ils peuvent contribuer à trouver un équilibre entre le développement de notre économie, la protection de notre environnement et l’essor de notre société », a-t-elle poursuivi.


Gaz Métro, qui a achevé à l’automne 2012 le lien Vallée-Jonction -Thetford Mines, compte repoussé une nouvelle fois ses frontières. Le distributeur entend raccorder la Côte-Nord, « dernière région industrielle du Québec qui n’a pas encore accès au gaz naturel », à son réseau par un gazoduc de 450 kilomètres reliant Jonquière, Port-Carier et Sept-Îles.


Ce « projet d’envergure » nécessite toutefois un coup de pouce des différents ordres de gouvernement et l’« engagement à terme » d’un certain nombre de grands clients.


Refus d’exploiter


Mme Brochu regrette les moratoires de facto et de jure sur l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste. « Pendant qu’au Québec on refuse d’exploiter ces gisements [de shale jusqu’à l’adoption d’une future loi sur les hydrocarbures], les États-Unis foncent, toutes voiles dehors », a fait remarquer Mme Brochu.


Les États-Unis se sont lancés tête baissée dans la ruée vers le gaz naturel, identifiant des réserves sur leur territoire pour un siècle.


Gaz Métro - qui dispose d’un réseau souterrain de plus de 10 000 kilomètres desservant quelque 200 000 clients - garde le contact avec Pétrolia, la société d’exploration pétrolière et gazière junior qui possède des intérêts sur l’île d’Anticosti.


Le moratoire décrété par le gouvernement du Québec ne concernerait pas le pétrole de schiste, qui nécessite pourtant lui aussi de la fracturation hydraulique.


« Quand on exploite ce pétrole [de shale], on trouve par le fait même du gaz naturel », a indiqué Mme Brochu, précisant que chaque puits génère de 7 à 10 % de gaz associé.


L’assemblée annuelle et extraordinaire des actionnaires de Valener, qui détient une participation d’environ 29 % dans Gaz Métro, se tiendra dans deux semaines, soit le mercredi 27 mars.

7 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 13 mars 2013 08 h 04

    L'exploitation responsable , cà n'existe pas.....à moins que..

    Quand on voit des compagnies minières prêtes à exploiter le sous-sol à côté de Val-David, Ste-Lucie ou Gaspé, cela s'appelle de l'irresponsabilité. La seule facon de responsabiliser ces compagnies, c'est par la loi et par une règlementation sévère et contrôlée. Mais pour cela, il faut un gouvernement responsable. En connaissez-vous un!

    • J-Paul Thivierge - Abonné 13 mars 2013 12 h 58

      Ailleurs où on exploite du gaz de shales par fracturation , il y a eu prospérité énergétique mais un grand appauvrissement écologique, environnemental et économique pour les résidents de ces régions ; en Pensylvanie des propriétés qui valaient des M$ ne se vendent même plus à 100 K$ tellement la désertification progresse autour des champs où sont branchés le milliers de têtes de puits au gazoducs.

      Certainement dans l'extême nord inhabité des provinces de l'ouest peu de gens souffrent des effets de la fracturation et de la contamination par des boues de forage. Des ruisseaux et des rivières pollués ainsi comparés aux dégats des rejets des sables bitumineux c'est une goutte dans l'océan.

      Mais exploiter et fracturer dans la vallée du St Laurent et du Richelieu où résident plus de la moitié des Québécois, où il y a des nappes d'eau potable pour les êtres vivant ces régions, il y a de forts risques de contaminer des terres et des rivières avec des rejets échappés... ou mal traités.

      Les routes où circulent des centaines de camions lourds pendant des mois sont défoncées et dangereuses et couteuses à réparer. Et pour les résidants à proximité des pompes et de puissants moteurs bruyants qui tournent nuit et jour ce n'est pas une motivation qui aide l'acceptabilité sociale.

      Le jour où le forrage et la fracturation pourront bien faire en toute sécurité et que les exploitants pourront prouver l'innocuité pour tous les êtres vivants et la sécurité à long terme des installations même dans des décennies quand il restera encore 50 % du gaz (CH4) qui poussera vers les fissures et bouchons soudés pour prendre l'air...et ajoute de méthane aux autres GES terrestres.

