Négociations d’un accord de libre-échange avec les États-Unis - Bruxelles donne son feu vert

Barack Obama se dit «raisonnablement optimiste» d’en venir à un accord avec l’Union européenne.
Photo: Agence France-Presse (photo) Barack Obama se dit «raisonnablement optimiste» d’en venir à un accord avec l’Union européenne.

Strasbourg — Le collège des commissaires européens a donné son feu vert mardi à l’ouverture de négociations de libre-échange avec les États-Unis, a annoncé le commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht, se voulant rassurant sur des sujets sensibles comme les OGM et la culture.

« Le collège a donné son feu vert au mandat de négociation pour un accord commercial à venir entre les États-Unis et l’Union européenne », a déclaré M. De Gucht au cours d’une conférence de presse. Ce mandat, qui doit encore être approuvé par les 27 États membres, intervient « un mois à peine » après l’annonce par l’UE et les États-Unis de leur volonté d’ouvrir ces négociations, a-t-il ajouté en marge d’une session plénière au Parlement européen à Strasbourg.


« J’espère que les États membres donneront leur aval très rapidement de manière à ce que les négociations puissent commencer avant l’été », a poursuivi le commissaire belge. Il a toutefois reconnu l’existence de dossiers sensibles, tout en se voulant rassurant. Fin février, Paris avait dit être « favorable dans le principe » à un accord de libre-échange avec les États-Unis, « mais dans le respect de la Politique agricole commune (PAC) et de l’exception culturelle française ».


« Il y a toujours des craintes et des rumeurs qui circulent. Je voudrais tordre le cou à certaines rumeurs, a affirmé M. De Gucht. « Pour nous, [les membres de] la Commission, la diversité culturelle est un atout et une valeur à défendre », a-t-il affirmé. Il a aussi assuré que les États pourraient continuer à soutenir leur secteur audiovisuel, « notamment en prévoyant des quotas de diffusion ou des subventions à la production ». En outre, « l’accord à venir ne modifiera rien en ce qui concerne les OGM. Il n’y aura aucun changement. Notre législation restera en place », a-t-il affirmé.


Parmi les autres obstacles à lever figurent « la suppression des derniers droits de douane », qui sont en moyenne de 4 %, et des « entraves non tarifaires qui demeurent dans les échanges », a rappelé le commissaire européen.


Une fois l’accord des 27 obtenu, la Commission n’exclut pas de parvenir rapidement à un accord avec les États-Unis. « Je ne crois pas que ces négociations vont prendre des années. Il faut réussir la percée sur un certain nombre de points sur le plan politique. Y arriver, ce n’est pas une affaire de temps. Il s’agit d’être décidé à y arriver », a estimé M. De Gucht, soulignant la volonté de Washington d’aller également vite sur ce dossier.

 

Barack Obama


De son côté, le président américain Barack Obama a estimé mardi que l’UE était mieux disposée à un accord de libre-échange avec son pays que par le passé. « Ce qui a changé à mon avis, c’est que dans toute l’Europe, ils ont du mal à trouver la recette de la croissance en ce moment, en partie à cause des mesures d’austérité [et] en l’absence d’un volet commercial plus ambitieux », a-t-il affirmé, se disant « raisonnablement optimiste » sur les chances de parvenir à un accord de libre-échange.


Un tel accord rapporterait environ 119 milliards d’euros par an au Vieux Continent, ce qui se traduirait par 545 euros supplémentaires par an pour une famille de quatre personnes, selon une étude réalisée par le Centre for Economic Policy Research à Londres et rendue publique mardi. Le gain serait d’environ 95 milliards d’euros par an pour les États-Unis. Les exportations européennes vers les États-Unis pourraient bondir de 28 %, et l’industrie automobile devrait en être de loin le premier bénéficiaire. Les exportations dans ce secteur devraient plus que doubler (+149 %) une fois l’accord mis en place, indique cette étude.


Évoqué depuis plusieurs années, un accord de libre-échange américano-européen a retrouvé un nouvel élan depuis fin 2011 face à l’échec des négociations internationales menées sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).


Les échanges commerciaux entre l’UE et les États-Unis se sont élevés à près de 455 milliards d’euros en 2011 : l’Europe a exporté pour plus de 260 milliards vers les États-Unis et a importé pour plus de 192 milliards en provenance de ce pays.