Fondaction - Il faut «reconnecter la finance à l’économie réelle»

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Le président-directeur général de Fondaction, Léopold Beaulieu
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le président-directeur général de Fondaction, Léopold Beaulieu

Ce texte fait partie du cahier spécial Développement durable mars 2013

Depuis sa création en 1996, Fondaction, le Fonds de développement de la CSN pour la coopération et l’emploi, réitère son engagement dans une démarche de développement durable. Alors que le virage vers une économie plus verte est inévitable, selon son président-directeur général, Léopold Beaulieu, Fondaction a prouvé la valeur de son rôle et de son influence à plusieurs maillons de la chaîne économique.


Fondaction fait partie des pionniers de l’investissement responsable au Québec. « En 1996, lorsque le Fonds a été créé, peu d’entreprises avaient intégré le développement durable dans leur mission », rappelle Léopold Beaulieu. Mais depuis, poursuit-il, la place du développement durable sur les marchés financiers a évolué.


« Il y a eu un tournant en 2008, dit-il. Les analystes ont constaté à quel point les industries financières n’étaient pas connectées aux enjeux de l’économie réelle. On s’est rendu compte de l’importance du développement d’une économie nouvelle fondée sur des principes d’équité et de durabilité. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’une exception. Il y a un tournant vers une économie plus verte. »


À tel point que les soucis écologiques intègrent peu à peu la balance commerciale, pesant parmi les arguments de vente aussi bien au détail que sur les marchés internationaux. « Les exigences ont augmenté quant à l’écoefficacité des produits destinés à l’exportation. De plus en plus d’entreprises comprennent que le développement durable n’est pas une mode ni une étiquette. C’est désormais une exigence. Une entreprise qui prend en compte ces préoccupations a plus de chances de durer qu’une entreprise qui ne le fait pas. »

 

Investissements ciblés


En investissant 60 % de son actif dans des entreprises québécoises, qui s’inscrivent principalement dans un processus de gestion participative ou qui contribuent à la protection de l’environnement, Fondaction intègre dans ses décisions financières des critères aussi bien économiques que sociaux et environnementaux. « Nous ne pouvons plus séparer l’économique, du social ou de l’environnemental. C’est un ensemble », explique-t-il. Il s’agit de « reconnecter la finance à l’économie réelle, c’est-à-dire de tenir compte du milieu auquel s’intègrent les entreprises et de son impact sur les gens et le territoire autour. Nous n’avons pas la même approche de la gestion du risque que d’autres institutions financières », avoue Léopold Beaulieu.


Or, cette différence d’approche a des répercussions inestimables justement là où les besoins se font sentir. « Il y a un réel besoin de financement au Québec en amont, pour le démarrage d’entreprises, pour les toutes jeunes entreprises qui n’ont pas encore de prototype, explique Robert Dumontet, directeur du Centre de l’entrepreneurship technologique de l’École de technologie supérieure, avec qui le Fonds a récemment signé un partenariat. Parmi toutes les institutions que nous avons contactées, Fondaction a été la seule à répondre à l’appel. »


En intervenant en amont de la chaîne économique, c’est donc sur l’avenir de l’économie québécoise que le Fonds peut exercer un ascendant, et il s’agit là d’un facteur de taille dans la création d’entreprises de demain. « Leur intérêt pour les technologies propres va encourager les jeunes entreprises dans ce genre de projet. Et comme les besoins de financement en amont sont énormes, c’est une possibilité très positive. »


Un avis partagé par Corinne Gendron, titulaire de la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM : « Fondaction agit comme un levier dans un secteur qui demeure sous-financé. En investissant en développement durable, il contribue à la création d’entreprises qui ont des impacts sociaux importants. »

 

Conseil et implication


Le Fonds exerce aussi un rôle de conseil et d’orientation qui peut influencer les décisions des entreprises dans lesquelles le fonds investit. « Nous pouvons aider nos entreprises à mieux se positionner dans le développement durable, dira d’ailleurs Léopold Beaulieu. En mettant à la disposition de celles-ci une équipe qui comprend les exigences de productivité, de rentabilité et de développement durable, nous jouons un rôle de référence. Par exemple, lorsqu’une entreprise cherche à moderniser son équipement, nous pouvons facilement l’orienter vers une autre des entreprises dans lesquelles nous investissons, comme Écotech, qui est spécialisée en technologies propres. Nous pouvons donc guider nos entreprises dans l’achat d’équipement moins énergivore. »


L’action de Fondaction dans le développement durable s’articule à deux niveaux : à l’interne, en adoptant des politiques de gestion des déchets ou des normes de construction vertes, et à l’externe, dans ses investissements. À l’interne, l’entreprise a par exemple adopté en 2011 un plan de transport pour ses employés, ou inauguré en 2010 son édifice de Québec, considéré comme un modèle sur le plan écoénergétique. En 2012, le Fonds a remporté le prix de la catégorie alimentation pour les événements corporatifs, lors du concours Les Vivats, dans le cadre des prix Loto-Québec pour les événements responsables. Du côté des investissements, il demeure, insiste Léopold Beaulieu, « un fonds généraliste, mais qui soutient les entreprises écosociales et la gestion participative et qui encourage l’épargne vers des projets créateurs d’emplois et porteurs de perspectives ».


L’ensemble de ces actions lui a valu de se hisser au rang des élèves modèles en matière de finance responsable, décrochant au passage une note de A + pour son quatrième rapport de développement durable, décernée par la Global Reporting Initiative (GRI). « Fondaction a sa place dans la stratégie de développement du Québec. »


Depuis sa création, Fondaction a soutenu 240 petites et moyennes entreprises et 61 fonds spécialisés. Il a par exemple investi 30 millions de dollars depuis 2004 dans la Société de développement Angus (SDA), qui s’est illustrée tant par ses normes de construction que par sa gestion des immeubles et sa collecte sélective des matières résiduelles. Le partenariat a d’ailleurs permis à la SDA de réaliser des immeubles sophistiqués sur le plan de l’ingénierie ou de l’architecture durable, comme l’édifice Bernard Lamarre et le 4100 Molson.


Si le développement durable et la responsabilité des entreprises ont toujours fait partie des valeurs de Fondaction, les critères d’investissement, de préoccupations et d’action, eux, n’ont cessé de se raffiner, comme l’explique Léopold Beaulieu. « C’est un processus d’amélioration continu et un travail d’ajustement permanent. Le tournant vers une économie plus verte entraîne constamment des exigences nouvelles. Nous sommes toujours dans une phase d’observation et d’expérimentation, à la recherche d’indicateurs de performance. »



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