  • Jacques Patenaude - Abonné 13 mars 2013 09 h 16

    La crédibilité du milieu des affaires

    « Un porte-parole de l’Office national de l’énergie (ONE) a soutenu récemment qu’une fuite de pétrole d’un pipeline ne constitue pas en soit une « catastrophe » environnementale... » citation tirée de l'article Rencontre d’information sur le projet d’Enbridge - «Une fuite de pipeline, ce n’est pas nécessairement une catastrophe»Le devoir 13 mars 2013 |Alexandre Shields|Actualités sur l'environnement

    « Le moratoire décrété par le gouvernement du Québec ne concernerait pas le pétrole de schiste, qui nécessite pourtant lui aussi de la fracturation hydraulique. »

    Ces deux citations résument bien le problème du milieu des affaires. Si ces gens cessaient de nier les réalités qui les dérangent ou de tenter contourner ce qui ne fait pas leur affaires, leur discours gagnerait en crédibilité. De plus ils prétendent qu'ils veulent sauver notre « modèle social ». S'ils y croient vraiment pourquoi sont-ils si prompt à demander de payer toujours moins de taxes et d'impôts? Ou d'éviter par tous les moyens de les payer.

    Tout le problème est là. Leur discours est trop souvent en contradiction avec leurs gestes . Lorsque les bottines suivront les babines ça sera plus facile d'en arriver à établir un juste équilibre entre l'économique, le social et l'environnemental. Ce qu'ils ont besoin présentement c'est de se regarder dans un miroir.

  • Sylvain Auclair - Abonné 13 mars 2013 09 h 34

    Pas de développement durable possible dans ce domaine

    Puisque, par développement durable, on entend un «développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs», toute extraction pétrolière ou gazière est par définition non durable. Non seulement détruit-on irrémédiablement les ressources qu'on extrait, ressources qui pourraient avoir sans doute une utilité plus grande que celle d'être simplement brûlées, mais on augmente nécessairement la quantité de gaz à effet de serre dans l'air, et ce, même s'il n'y avait aucune fuite.

    La seule source durable de méthane (principal composant du gaz naturel), c'est la biofermentation des déchets.

    • Michel Richard - Inscrit 13 mars 2013 10 h 27

      Si je comprend bien, M Auclair, parce qu'il n'existe par définition qu'une quantitié limitée de sources d'énergie fossiles, one ne devrait jamais y toucher ? Il faudrait les laissées enterrées jusqu'à la fin des temps ?

      Même chose pour le fer, le cuivre, l'aluminium? quoique les métaux peuvent être recyclés.

      Comment vivrons nous ?

  • Daniel Clapin-Pépin - Abonné 13 mars 2013 10 h 35

    Une fictive « chasse aux sorcières » écologiques !

    Le discours de Madame Brochu, grande patronne de Gaz Métro, est malheureusement fort alambiqué et éminemment biaisé dans un sens anti-écologique, notamment dans l’extrait suivant => "(…) Devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, l’économiste a dit craindre que l’« hostilité au développement économique » ne prenne le pas sur le « souci pour la protection de l’environnement »."

    Au contraire, tous les Québécois (à quelques exceptions près du coté des capitalistes sauvages et irresponsables formant le 1 % contre les 99 %) sont favorables à une exploitation « responsable » - et donc environnementalement respectueuse - de toutes leurs ressources naturelles dont ils sont propriétaires.

    J’inviterais plutôt cette dame, au lieu d’ouvrir une fictive « chasse aux sorcières » écologiques (y incluant les « écolo-sorciers » auxquels je m’identifie personnellement en ma qualité de prof de management environnemental à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM), à nous préciser plutôt comment, concrètement, elle entend respecter son engagement suivant dont je doute fort, par ailleurs, de la sincérité & authenticité => "(…) appelant plutôt à l’amélioration des « procédés […] de projets de développement économique [afin qu’ils prennent] en compte la protection de l’environnement »".

    À bonne entendeure, salut !

    • J-Paul Thivierge - Abonné 13 mars 2013 13 h 04

      Exploiter et fracturer dans la vallée du St Laurent et du Richelieu où résident plus de la moitié des Québécois, où il y a des nappes d'eau potable pour des millions d'êtres vivant dans ces régions, il y a de forts risques de contaminer des terres et des rivières avec des rejets échappés... ou mal traités.

      Les routes où circulent des centaines de camions lourds pendant des mois sont défoncées et dangereuses et couteuses à réparer. Et pour les résidants à proximité des pompes et de puissants moteurs bruyants qui tournent nuit et jour ce n'est pas une motivation qui aide l'acceptabilité sociale.

      Le gaz et le pétrole de schiste seront une ressources naturelles intéressantes à exploiter ici le jour où le forage et la fracturation pourront bien faire en toute sécurité et que les exploitants pourront prouver l'innocuité pour tous les êtres vivants et la sécurité à long terme des installations .