Un investissement tonifiant

Louis Pilon a été représentant pour des compagnies pharmaceutiques durant une quinzaine d’années avant de faire l’acquisition d’une PME pharmaceutique qu’il a su développer et faire croître.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Louis Pilon a été représentant pour des compagnies pharmaceutiques durant une quinzaine d’années avant de faire l’acquisition d’une PME pharmaceutique qu’il a su développer et faire croître.

Alors que les sociétés pharmaceutiques voyaient venir la fin des brevets pour plusieurs de leurs médicaments, un petit entrepreneur québécois comprenait qu’une occasion en or s’offrait à lui. Ayant déjà plus de 15 ans d’expérience comme représentant et distributeur dans des entreprises pharmaceutiques, Louis Pilon faisait en 2006 l’acquisition d’une PME de la Colombie-Britannique, JAMP Pharma, dont certains produits en développement l’intéressaient particulièrement. Il a alors déménagé à Boucherville cette entreprise, qui générait à cette époque des revenus de 5 millions et employait au plus sept personnes. Aujourd’hui, cette entreprise compte près de 100 employés et a des revenus d’environ 50 millions. « La croissance rapide est notre modèle d’affaires », dit M. Pilon.

Et comment donc ! Depuis, Louis Pilon a fait l’achat d’au moins quatre autres entreprises et développé de nombreux produits, tant des médicaments génériques que des produits de consommation en vente libre dans les pharmacies. Sa gamme de produits est très variée. On y trouve le fameux tonique Wampole, qui fut la première marque de commerce pharmaceutique au Canada en 1893 et qui fut très populaire auprès des familles québécoises au moins jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. M. Pilon s’est porté acquéreur de la compagnie Wampole en 2007 et a remis ces produits à jour. Récemment, il créait la filiale Wampole International pour vendre ses produits aux États-Unis et au Moyen-Orient, avant d’y ajouter par la suite les médicaments génériques et d’autres produits innovateurs. Son portefeuille comprend aussi la pastille Valda, qui a connu sa période de gloire ici comme en Europe d’où elle provient. M. Pilon a décidé de lui donner une nouvelle vie, il y a deux ans, en acquérant cette marque de commerce pour le Canada.


Parmi les innovations récentes de JAMP Pharma, la plus étonnante est probablement celle d’un gant contenant à l’intérieur des pixels qui relâchent, pour celui qui le porte, la quantité exacte de crème hydratante dont sa peau a besoin. Il s’agit évidemment d’une technologie dite « intelligente », qui peut servir entre 20 et 40 fois et qui se vend 30 $ la paire. C’est un produit haut de gamme.


Bref, l’entreprise de M. Pilon est détentrice actuellement des formulations de près de 120 molécules et offre 450 produits différents, dont 250 médicaments génériques et 200 produits de consommation en vente libre, parmi lesquels se trouve, par exemple, une vitamine aromatisée à l’érable, une petite saveur ajoutée pour qu’on sache à l’étranger d’où vient cette vitamine. « Nous sommes la compagnie qui a lancé le plus grand nombre de médicaments génériques depuis deux ans. Ça va être plus dur à l’avenir, car il reste moins de produits brevetés », souligne-t-il.


Pour contrer la pénurie de médicaments dans les hôpitaux


Néanmoins, 2012 fut une année très active. Il y eut une association avec la firme indienne Strides Arcolab pour créer une coentreprise, Agila-JAMP, portant sur la copropriété intellectuelle des formules d’une cinquantaine de produits injectables, dont la distribution est ensuite effectuée dans le marché des hôpitaux et des pharmacies par JAMP Pharma, qui demeure l’entière propriété de M. Pilon. La conclusion de ce partenariat a coïncidé avec une pénurie de ces produits injectables dans le milieu hospitalier canadien.


« Il y avait peu de joueurs et nous sommes arrivés sur le marché avec des médicaments de qualité à des prix compétitifs. Nous avons constaté les besoins du marché et l’importance d’avoir d’autres joueurs pour sécuriser l’approvisionnement », affirme M. Pilon, qui ajoute avoir expliqué aux regroupements d’achat des hôpitaux l’importance d’avoir une deuxième source d’approvisionnement : « Il y a deux groupes au Canada qui contrôlent peut-être 90 % du marché. C’est une des causes de la pénurie des médicaments injectables. Il y a très peu de joueurs et ceux-ci donnent des contrats à une seule entreprise. C’est une situation de monopole et, si cette entreprise a des difficultés de fabrication, il n’y a personne qui est prêt à prendre la relève. »


Toujours en 2012, il y a eu les acquisitions des actifs de Leblanc (produits naturels, dont certains pour aider à la perte de poids) et de sa marque Triolax, puis de CuraPhyte, une firme de produits naturels pour le traitement des douleurs chroniques, et enfin, il y a eu celle de Laboratoire Suisse, une société qui existe depuis plus de 25 ans, installée à Brossard, et l’une des seules entreprises québécoises à offrir des produits en ampoules de verre. En outre, on a lancé récemment Opiela, un produit cosmétique pour les mains et les pieds qui a été développé à Boucherville. Le mouvement se poursuit en 2013, puisqu’une nouvelle filiale vient tout juste de voir le jour sous laquelle seront regroupés les produits de marque destinés à la clientèle des médecins. Parmi les produits de ce groupe, on trouve d’ores et déjà SoluCal, destiné surtout aux enfants pour combattre les carences en calcium et en vitamine D.


En somme, JAMP Pharma peut répondre à la demande dans plusieurs domaines. « Nous voulons lancer 100 nouveaux produits dans les deux prochaines années. Nous réinvestissons presque toutes nos ressources dans le développement de produits », mentionne M. Pilon, qui s’estime heureux d’avoir pu embaucher des scientifiques très compétents qu’avaient libérés des sociétés pharmaceutiques en réduisant leurs activités de recherche. JAMP Pharma fait aussi appel en sous-traitance à des centres de recherche d’ici et d’ailleurs pour le développement de produits spécifiques.


Pour rejoindre sa clientèle, l’entreprise a une équipe de 30 représentants qui oeuvrent dans toutes les provinces canadiennes. Le Québec demeure tout de même son principal marché, avec une part de 50 % de ses revenus.


M. Pilon est le seul actionnaire de cette entreprise et entend le demeurer, même dans une perspective de forte croissance, aussi bien par une progression organique que par des acquisitions. « Nous avons les ressources financières pour le faire. On va rester privés pendant plusieurs années. Je ne cherche pas de partenaires financiers. J’aime bien être maître de ma destinée », affirme cet homme qui est maintenant dans la mi-quarantaine et dont l’une de ses plus grandes fiertés est d’avoir importé au Québec une entreprise et d’avoir créé des emplois, non seulement près d’une centaine dans sa compagnie, mais pratiquement autant chez les sous-traitants à qui il donne des mandats, tant pour la recherche que pour la fabrication de médicaments ou d’autres produits.


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