Biélorussie - Le dollar américain victime d’un mystérieux champignon...

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	Les retraités biélorusses tentent de protéger leurs avoirs en se procurant des dollars américains. Mais le phénomène risque de provoquer une poussée d’inflation. Contre la peur d’une nouvelle dévaluation de la monnaie biélorusse, le gouvernement aurait opposé la crainte d’une dégradation du papier-monnaie américain.­</div>
Photo: Agence France-Presse (photo)
Les retraités biélorusses tentent de protéger leurs avoirs en se procurant des dollars américains. Mais le phénomène risque de provoquer une poussée d’inflation. Contre la peur d’une nouvelle dévaluation de la monnaie biélorusse, le gouvernement aurait opposé la crainte d’une dégradation du papier-monnaie américain.­

Minsk — Des champignons sont-ils en train de ronger les coupures de dollars cachées dans les bas de laine des retraités de la Biélorussie ? L’alerte a été donnée par la presse officielle de cette ex-république soviétique, qui incite dès lors à placer ses économies à la banque.

Mais pour certains experts, cette annonce étonnante reflète surtout la crainte des autorités de la Biélorussie d’une désaffection vis-à-vis de la monnaie nationale susceptible d’entraîner un nouvel emballement de l’inflation, comme celui qui avait conduit ce pays au bord du gouffre en 2011.


« Attention, voraces invisibles », titrait récemment le Journal du Peuple, avant de raconter l’histoire d’une habitante de Vitebsk, dans le nord-est de ce pays, qui s’est vu refuser dans un bureau de change des billets verts, grignotés par un mystérieux champignon. « Il serait exagéré de parler d’une épidémie de champignons en Biélorussie, selon les experts. Mais il ne faut pas non plus ignorer le problème. Il vaut mieux garder son argent à la banque. Non seulement vous ne le perdrez pas, mais vous percevrez des intérêts », poursuit l’article.


L’affaire a été commentée avec ironie par les internautes biélorusses. Mais elle survient au moment où le président Alexandre Loukachenko, à la tête de la Biélorussie depuis plus de 18 ans et dont le régime est qualifié par les États-Unis de « dernière dictature d’Europe », s’est agacé des personnes âgées qui placent leurs économies dans la monnaie américaine. Ces retraités, qui représentent le quart de la population (de dix millions d’habitants en tout), préfèrent convertir leurs pensions en dollars, faute de confiance dans le système bancaire et surtout dans le rouble biélorusse.


En 2011, la Biélorussie a été confrontée à un déficit commercial abyssal et à une inflation record de 108 %. Elle a procédé à plusieurs dévaluations pour traverser la tempête, notamment avec l’aide financière de la Russie. Depuis, la hausse des prix s’est - relativement - ralentie, 21,8 % en 2012, mais au sein de la population, la méfiance demeure et investir dans la devise américaine reste le moyen le plus simple de se protéger contre une nouvelle dévaluation.


Mais le risque, c’est justement, faute de confiance dans la monnaie locale, une raréfaction des paiements en roubles et au final, une envolée des prix.


« J’ai demandé au gouvernement de me dire qui sont ces gens qui passent leur temps dans les bureaux de change, parce que les gens normaux ne font pas ça », a déclaré M. Loukachenko au cours d’une conférence de presse en janvier. « Il se trouve que ce sont surtout des retraités » pourtant pauvres, s’est étonné le président.


Avec des revenus tournant autour de 200 $ par mois, « les retraités ne peuvent faire aucune économie, surtout en hiver, tempère le philosophe et éditorialiste Konstantin Skouratovitch. Mais s’ils mettent quelque chose de côté, c’est évidemment sous forme de dollars », poursuit-il.


Au total, sur les deux premiers mois de l’année, les Biélorusses ont acheté 69 millions de dollars de plus qu’ils n’en ont vendu, contribuant ainsi pour l’essentiel à la diminution des réserves de changes sur cette période.


S’il est difficile de mesurer l’impact des retraités aux faibles revenus sur cette tendance, elle n’en irrite pas moins les autorités. « Le pouvoir fait tout pour réduire les sorties de devises du système financier. Les gens qui achètent des devises constituent un facteur important quand les conditions sont instables », observe l’économiste indépendant Leonid Zlotnikov.


Pour cet expert, l’État ferait mieux de remplir ses réserves par le biais de privatisations, comme le recommande le FMI, mais le président s’y refuse. Faute de réformes, le Fonds a averti Minsk en octobre d’une possible nouvelle envolée des prix, les autorités soutenant l’activité en réduisant les taux et en augmentant les salaires.


La banque centrale a d’ailleurs réduit mardi son principal taux à 28,5 %, après six mois à 30 %.

2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 13 mars 2013 08 h 59

    Taux principal

    Le taux principal RÉDUIT à 28,5%: ai-je bien lu?

  • Gilles Théberge - Abonné 13 mars 2013 16 h 44

    Pendant ce temps

    Pendant que la monnaie biélorusse est rongée par les vers de l'inflation, dans les pays d'en haut, on s'apprête à créer la piastre à Séraphin...

    Comprenne qui pourra!