La ville de l’auto en panne sèche!

On aperçoit le siège social de General Motors à Detroit derrière cette maison abandonnée, comme on en voit tant dans cette ville.
Photo: Agence France-Presse (photo) J.D. Pouley On aperçoit le siège social de General Motors à Detroit derrière cette maison abandonnée, comme on en voit tant dans cette ville.

Chicago — Le gouverneur du Michigan, Rick Snyder, a annoncé vendredi avoir déclenché l’état d’urgence sur les finances de la ville de Detroit, un symbole de pauvreté et de violence urbaines du nord des États-Unis au bord de la faillite, une étape vers son placement sous tutelle.

« Detroit ne peut plus attendre, a déclaré le gouverneur lors d’une assemblée publique : Nous devons résoudre les vrais problèmes dès maintenant, nos citoyens n’ont pas les services dont ils ont besoin et nous faisons face à une crise financière. »


Detroit, le berceau de l’industrie automobile américaine surnommé Motor City, dispose de 10 jours pour faire appel de cette décision. Si elle est confirmée, elle entraînerait ensuite la nomination et l’intervention de coordinateurs exceptionnels, qui pourront remodeler la politique économique de la ville et passer des lois sans les soumettre à la municipalité.


Les avis divergent sur le taux de réussite de ces coordinateurs d’urgence, qui s’occupent actuellement de quatre plus petites villes du Michigan.


La volonté de Rick Snyder, Blanc et républicain, de placer sous tutelle une ville à majorité noire et démocrate a déclenché une vague d’intenses critiques.


« L’État du Michigan est-il devenu le nouveau Mississippi ? », a demandé le révérend Wendell Anthony, responsable local de l’Association pour l’avancement des gens de couleur (NAACP), invoquant l’histoire des attaques sur le droit de vote des Noirs dans le sud du pays.


Detroit a besoin d’un partenaire « et non d’un superviseur », a-t-il ajouté mardi lors d’une conférence de presse.


Une mise sous tutelle par l’État serait fondamentalement anti-américaine, a estimé John Philo, directeur de l’association de défense des droits des travailleurs Sugar Law Center for Economic and Social Justice, qui a intenté des poursuites pour bloquer les mesures d’urgence.


Les tuteurs ont le pouvoir de décider unilatéralement de fermer des départements entiers de la municipalité, de modifier les contrats de travail, de vendre des actifs de la ville et de réécrire des législations.


Alors que de tels superviseurs contrôlent actuellement quatre villes du Michigan plus petites que Detroit ainsi que trois circonscriptions scolaires, leur taux de réussite est loin de faire l’unanimité.


Les partisans des mesures d’urgence affirment toutefois que c’est la seule solution.


Pour Sandy Baruah, directrice de la Chambre de commerce régionale, « le rythme des changements doit être beaucoup plus rapide que la structure politique actuelle ne le permet et un gestionnaire d’urgence pourra changer cette dynamique ».

 

Blocage politique


Selon le quotidien conservateur Detroit News, la ville fait l’objet d’un « blocage politique et a besoin d’aide. Plus vite Snyder peut nommer un tuteur, mieux c’est ». Une position partagée par son concurrent libéral Detroit Free Press.


La ville, jadis la quatrième aux États-Unis, a vu sa population chuter de 1,8 million de personnes en 1950 à 713 000 personnes actuellement.


Les tensions raciales nées avec le mouvement des droits civiques, notamment des émeutes dévastatrices en 1967, ont généré un exode de la classe moyenne blanche vers la banlieue. Les entreprises ont suivi, privant la ville de l’essentiel de ses revenus.


S’es ensuivie une détérioration des services municipaux, incitant toujours plus de gens à partir, avant le coup de grâce : la crise de l’automobile, qui a débouché sur une douloureuse restructuration du secteur ces dernières années, accompagnée de dizaines de milliers de licenciements.


Detroit, entre-temps, est devenue un repaire de gratte-ciels art déco en ruine, d’usines désaffectées et de maisons abandonnées. La criminalité est endémique. L’argent est devenu si rare que les pompiers avaient commencé à acheter leur propre papier toilette… Jusqu’à ce que le Detroit Free Press le dévoile et que des montagnes de rouleaux leur soient donnés.


Il y a des signes d’espoir. De nombreux artistes et jeunes ont emménagé dans la ville, pour bénéficier de loyers bon marché et parfois pour faire revivre ses joyaux architecturaux. Le maire Dave Bing est, lui, salué pour avoir nettoyé la ville là où nombre de ses prédécesseurs corrompus avaient échoué.


Mais la municipalité, surendettée, est à court de liquidités. Elle devrait finir son exercice fiscal avec un déficit budgétaire de 100 millions de dollars et un passif de plus de 14 milliards de dollars.

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