Caisse de dépôt et placement - Avec un rendement de 9,6%, Sabia bat l’indice de référence

Michael Sabia avec les membres de la haute direction de la Caisse, dont, à ses côtés, le premier vice-président Placements privés, Normand Provost
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Michael Sabia avec les membres de la haute direction de la Caisse, dont, à ses côtés, le premier vice-président Placements privés, Normand Provost

L’année 2012 a été turbulente ici comme ailleurs, mais la Caisse de dépôt et placement du Québec s’est targuée mercredi d’avoir réalisé un rendement global de 9,6 % pour faire suite à un gain de 4 % un an plus tôt.

À 176 milliards, l’actif net de la Caisse, qui gère l’épargne de 29 déposants différents dont les stratégies de placement ne concordent pas forcément, a maintenant grimpé de 50 milliards depuis le creux atteint lors de la crise financière en 2008.


« C’est un marathon, ce n’est pas un sprint », a dit en conférence de presse le président de la Caisse, Michael Sabia, dont le mandat de cinq ans prend fin en 2014 à moins qu’il ne soit renouvelé par le gouvernement. L’établissement qu’il dirige a fait légèrement mieux que son indice de référence, situé cette fois à 9,3 %.


Fondée en 1965, la Caisse est devenue au fil du temps un des grands investisseurs institutionnels au Canada. Parmi ses déposants figurent la Régie des rentes du Québec, la SAAQ, la CSST, les régimes des employés du secteur public et la caisse des travailleurs de l’industrie de la construction.


M. Sabia a ajouté que les résultats « s’ajoutent au travail réalisé depuis la restructuration de nos portefeuilles, à l’été 2009, pour produire des résultats solides sur le long terme ». Depuis ce temps, a-t-il précisé, le rendement annualisé s’est chiffré à 10,7 % « en dépit d’un contexte économique incertain et volatil ». Sur 10 ans, il est de 6,7 %,


La performance de la Caisse est attribuable notamment à des gains supérieurs à l’indice de référence dans le marché des obligations, des actions mondiales et des actions de l’EAEO (Europe, Australasie, Extrême-Orient).


Stratégies


L’année a été marquée par une reprise économique fragile dans plusieurs pays, a rappelé M. Sabia. Ainsi, la Caisse a maintenu en première moitié d’année un niveau d’encaisse supérieur à l’habitude.


En conférence de presse, M. Sabia et d’autres membres de la haute direction ont cependant indiqué que dans le créneau des actions canadiennes, le rendement est inférieur à ce que la Caisse souhaiterait. Dans cette catégorie, les gestionnaires ont réalisé un rendement de 6,6 %, comparativement à un indice de référence de 7,7 %.


« Des changements importants sont en cours [dans le portefeuille d’actions canadiennes], mais cela prend du temps, a dit M. Sabia. Repositionner un portefeuille de 22 milliards, ce n’est pas simple. »


La semaine dernière, un autre grand gestionnaire, OMERS, qui gère l’argent des employés municipaux de l’Ontario, a dévoilé un rendement de 10 % pour 2012. Du côté de l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada, les neuf premiers mois de l’exercice en cours se soldent par un rendement de 5,5 %.


Portefeuilles


De façon plus spécifique, le portefeuille des titres à revenu fixe (obligations, etc.) a généré 3,9 %, celui des placements sensibles à l’inflation (infrastructures, immeubles, etc.) a enregistré 11,1 %, et celui des actions, dont la taille fait en sorte qu’il a fourni la majeure partie des résultats de placement net, a fait 12,2 %.


Le rendement du portefeuille de la Régie des rentes, qui a autorisé la Caisse à dévoiler ses résultats le jour des états financiers annuels - les autres le font chacun de leur côté dans les jours et semaines qui suivent - a été de 10,5 %. En 2011, il avait été de 2,8 %. « Le rendement attendu selon la dernière étude actuarielle était de 6,4 % », a indiqué la Régie dans un communiqué.


Les dirigeants de la Caisse ont notamment indiqué que l’établissement a réalisé, au Québec, des investissements et engagements de 2,9 milliards en 2012 et 8,3 milliards depuis 2009.


L’année a été marquée entre autres par un investissement dans Rona, cible d’une intention d’achat par le quincaillier américain Lowe’s, par un soutien financier à CGI et Genivar dans le cadre d’acquisitions au Royaume-Uni, et par une certaine amélioration continue du marché des billets à long terme qui ont remplacé le papier commercial.


Enfin, M. Sabia a réitéré son appui à SNC-Lavalin, concédant que celle-ci traverse un moment très difficile, mais qu’elle continue d’avoir beaucoup de potentiel. « Ça ne serait pas le bon moment pour fermer le dossier de SNC-Lavalin à la Caisse. »


Réactions


Le ministre des Finances, Nicolas Marceau, a accueilli positivement la performance de la Caisse. « Les résultats de la Caisse sont satisfaisants. Ils répondent aux besoins à long terme des déposants », a-t-il affirmé dans un communiqué.


M. Marceau s’est notamment réjoui de ce que la Caisse a fait avec le Mouvement Desjardins, c’est à dire investir dans une soixantaine de PME du Québec.


Même l’Association québécoise des retraités du secteur public (AQRP), souvent critique à l’égard de la Caisse, a eu de bons mots.


« Nous sommes agréablement surpris des résultats de la Caisse en 2012. Toutefois, comme le dit M. Sabia lui-même, la conjoncture demeure fragile pour le futur », a affirmé dans un communiqué le premier vice-président de l’AQRP, Claude Lainesse. Celle-ci, qui va mettre sur pied un « comité de travail sur l’évaluation des rendements de la Caisse », milite depuis longtemps pour un siège au conseil d’administration de la Caisse.

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