SNC-Lavalin veut tourner la page sur son annus horribilis

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

L’année 2013 chez SNC-Lavalin sera marquée par un nouveau plan stratégique qui sera dévoilé d’ici deux mois, a affirmé la direction vendredi, en mentionnant que les problèmes de contrôle interne à la source du scandale sont officiellement réglés depuis la fin 2012.

La firme de génie-conseil, dont l’ex-président Pierre Duhaime est accusé de fraude relativement à l’énorme chantier du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), a dévoilé des états financiers positifs, mais son action a perdu 6 % en Bourse en raison de la déception de certains investisseurs.


Pour l’ensemble de 2012, marquée par des enquêtes de la GRC, des autorités suisses et de la Banque Mondiale, la compagnie a réalisé des revenus de 8,1 milliards, en hausse de 12 %, et un bénéfice de 309 millions, en baisse de 18 %. Pour le seul dernier trimestre, le bénéfice net s’est élevé à 94 millions, une augmentation de 25 %. Les analystes s’attendaient à plus.


« Bien que l’année 2012 se soit avérée exigeante pour SNC-Lavalin et son personnel, nos produits ont augmenté et notre carnet de commandes est demeuré solide. Au cours des derniers mois, nous nous sommes consacrés à mettre de l’ordre à l’interne et à renforcer notre engagement envers l’excellence, la qualité, la sécurité et l’éthique », a dit le président de l’entreprise, Robert G. Card, en poste depuis l’automne 2012.

 

Retard au CUSM


Lors d’une conférence téléphonique avec des analystes, la direction a été invitée à discuter des retards que vivrait présentement le chantier du CUSM, évalué à 1,3 milliard et obtenu il y a trois ans en consortium avec le groupe britannique Innisfree.


« Il y a du retard dans le projet, et nous sommes en discussion avec le client, mais laissez-moi vous dire que le projet va très bien », a dit M. Card après que le chef de la direction financière se soit montré plus prudent. « Cela dit, il y a des défis et c’est un projet complexe. Un certain nombre de choses, du côté du client et de notre côté, doivent un jour concorder pour que ça se fasse. »


M. Card a dit que « l’ouverture de l’hôpital pour les patients n’est pas affectée pour l’instant par ces discussions ». Il n’a pas donné plus de détails. Le grand hôpital, dont la construction occupe présentement une main-d’oeuvre colossale de 1400 travailleurs, doit entrer en fonction en 2015.


Le dossier du CUSM a récemment fait les manchettes en raison des chefs d’accusation déposés contre un certain nombre d’acteurs mêlés au chantier, dont l’ancien p.-d.g. du CUSM, Arthur Porter, qui vit aux Bahamas. La Presse a écrit à l’automne qu’une partie des paiements irréguliers dans les anciennes finances de SNC-Lavalin inclurait une somme d’environ 22 millions pour l’obtention du chantier.


La dernière année a été éprouvante pour SNC-Lavalin. La découverte de paiements irréguliers à l’hiver 2012 a mené à de multiples enquêtes et, sous forte pression, donné lieu à un spectaculaire resserrement des règles de fonctionnement interne. Le plus récent geste a été l’embauche d’Andreas Pohlmann au poste de chef de la conformité, ce dernier ayant effectué le même genre de travail lorsque Siemens a été ébranlée par des accusations de corruption au milieu des années 2000.


De plus, la Banque Mondiale a institué une enquête concernant un projet de pont au Bangladesh et SNC-Lavalin n’a pas le droit de participer à des projets parrainés tant que le résultat de l’enquête ne sera pas connu. Dans cette affaire, deux ex-cadres qui habitent en Ontario ont été accusés de corruption d’agents publics étrangers.

 

Rapport de gestion


Dans le rapport de gestion de 73 pages accompagnant les états financiers, la direction laisse entendre que les procédures en cours constituent un casse-tête important pour la direction.


« La haute direction et le conseil d’administration de la société ont dû consacrer beaucoup de temps et de ressources à ces enquêtes et à des questions connexes en cours, ce qui les a éloignés et pourrait continuer de les éloigner de la gestion quotidienne des activités de la société », peut-on lire dans le rapport de gestion. Aussi, « des dépenses considérables ont été et pourraient continuer d’être occasionnées relativement à ces enquêtes, notamment des honoraires importants d’avocats et d’autres conseillers ».


Dans le même document, on apprend que la compagnie détient une somme de près de 13 millions dans une banque libyenne qu’elle ne souhaite pas nécessairement essayer de rapatrier.


« Bien que la société croit qu’il y a un risque en ce qui a trait à sa capacité actuelle de rapatrier ces fonds, la société n’a pas actuellement l’intention d’essayer d’effectuer un tel rapatriement ou de cesser de faire affaire en Libye et continue de chercher des occasions de poursuivre ses projets existants en Libye, ainsi que de conclure de nouvelles affaires », affirme SNC-Lavalin, qui opte pour laisser l’argent dans le pays pour y financer ses activités là-bas.

1 commentaire
  • Marc Gendron - Abonné 9 mars 2013 10 h 54

    Cousu de fil blanc

    « La haute direction et le conseil d’administration de la société ont dû consacrer beaucoup de temps et de ressources à ces enquêtes et à des questions connexes en cours, ce qui les a éloignés et pourrait continuer de les éloigner de la gestion quotidienne des activités de la société »

    Autrement dit:Incapables de marcher et de mâcher de la gomme. Quel rétexte cousu de fil blanc!