La mobilité durable, nouvelle assise du développement économique du Québec?

L’IREC estime qu’il faudrait investir dans la construction d’un monorail rapide suspendu entre Montréal et Québec.
Photo: - Archives Le Devoir L’IREC estime qu’il faudrait investir dans la construction d’un monorail rapide suspendu entre Montréal et Québec.

Le Québec est mûr pour la « grande corvée de l’électrification du transport », lance l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), qui presse le gouvernement péquiste de dépoussiérer la politique industrielle du Québec, notamment en développant une grappe de la mobilité durable.

« S’il est un paradigme qui devrait s’imposer pour une politique industrielle audacieuse et innovatrice, c’est bien celui de la reconversion écologique globale de l’économie », écrivent les auteurs du rapport de recherche Politique industrielle : stratégie pour une grappe de mobilité durable, Gilles L. Bourque, Mathieu Perreault et Robert Laplante.


Aux yeux de l’IREC, le gouvernement de Pauline Marois a « clairement » démontré sa volonté de mettre en oeuvre une stratégie économique plus « verte ». « Les déclarations pour le développement durable ont été nombreuses depuis son arrivée au pouvoir, mais sa détermination n’a pas encore été démontrée par des énoncés concrets de politique », fait valoir l’IREC, tout en soulignant « quelques mesures intéressantes » dans le premier budget du ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, dont la création d’un fonds de 200 millions de dollars destiné au développement des technologies propres et à l’électrification des transports.


Le Québec doit s’avancer sur la ligne de départ de l’électrification des transports collectifs aux yeux de l’IREC sans tarder. « Il y a une concurrence féroce qui est déjà lancée. Il faut permettre à l’industrie québécoise de se démarquer en lui donnant l’occasion de prendre appui sur le marché domestique pour s’améliorer dans le marché d’exportation où elle est déjà présente », a indiqué le directeur général de l’IREC, Robert Laplante, en entrevue téléphonique avec Le Devoir. « Il faut profiter de la possibilité d’électrifier nos infrastructures ici pour leur donner une impulsion. Pour qu’elle soit significative, il ne faut pas qu’elle soit à doses homéopathiques. »


L’IREC a identifié huit grands projets pour donner le coup d’envoi de l’électrification des transports collectifs : la construction d’un réseau de tramway à Montréal et à Québec, la construction d’un système léger sur rail sur le pont Champlain, le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal vers Anjou et le raccordement de la station de métro Côte-Vertu à la station de train Bois-Franc, la mise en place d’une navette ferroviaire pour relier l’Aéroport de Montréal au centre-ville de la métropole, l’électrification du réseau d’autobus de Montréal, la conversion en trolleybus du quart des autobus de Laval, ainsi que l’électrification des lignes de train de banlieue du Grand Montréal.


Ces projets - « que l’on retrouve déjà dans les cartons des sociétés de transport », a fait remarquer M. Laplante - nécessitent des investissements de plus de sept milliards de dollars, mais seraient à l’origine de la création de 50 000 emplois et généreraient des revenus fiscaux de près d’un milliard de dollars pour les gouvernements provincial et fédéral. « À 70 %, les retombées de ces projets-là seraient dans l’économie du Québec parce que les manufacturiers, les fournisseurs de services et d’entrants sont dans notre structure industrielle », a précisé l’auteur du rapport.


L’IREC propose également une « solution économique et écologique » pour améliorer les déplacements entre les grandes agglomérations du Québec : un monorail rapide suspendu à moteurs-roues dont chaque navette pourrait contenir environ 60 personnes ou 10 tonnes de marchandises.


Une ligne de monorail de Montréal à Québec coûterait quelque trois milliards ou 12 millions par kilomètre. « Bien qu’imposant, ce montant est largement inférieur à ce que coûterait un projet de TGV comme celui proposé pour l’axe Québec-Windsor… En effet, les auteurs estiment qu’un TGV entre Montréal et Québec coûterait approximativement 35 millions de dollars par kilomètre, soit le triple du monorail. »


Le renouvellement de la politique de transport passerait incontournablement par des mesures d’internalisation des coûts comme une taxe à la congestion qui prendrait la forme d’un péage urbain, ainsi que des taxes sur les stationnements et sur l’essence.


L’adoption d’une stratégie de développement d’une grappe de la mobilité durable constitue « l’unique voie » pour atteindre les objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, alors que « d’un point de vue économique, enfin, cette stratégie vise le détournement d’une fraction significative du flux monétaire sortant du Québec, pour acheter du pétrole, vers de nouvelles activités économiques structurantes, par exemple, le transport collectif électrifié ».


Le gouvernement doit avoir en tête trois objectifs : augmenter l’offre de service du transport collectif, « décarboniser » ces services et renouveler les infrastructures routières en favorisant les transports collectifs grâce à l’intégration de voies préférentielles.

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