Pétrole de l'Ouest - Ultramar aussi songe au train

La raffinerie d'Ultramar à Lévis.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot La raffinerie d'Ultramar à Lévis.

Comme Suncor, Ultramar n’exclut pas l’idée d’utiliser le train pour faire venir du pétrole de l’Ouest canadien à sa raffinerie de Lévis.


La direction de l’entreprise souhaite en priorité que le projet d’Enbridge visant à inverser le flot d’écoulement du pipeline Montréal-Sarnia se réalise un jour, mais elle affirme qu’elle ne peut pas se permettre, non plus, d’ignorer cette autre façon devenue extrêmement populaire d’acheminer du brut.


« C’est un secret de Polichinelle, tout le monde regarde ça en ce moment », a dit au Devoir le porte-parole d’Ultramar, Michel Martin. Capable de traiter 265 000 barils de pétrole par jour, l’établissement de raffinage à Lévis, qui reçoit son brut par navire, est le plus important au Québec.


« On n’a jamais reçu de pétrole brut par train », a ajouté M. Martin. « C’est quelque chose qui est réaliste à moyen terme, qui peut se faire relativement rapidement. C’est moins complexe que ce qui concerne le pipeline, dont le projet d’inversion du flot d’écoulement exige l’autorisation des autorités. »


Ces propos surviennent une semaine et demie après que Suncor, un acteur majeur dans les sables bitumineux qui possède quatre raffineries, dont celle de Pointe-aux-Trembles, eut publiquement manifesté son désir d’utiliser le train pour amener du pétrole brut à Montréal.


Suncor, qui milite aussi pour l’inversion du flot d’écoulement de la « Ligne 9 » d’Enbridge entre Montréal et Sarnia, croit que l’alimentation de la raffinerie montréalaise avec du pétrole de l’Ouest canadien entraînerait des économies. Ce projet d’inversion suscite toutefois de l’inquiétude chez les groupes écologistes.


Le pétrole canadien est arrimé au prix de référence WTI, lequel se vend environ 20 $ de moins par baril (95 $) que le Brent (116 $).


« Le pétrole de l’Ouest est un enjeu fondamental et stratégique pour nous, a dit M. Martin. L’objectif ultime sera d’e n recevoir une quantité suffisante, ce qui se ferait par le biais de l’inversion de la Ligne 9. »


Enbridge a fait la demande d’inversion au mois de novembre 2012. L’Office national de l’énergie va tenir des audiences au cours des prochains mois. La société a indiqué vendredi dans ses états financiers qu’elle est prête à investir 448 millions pour l’ensemble du projet, lequel inclut une augmentation du débit.

 

Économie de 1 milliard


Advenant l’inversion de la Ligne 9, qui a été construite dans les années 70 et coulait jadis de l’ouest vers l’est pour nourrir les multiples raffineries de Montréal, la raffinerie d’Ultramar réaliserait des économies substantielles. La compagnie estime que la moitié du brut consommé par Lévis arriverait par le pipeline, alors que la moitié continuerait d’y être acheminée par navire sur le fleuve Saint-Laurent.


Partant d’un scénario de consommation égale de brut canadien et de brut étranger, Le Devoir calcule que la raffinerie économiserait environ 1 milliard par année en achats de pétrole. En d’autres termes, ses coûts de brut diminueraient de 10 %.


Sans aller dans le détail, le porte-parole de la compagnie a insisté sur le fait que d’autres facteurs pourraient influencer le résultat final, comme les coûts de transport et l’évolution des cours sur le marché.


« Les achats de pétrole brut représentent environ 95 % de nos coûts d’opération », a dit M. Martin. Viennent ensuite les coûts en énergie et les coûts de main-d’oeuvre, par exemple. La raffinerie compte 460 employés.


À la lumière des récents propos du ministre fédéral des Ressources naturelles, Joe Oliver, Ottawa semble voir d’un oeil favorable les projets visant à amener du pétrole de l’Ouest canadien vers le Québec jusque dans les Maritimes. À Saint John, au Nouveau-Brunswick, la société Irving exploite une raffinerie d’environ 300 000 barils de brut par jour.

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