Plan Nord - Être à l’écoute des peuples autochtones

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Le Québec devra être accompagné de près par les communautés autochtones s’il veut parvenir à mettre correctement en valeur les ressources du Nord.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jacques Lemieux Le Québec devra être accompagné de près par les communautés autochtones s’il veut parvenir à mettre correctement en valeur les ressources du Nord.

Ce texte fait partie du cahier spécial Développement durable mars 2013

Le territoire, les ressources et les populations, tels sont les trois axes du Plan Nord, tant dans sa forme initiale que dans sa version revue et corrigée. Dans un cas comme dans l’autre, le Québec devra être accompagné de près par les communautés autochtones s’il veut parvenir à mettre en valeur ces contrées lointaines dans une perspective de cohérence soucieuse de développement durable.


Tel est l’essentiel du discours que livre Michel Allard, professeur au département de géographie à l’Université Laval, chercheur et membre régulier du Centre d’études nordiques (CEN). Il dégage ce qui à ses yeux apparaît comme la priorité des priorités à travers ces trois pôles distincts : « Je dirais d’abord les populations. Même si je suis à l’origine un géographe physicien, je suis d’avis que si on ne met pas en premier lieu celles-ci, le développement du Nord va rater l’atteinte d’un objectif primordial. On ne va donc pas faire du nouveau et on ne va pas réussir à bien développer le Nord. De cela, je suis convaincu. »


Il identifie ces populations : « On pense effectivement ici aux Inuits. Certes, ils ne sont pas tellement nombreux, mais c’est leur territoire et ils l’occupent. Il y a aussi les autres groupes autochtones, dont les Cris, les Naskapis, dans la région de Schefferville, et les Innus. Ce sont eux, les principaux groupes qui vivent sur le territoire visé par le Plan Nord. Ils sont bien organisés, si on parle des Inuits, des Cris et des Naskapis, notamment en vertu de la Convention de la baie James. Quant aux Innus, ils sont divisés et il y a déjà un bon bout de temps que le développement a commencé chez eux en raison de la présence des mines du côté de la Côte-Nord. »

 

Des nations modernes solidement implantées


Il trace ce portrait de ces Premières Nations pour étoffer sa prise de position : « Les Autochtones sont les occupants principaux du territoire qu’ils ont exploité à leur façon depuis des années ; la culture du Nord est intimement liée à leur présence. Moi qui travaille surtout avec les Inuits, en ce moment, j’estime que ceux-ci, et d’autres groupes aussi, connaissent très bien ce territoire où ils vivent. Ils ont soumis par le passé des plans d’aménagement dans le cadre de leurs administrations respectives, tout comme le font des administrations de MRC ou diverses autres dans le Sud du Québec. Ils veulent participer au développement et ils forment maintenant des sociétés très modernes, même s’ils font face encore dans certains cas à des problématiques de sous-développement. »


Il dégage d’autres traits caractéristiques : « Ils voyagent beaucoup, ils connaissent le monde, ils se sont approprié les médias et l’Internet, ils savent ce qu’ils veulent, ils commencent à avoir une certaine élite adulte éduquée et ils ont dans leurs rangs des gens d’affaires. Par conséquent, ils ont une vision de la façon dont on pourrait exploiter les ressources tout en protégeant l’environnement. Ils sont donc en train de préparer leur propre plan à présenter au gouvernement du Québec pour participer au développement du Nord. »

 

En quête d’équilibre


Michel Allard tire de cette description et de ses expériences professionnelles cette réflexion : « On doit considérer que ce sont eux, nos concitoyens québécois dans ce territoire-là. Ils savent quels en sont les potentiels et les limitations, et même s’ils ne s’y connaissent pas en mines, ils connaissent à peu près tout le reste. » Ils font partie prenante de cet essor nordique : « Ils veulent en bénéficier pour notamment développer de nouveaux programmes en santé et en éducation et ils ont déjà des mécanismes pour y parvenir. La Convention prévoit des négociations avec les promoteurs, les industries et ainsi de suite. Ils souhaitent assurer le développement correct et harmonieux du territoire avec leur participation. Ils ne sont pas contre et je crois que cette position rejoint les souhaits de beaucoup de Québécois du Sud. »


À ce propos, il déclare : « Ces Québécois-là ne connaissent pas le Nord, mais ils ont une certaine conscience qu’il y a là de grands écosystèmes, des territoires vierges et ils savent qu’il y a là une richesse. Mais si on ne les informe pas que nos concitoyens de culture différente là-bas veulent travailler de concert avec eux, ils n’en tiendront pas compte dans leurs prises de décisions. »


Et qu’en est-il pour le géographe des éléments primordiaux d’un développement durable sur le plan des ressources et du territoire ? La question lui apparaît de prime abord complexe et cette réponse suit : « En fait, la priorité, c’est de trouver l’harmonie entre, d’une part, l’exploitation des ressources pour laquelle on parle surtout des mines et, d’autre part, la protection ou la conservation environnementale. »


Il constate que le potentiel minier est d’une grande richesse et en dresse l’inventaire avant de poursuivre : « Quant aux écosystèmes riches qui forment des aires, des paysages extraordinaires et qui représentent des endroits qui doivent être conservés, ils sont déjà passablement protégés, et cela, en grande partie grâce aux initiatives des Inuits. »


Nature sauvage


Là encore, en bon géographe, il répertorie toute cette nature sauvage constituée en parcs ou en voie de le devenir, et il enchaîne : « On va se retrouver avec de grands espaces protégés, et si, d’un autre côté, on considère que l’industrie minérale a besoin de capitaux énormes pour se développer avant de commencer à intervenir sur le territoire et qu’elle est tributaire de l’état des marchés, les mines risquent de s’ouvrir à un rythme bien moindre que celui qu’on cherche à leur imprimer. » Plusieurs projets sont compromis ou retardés à l’heure actuelle.


Michel Allard en tire cette observation : « La priorité, donc, c’est de planifier, de balancer le développement industriel avec la conservation du territoire en protégeant les grands espaces, mais aussi en préservant un élément majeur qui est en fait celui de la biodiversité. » Il apporte cet éclaircissement : « C’est difficile à gérer, mais il faut avoir en plus des aires protégées des politiques de voisinage entre des écosystèmes dynamiques et le développement. »


Et pour conclure, il ajoutera encore : « Je crois que si on place l’humain en premier, que si on éveille les gens du Sud, que si les gouvernements et les entreprises gardent un esprit ouvert à la croissance de l’autonomie des populations, on va assister à un développement du Nord harmonieux. À mon avis, les Autochtones vont devenir des Autochtones modernes du monde globalisé du XXIe siècle. » Et cela, dans la pratique et le respect de leur propre culture.



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