Des banques en phase d’adaptation

Les six plus grandes banques canadiennes ont bouclé l’année avec un bénéfice net de 28,2 milliards en 2012, rappelle la firme de consultants dans son 30e rapport annuel.
Photo: La Presse canadienne (photo) Les six plus grandes banques canadiennes ont bouclé l’année avec un bénéfice net de 28,2 milliards en 2012, rappelle la firme de consultants dans son 30e rapport annuel.

La dernière année a, encore une fois, été bonne pour les grandes banques canadiennes. Mais pour que cela continue, elles devront s’adapter à la « nouvelle normalité » de leur secteur en ce qui a trait, notamment, à l’endettement record des ménages canadiens, au resserrement de la réglementation et aux dernières avancées de la technologie, prévient PricewaterhouseCoopers (PwC).

Les six plus grandes banques canadiennes ont bouclé l’année avec un bénéfice net de 28,2 milliards en 2012, rappelle la firme de consultants dans son 30e rapport annuel sur le secteur dévoilé lundi et intitulé : « Une nouvelle normalité ». Ce résultat plus qu’enviable équivalait à un rendement sur fonds propres de 17,1 %, soit une amélioration par rapport à 2011 (15,3 %) ou 2010 (15 %), mais malgré tout une baisse par rapport à la situation qui prévalait avant la faillite de Lehman Brothers (21,3 % en 2007).


« Les banques canadiennes entrent dans une nouvelle ère », a observé Alain Dugal, leader des services du secteur des institutions financières de PwC pour le Québec, en cette veille de dévoilement des résultats pour le premier trimestre qui se terminait le 31 janvier. « Elles continuent à afficher leur bonne santé, mais elles sont en présence d’attentes conflictuelles de la part des actionnaires, des clients, des instances régulatrices et des banques centrales. Ces attentes rendent encore plus compliquée la gestion des activités bancaires. »

 

Une source tarie


Importante source de revenus au cours des dernières années, le crédit aux particuliers semble aujourd’hui près d’atteindre un « point de saturation » avec un taux d’endettement des ménages d’environ 165 % du revenu disponible, observe-t-on. Ce taux d’endettement des Canadiens a d’ailleurs récemment valu une décote des banques canadiennes par les agences de notation.


Bien que 57 % des répondants à un sondage aient estimé que leur niveau d’endettement était encore « à peu près correct », on sent monter chez les Canadiens un sentiment d’inconfort à ce chapitre, notamment chez les ménages gagnant 100 000 $ et plus par année. Les deux tiers des personnes ont d’ailleurs indiqué avoir l’intention de diminuer leur endettement cette année et presque la moitié ont dit qu’elles le feraient parce qu’elles avaient peur de plus arriver à rembourser leurs dettes.


Moins du quart des Canadiens estiment être parvenus, jusqu’à présent, à respecter la promesse de désendettement qu’ils s’étaient faite à eux-mêmes. PwC prévoit, tout de même, qu’à moyen terme, le volume des prêts aux consommateurs « stagnera puis déclinera graduellement ».


Les banques canadiennes doivent aussi composer avec le resserrement des règles décidées dans la foulée de la crise financière. Le seul relèvement de la quantité et de la qualité des actifs coûterait déjà actuellement l’équivalent de 9,7 % de rendement sur les fonds propres chaque année. D’autres réformes doivent encore entrer en vigueur cette année.


Le fait que la morosité économique et le climat d’incertitude obligent les banques centrales à maintenir les taux d’intérêt à des niveaux exceptionnellement bas complique aussi grandement les choses pour les banques dont les profits dépendent, entre autres, de l’écart entre les taux d’intérêt qu’elles doivent verser et ceux qu’elles peuvent exiger.

 

Rationalisation et nouveaux secteurs de croissance


Pour maintenir leur niveau de profits, les banques devront se serrer la ceinture, constate le rapport qui porte sur les banques Royale, TD, Scotia, de Montréal, CIBC et Nationale. Une enquête auprès de dirigeants des plus grandes entreprises financières au monde révèle que 63 % d’entre eux prévoient des mesures de réductions de coûts cette année et que presque les trois quarts entendent réorganiser la structure de leurs compagnies. La réforme des règles bancaires offre une bonne occasion de centraliser certaines fonctions importantes et d’en sous-traiter d’autres qui seraient moins stratégiques, estiment les auteurs du rapport.


Les banques devraient également prendre acte de leur « nouvelle normalité » et investir de nouveaux champs d’activité, poursuit PwC. On pense notamment aux nouveaux modes de paiement mobile permettant d’effectuer des transactions par l’entremise des téléphones intelligents et autres technologies numériques. Les banques ne seront pas les seules à vouloir occuper ce terrain, prévient-on, des détaillants, des compagnies en télécommunications ainsi que d’autres fournisseurs de services numériques ayant même déjà commencé à le faire.


Les banques auraient toutefois encore sur eux un avantage. Selon un sondage réalisé cet automne, les deux tiers des Canadiens et des Américains préféraient, en effet, que ces nouveaux modes de paiement mobile leur soient offerts par leurs institutions financières. Pour y arriver, dit PricewaterhouseCoopers, les banques devront notamment trouver le moyen de rendre ces modes de paiement les plus conviviaux possible, comme elles l’ont fait pour les opérations en ligne.


Le vieillissement de la population et l’allongement de l’espérance de vie devraient aussi permettre de développer l’offre de services en gestion du patrimoine, note le rapport. Le crédit commercial et les prêts aux petites entreprises, l’offre de nouveaux produits d’assurance ou encore les services bancaires au commerce et à l’investissement présenteraient également de nouvelles perspectives de croissance.


 
1 commentaire
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 26 février 2013 07 h 23

    Du front

    Non mais faut avoir du front tout le tour de la tête pour nous dire sans gène que les banques doivent régulariser leur appétit parce que les familles sont accotées au plafond. Mais on est en enfer !