Tout un contrat pour SNC-Lavalin: reconstruire son image

SNC-Lavalin a mis en place plusieurs mesures de contrôle depuis un an et tente de redorer son blason après que son ex-président, Pierre Duhaime, eut été accusé de fraude.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir SNC-Lavalin a mis en place plusieurs mesures de contrôle depuis un an et tente de redorer son blason après que son ex-président, Pierre Duhaime, eut été accusé de fraude.

SNC-Lavalin fait un pas de plus dans le resserrement de sa gouvernance, le groupe de génie-conseil ayant désormais comme chef de la conformité celui que Siemens a recruté en 2007 lorsque la société allemande était fortement ébranlée par des enquêtes de corruption.

Andreas Pohlmann, dont le travail a été encensé par Siemens lorsqu’il a quitté l’entreprise en 2010, arrive chez SNC-Lavalin dans un contexte où la compagnie a mis en place plusieurs mesures de contrôle depuis un an et tente de redorer son blason après que son ex-président, Pierre Duhaime, eut été accusé de fraude.


« Son expérience comme membre de conseils d’administration, et dans les fonctions qu’il a occupées en Europe et en Amérique du Nord, témoigne de sa réputation bien méritée de leader de renommée internationale en gouvernance d’entreprise », a écrit SNC-Lavalin dans l’annonce de la nomination de M. Pohlmann, qui entre en poste le 1er mars.


« En outre, il a traversé des moments comparables à ceux que nous vivons, quoique à une autre échelle. C’est pourquoi nous sommes confiants que ses compétences nous aideront beaucoup dans les mois à venir, tandis que nous nous tournons vers l’avenir pour évoluer vers le type de système de conformité de classe mondiale qu’il a contribué à instaurer chez Siemens », a ajouté l’entreprise montréalaise.


Passage chez Siemens


Siemens est un conglomérat allemand de 400 000 employés actif dans plusieurs secteurs industriels, comme l’énergie, l’infrastructure et le transport. Son chiffre d’affaires est d’environ 105 milliards de dollars canadiens, comparativement à plus de 7 milliards pour SNC-Lavalin.


Au moment où M. Pohlmann devient chef de la conformité chez Siemens en septembre 2007, la presse européenne n’en finit plus d’écrire au sujet des pratiques de l’entreprise, dépeinte comme un joueur agressif n’hésitant pas à verser des pots-de-vin pour décrocher des contrats dans le monde. Le mois précédent, par exemple, un quotidien de Munich rapportait que l’enquête du cabinet américain Debevoise Plimpton pointait vers des paiements irréguliers de plus de 1 milliard d’euros.


En mai 2008, M. Pohlmann est bien en selle et fait une présentation dans le cadre d’une conférence organisée par la filière croate de Transparency International. À ce moment, les lacunes éthiques chez Siemens ont déjà coûté 660 millions en amendes et 650 millions en honoraires d’avocats et de consultants, affirme-t-il selon les documents de la présentation disponibles sur Internet.


Lorsque M. Pohlmann quitte Siemens en 2010, l’entreprise écrit qu’il « a joué un rôle majeur dans la conception d’un nouveau système de contrôles et de conformité » et que ce système de conformité de l’entreprise a acquis une « réputation internationale ».


SNC-Lavalin a écrit hier que l’engagement de la société « envers une conduite éthique et les normes les plus rigoureuses en matière de gouvernance, de conformité et d’imputabilité demeure inébranlable, et l’embauche de M. Pohlmann est un pas de plus vers cet objectif ».


La compagnie montréalaise a été éclaboussée jeudi par une information du Globe and Mail selon laquelle les enquêtes ici et en Europe sur les activités passées de SNC-Lavalin s’intéressent maintenant à l’Algérie, notamment au cas d’un homme au passé trouble qui aurait notamment agi comme agent commercial pour SNC. Ces agents sont des intermédiaires dont l’objectif est d’aider une entreprise à décrocher des contrats à l’étranger.


Selon les travaux conjoints du Globe and Mail et du quotidien financier italien Il Sole 24 Ore, ce consultant algérien aurait agi au fil des ans comme courroie de transmission pour plusieurs multinationales du secteur pétrolier et gazier, et serait soupçonné d’avoir vu passer des paiements irréguliers totalisant peut-être plus de 200 millions.


En ce qui concerne Pierre Duhaime, qui a quitté la présidence de SNC-Lavalin en mars 2012, il a été arrêté en novembre 2012 relativement au chantier du Centre universitaire de santé McGill, un chantier de 1,3 milliard. Il a été formellement accusé de fraude il y a deux semaines et a déposé une dénégation de culpabilité.