Développement durable - Le Fonds se préoccupe depuis ses tout débuts d’investissements responsables

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Loggia a transformé en locaux résidentiels l’ancien hôpital Bellechasse à Montréal.
Photo: Denis Tremblay Loggia a transformé en locaux résidentiels l’ancien hôpital Bellechasse à Montréal.

Ce texte fait partie du cahier spécial Fonds de solidarité FTQ

Dès sa mise sur pied, le Fonds adoptait une ligne de conduite liant l’investissement socialement responsable et le développement durable à ses activités. Il a poursuivi dans cette voie et a posé de nouveaux gestes en ce sens au fil de ses 30 années d’existence.


En 1996, le Fonds faisait encore une fois la preuve de son engagement de départ en appuyant financièrement le Fonds d’investissement de Montréal (FIM), qui fut créé par Phyllis Lambert, pour soutenir le logement social.


Directrice et fondatrice du Centre canadien d’architecture (CCA), Mme Lambert explique pourquoi elle a épousé cette cause : « C’était à une époque où la situation était assez abominable à Montréal ; il y avait beaucoup de maisons barricadées et il régnait une pauvreté énorme. On a travaillé avec toutes les parties impliquées dans le dossier de l’habitation sociale et on s’est penchés sur tous les moyens possibles pour financer ce type de logement. »


Il a finalement été décidé de structurer et de lancer le FIM : « Le Fonds de solidarité a approuvé notre démarche en investissant de l’argent et on a pu aller de l’avant. L’idée, c’était de pouvoir donner aux gens habitant dans les quartiers défavorisés de Montréal la possibilité d’avoir une vie meilleure. »


Mario Tremblay, vice-président, affaires publiques et corporatives du Fonds, explique pourquoi celui-ci a choisi d’épauler Mme Lambert : « On a décidé d’embarquer en prenant conscience qu’il y avait tout un défi à relever pour retaper le parc immobilier de Montréal et pour qu’il y ait une part de logement social. On n’attend pas des rendements mirobolants du FIM, ce dont on est conscients, mais on ne perdra pas d’argent, et pour nous, c’est un investissement à long terme dont ces gens-là ont besoin. »


Dès les premiers pas…


Une fois cet exemple servi, Mario Tremblay présente le dossier de l’implication sociale et responsable en trois phases : « Il y a eu un 1.0, un 2.0, et on est rendus au 3.0. » Pour le 1.0, il remonte à la naissance du Fonds : « Je me plais à dire que dans son ADN figure celui d’un investisseur socialement responsable, d’abord à cause du lien avec le milieu syndical qui est porté par des valeurs de solidarité, d’entraide, etc. Ensuite, dans la loi sur le Fonds, on retrouve comme objectif numéro un la création d’emplois, ce qui apparaît comme passablement nouveau. »


Il poursuit en cernant d’autres avancées : « On a aussi été les premiers en 1983 à mettre de l’avant le concept de bilan social, qui n’était pas connu à l’époque. Il s’est agi du premier jalon posé à titre d’investisseur socialement responsable au moment où on s’est dit qu’on allait investir et apporter un capital, mais qu’on allait en même temps examiner les aspects extra-financiers dans notre analyse du dossier. Dans ce temps-là, il faut reconnaître que cette façon de procéder était quelque peu révolutionnaire. »


Il s’arrête sur la procédure adoptée : « Évidemment, on a des financiers dans les dossiers, mais on a aussi des gens spécialisés, formant une petite équipe, qui travaillent avec eux ; ils possèdent des connaissances sur les aspects socioéconomiques et extra-financiers ; ils s’interrogent sur le comportement de l’entreprise par rapport à son milieu, sur sa façon de traiter les employés et sur son positionnement en santé et sécurité. » Le Fonds s’est consacré, toujours dans ses premières années d’existence, à un mandat de formation : « On injecte des sous dans l’entreprise parce qu’on existe pour cette raison-là, mais on apporte également de la formation économique en rendant les employés capables de comprendre les enjeux financiers et économiques de leurs entreprises en lien avec leur travail. »


La phase deux se pointe


Le 2.0 de la démarche coïncide à peu près avec l’arrivée de l’an 2000 : « On s’est doté à ce moment-là de deux politiques importantes qui ont représenté des jalons assez fondamentaux dans notre croissance. Premièrement, on s’est donné une politique en matière de droit de vote et on a été l’un des premiers investisseurs institutionnels à poser ce geste au Québec. On a alors pris conscience qu’on est actionnaires de PME, mais qu’on détient aussi des actions dans des entreprises de plus grande taille qui sont inscrites à la Bourse, ce qui nous confère un pouvoir sur celles-ci, soit celui d’user de notre droit de vote en fonction de certaines valeurs. On l’utilise pour prendre position sur des enjeux financiers, mais aussi sur d’autres qui ont trait à la conduite des entreprises dans leur production à l’étranger, au travail des enfants, au respect des normes de l’Organisation internationale du travail (OIT), etc. »


Un autre pas est franchi en 2001 avec l’adoption d’un code de conduite à l’international : « On a pris conscience que c’était le début de la mondialisation et que de plus en plus d’entreprises commençaient à se livrer non pas à des exportations à l’étranger, mais à de la production. On a compris qu’on ne pouvait pas avoir un double standard : un pour le Québec et un autre dans les autres pays. »


Toujours en mode responsable et durable


C’est autour de 2006-2007 que s’amorce la phase 3.0. Mario Tremblay retrace les événements marquants à partir desquels le Fonds entreprend d’inscrire un bilan social à son rapport annuel : « On parle de l’époque des grandes alliances : il y a la Global Reporting Initiative (GRI) qui entre dans le décor et, plus récemment, les Principes d’investissement responsable (PRI) et le Global Compact des Nations unies, auxquels le Fonds participe officiellement. Nous avons tissé là des alliances à l’international en vertu desquelles on a accepté d’être encore plus transparents en faisant rapport au public et à nos actionnaires sur des aspects de nos activités à caractère extra-financier. »


Le vice-président fait mention de l’adhésion à Share il y a près d’un an, un organisme à but non lucratif situé à Vancouver spécialisé dans le dialogue actionnarial. Celui-ci s’applique à regrouper les actionnaires minoritaires de certaines entreprises pour renforcer leur pouvoir d’influer sur les orientations ou les décisions de celles-ci. En réaction au Plan Nord, le Fonds de solidarité s’est de plus doté de lignes directrices de développement durable dans le secteur minier, qui ont été intégrées à son dernier rapport annuel.



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