Coop Fédérée - Un surplus plus élevé dans un contexte volatil

Claude Lafleur : « Il y a beaucoup de fluctuations parce que les stocks sont bas. »
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Claude Lafleur : « Il y a beaucoup de fluctuations parce que les stocks sont bas. »

En dépit de la volatilité des marchés, la Coop fédérée a clos son dernier exercice financier avec un excédent avant ristournes et impôts de 96,6 millions de dollars, comparativement à 92,7 millions l’année précédente, a appris Le Devoir. Il s’agit d’une hausse de 4 %.

Le président du conseil d’administration, Denis Richard, et le chef de la direction, Claude Lafleur, en feront l’annonce ce jeudi à l’occasion de la 91e assemblée générale annuelle de la plus importante entreprise agroalimentaire du Québec à l’hôtel Sheraton de Montréal.


Le géant du secteur agroalimentaire a réalisé un chiffre d’affaires de 4,9 milliards en 2012, c’est-à-dire 10 % de plus par rapport à 2011 (4,4 milliards). En revanche, les ristournes versées aux membres affiliés à la Coop fédérée ont fondu de 12 %, passant de 36,5 millions pour l’exercice financier qui a pris fin le 29 octobre 2011 à 32,2 millions pour celui qui s’est conclu le 27 octobre 2012.


« On tient la route », a lancé Claude Lafleur, à la veille de l’ouverture de l’assemblée générale annuelle, dans une entrevue avec Le Devoir. « C’est un défi considérable que de faire des affaires dans un contexte à haute volatilité comme celui que nous connaissons », a-t-il insisté.


Si tous les secteurs d’activité de la Coop ont contribué aux « résultats records » de l’année 2012, les productions végétales et animales ou la commercialisation des grains, la quincaillerie et les machines agricoles, l’énergie ou la transformation des viandes, « ce qui nous a beaucoup aidés […] c’est qu’on a effectué il y a cinq, six ans un virage important, en investissant beaucoup plus dans les productions végétales et en stabilisant nos productions animales », a expliqué M. Lafleur. « Ça s’est avéré un pari payant. »


La capitalisation demeure aujourd’hui le « premier défi » de la Coop fédérée, a souligné l’agroéconomiste.


D’autre part, M. Lafleur souhaite aller de l’avant avec le déploiement de magasins généraux aux quatre coins du Québec, qualifiant les projets-pilotes de « très concluants ».


Ces établissements abriteraient sous le même toit dépanneur, station-service et quincaillerie. « Et pourquoi pas des guichets Desjardins et des [comptoirs] SAQ ? », a suggéré M. Lafleur, tout en assurant ne pas vouloir « briser » le réseau de la SAQ.


« On ne fait pas ça pour les profits. On fait ça pour le service. Mais le service doit être rentable », a-t-il spécifié.


L’échec du projet de magasins généraux sonnerait sans doute le glas des stations-services Sonic, qui vendent entre 700 000 et 900 000 litres d’essence par année. « La pression est très forte pour fermer ça, a dit Claude Lafleur. C’est trop petit. Mais, mettre ensemble la quincaillerie, le dépanneur et la station-service, ça devient soudainement rentable ! »


Par ailleurs, M. Lafleur a confirmé que la Coop fédérée et BMR étaient « toujours en pourparlers » en vue d’un « rapprochement commercial ». « L’idée, c’est de combiner la pérennité de la Coop fédérée à long terme et la grande capacité d’opérations et de gestion de BMR », a-t-il expliqué, ajoutant que ces quincailleries seraient appelées à « résister à l’invasion des Américains » de même qu’à la nouvelle stratégie de Rona.

 

« La relève n’est pas là »


La pénurie de relève agricole au Québec est criante à un point tel que la Coop fédérée anticipe des « abandons de fermes assez massifs », a indiqué M. Lafleur. « La relève n’est pas là », a-t-il dit, pointant les petites et moyennes fermes. « La moitié des fermes au Québec sont dans le mode : « Moi, je n’ai pas tellement le goût de transférer ça à mes enfants, de leur donner autant de travail pour pas grand-chose. » Ce sont des métiers extrêmement exigeants. »


Les petites et moyennes fermes laissent le champ libre aux fermes commerciales dans un paysage où moins du tiers des fermes québécoises sont à l’origine de plus de 80 % de la production québécoise.


« Avec la technologie aujourd’hui, une personne seule peut traire 60 vaches alors qu’il y a 30 ans, c’était 15 vaches », a indiqué M. Lafleur, soulignant à grands traits que l’évolution technologique est à l’origine de « perturbations » dans l’industrie, notamment en favorisant la « concentration ». « Aujourd’hui, une ferme de 350 à 500 vaches pourrait aisément remplacer une trentaine de fermes et être encore plus efficace. »


À ses yeux, aucune politique gouvernementale ne « va empêcher la technologie de s’installer ».


L’industrie québécoise, qui a tourné le dos aux projets de mégafermes de 6000 truies ou de 1500 vaches pourtant en vogue aux États-Unis, peut « tirer [son] épingle du jeu » dans une agriculture à échelle humaine et nordique. « Ça prend des politiques pour compenser l’absence d’économies d’échelle. Une agriculture nordique suppose un investissement assez important du gouvernement », a fait valoir M. Lafleur, alors que le gouvernement s’apprête à faire connaître une nouvelle politique agricole.


Le Québec est toujours à la recherche d’une « politique collective rassembleuse ». Est-ce l’agriculture de proximité ? Est-ce l’agriculture biologique ? La Coop fédérée se le demande. « On cherche, on cherche, on ne trouve pas aisément », fait remar

À voir en vidéo