La fusion avec John Hancock renforcera Manuvie

«Si les institutions financières veulent rester concurrentielles, il est important pour elles d'avoir une taille importante. En étant importantes, elles peuvent attirer des ressources; et ce faisant, elles peuvent prendre des mesures assez osées», a-t-il indiqué en conférence de presse. «C'est la raison d'être de cette fusion. Elle permet de lier deux très bonnes sociétés. L'ensemble est plus puissant que ces deux entreprises [si elles étaient demeurées] indépendantes.»

De son côté, le chef de la direction de la John Hancock, David D'Alessandro (aucun lien de parenté avec le précédent), soutient que la fusion, qui créera la deuxième compagnie d'assurance en importance en Amérique du Nord, n'est pas motivée par des raisons d'économie. «L'occasion de croissance est remarquable. Plus important encore: je crois que les conseils d'administration et les directions veulent créer un formidable joueur.»

Si les actionnaires approuvent la transaction annoncée dimanche soir, Manuvie sera la deuxième plus importante société canadienne en valeur boursière, derrière la Banque Royale. Elle sera aussi la cinquième plus importante compagnie d'assurance au monde, comptant 20 000 employés en Amérique du Nord et en Asie.

En vertu de l'entente, les actionnaires ordinaires de John Hancock recevront 1,1853 action ordinaire de Manuvie pour chaque action ordinaire de John Hancock qu'ils détiennent, soit 37,60 $US l'action, ce qui représente une prime de 18,5 % par rapport au cours des actions du 24 septembre.

John Hancock sera la marque de service de l'entreprise aux États-Unis tandis que Manuvie sera celle de l'entreprise au Canada et en Asie, a indiqué David D'Alessandro, qui deviendra le chef de l'exploitation de la société fusionnée. Le directeur des activités canadiennes de Manuvie relèvera de lui. Toutefois, a ajouté David D'Alessandro, la société financière «demeurera, à ma connaissance, domiciliée au Canada».

Manuvie s'attend à réduire ses coûts d'exploitation de 10 % d'ici 2006, soit une somme de 350 millions. «Nous croyons que ces économies peuvent être réalisées au sein de la nouvelle entité grâce à une diversité de mesures. Nous ne croyons pas qu'une seule des localités où nous faisons des affaires ne sera brutalisée, si je peux utiliser ce mot, a assuré Dominic D'Alessandro. La fusion n'aura pas de conséquences importantes pour nos effectifs.» Toutefois, il a annoncé qu'un gel de l'embauche sera imposé «pour ainsi dire immédiatement», et que les effectifs seront réduits par attrition, pas par des mises à pied.

Manuvie compte actuellement 12 580 employés, la filiale canadienne de John Hancock 2900. La Maritime Life, de Halifax, sera intégrée aux activités canadiennes de la nouvelle entreprise.

La clé de la fusion

Le même nom de famille italien des deux chefs de la direction a été un élément clé dans la formation de la cinquième société d'assurance au monde — du moins, c'est ce que voudraient faire croire les principaux intéressés. «C'est la seule raison pour laquelle nous avons fait cela», a plaisanté hier David D'Alessandro lors d'une conférence de presse.

Dominic D'Alessandro, âgé de 56 ans, a écrit à David D'Alessandro il y a quelques années pour le féliciter de sa promotion à titre de président de John Hancock. Il avait alors souligné dans la lettre que l'Amérique du Nord comptait maintenant deux D'Alessandro comme grands patrons de compagnies d'assurances. Cinq années à parler de choses et d'autres ont mené à des négociations intenses au cours des derniers mois en vue de la fusion annoncée dimanche.

Le chef de la direction de Manuvie est né en Italie avant d'émigrer à Montréal avec sa famille en 1950. Le patron de John Hancock, âgé de 52 ans, provient pour sa part d'une famille italienne établie aux États-Unis depuis deux générations. Les deux hommes ont des racines familiales provenant de la même région, au centre de l'Italie.

«D'Alessandro signifie "d'Alexandre" et je vous laisse deviner qui était ce Alexandre, a dit David D'Alessandro. C'est lui qui a conquis l'Italie, c'est Alexandre le Grand de la Grèce et c'est un nom de famille qui nous rend fiers.»