Compromis entre Gaz Métro et la Régie de l’énergie


	Sophie Brochu, présidente et chef de la direction chez Gaz Métro
Photo: - Le Devoir
Sophie Brochu, présidente et chef de la direction chez Gaz Métro

Le taux de rendement autorisé sur l’avoir ordinaire de Gaz Métro serait limité à 8,9 % plutôt que 7,92 % au cours du présent exercice, a convenu la Régie de l’énergie après l’étude de la «preuve» acheminée par l’entreprise, dont le siège social est basé à Montréal.


Gaz Métro a essayé de convaincre la Régie de l’énergie de lui consentir un taux de rendement plus élevé, 9,3 %, mais en vain. La présidente et chef de la direction de Gaz Métro, Sophie Brochu, accueillerait «favorablement» l’autorisation d’un taux de rendement identique à celui mis en vigueur en 2011-2012 par la Régie de l’énergie. Il s’agit d’une décision de «compromis», selon elle.


La Régie de l'énergie a transmis cette «proposition consultative» à Gaz Métro ainsi qu'à différents intervenants qui pourront faire connaître leurs commentaires lors d'audiences à la mi-février. La réponse finale de la Régie est attendue au printemps.

«Si nos investisseurs allaient investir ailleurs pour une entreprise avec un risque et un rendement similaires, ils toucheraient quel rendement? […] Nous, on a déposé une preuve que 7,92 %, ce n’est pas juste et raisonnable pour nos investisseurs», a expliqué l’économiste, mercredi, en marge d’un déjeuner organisé par le Cercle finance et placement du Québec.


«Il faut que l’investisseur ait un rendement qui soit suffisant pour l’inciter à rester, à réinvestir chaque année en sécurité […], doivent comprendre» les organismes de réglementation, a souligné Mme Brochu, qui est également gestionnaire de la société d’énergie Valener, qui détient une participation économique de près de 30 % dans Gaz Métro.


Un taux de rendement plus élevé a pour effet d’accroître la rentabilité de Gaz Métro. Les taux de rendement autorisés ont été fixés à 8,9 % en 2011-2012 et à 9,1 % en 2010-2011. Ceux-ci sont guidés par l’évolution des taux d’intérêt des obligations à long terme du gouvernement du Canada, qui sont en baisse depuis la crise financière de 2008.


«On fait notre argent sur deux affaires : une base d’actifs pour laquelle on a une portion d’équité [avoirs propres] et un taux de rendement qui nous est octroyé», a spécifié la grande patronne de Gaz Métro devant un parterre de gens d’affaires.


Sophie Brochu a pris soin de leur rappeler les acquisitions de Gaz Métro au fil des derniers mois, notamment celle de Central Vermont Public Service Corporation en juin dernier. «Vous allez dire: “ C’est le fun ta patente, Sophie, vous vous développez, vous achetez des actifs, [mais] vous ne générez pas plus de bénéfices… C’est quoi la patente?” […] Vous avez compris que ce placement-là est un placement hallucinant comme “ hedge ” par rapport à l’évolution des taux d’intérêt long terme. Est-ce que ça va prendre six mois, un an, un an et demi, deux ans? Les taux d’intérêt long terme vont finir par monter.»


En 2012, Valener a enregistré un bénéfice net attribuable aux actionnaires ordinaires de 30,2 millions (81 ¢ par action ordinaire), excluant les éléments non récurrents, comparativement à 26,5 millions (71 ¢ par action ordinaire) en 2011.


«Imaginez-vous quand les taux d’intérêt long terme vont augmenter : 1 %, c’est 10 millions nets de plus à Gaz Métro. […] Dans 10 ans, le président va prendre toute la gloire,… mais ça va être super!» s’est-elle exclamée.


«La dernière grande frontière à franchir»


Gaz Métro a donné le coup d’envoi de son projet de prolongement de gazoduc de Jonquière à Sept-Îles, qui permettra au secteur industriel de troquer le mazout lourd par une source d’énergie moins coûteuse et moins polluante, a fait valoir Mme Brochu.


La Côte-Nord constitue la «dernière grande frontière à franchir» pour Gaz Métro, a-t-elle indiqué.


La construction de la structure de 450 kilomètres parfois enfouie et parfois hors sol nécessite un investissement d’au moins 750 millions.


Si le gouvernement a déjà acquiescé à la demande de Gaz Métro de financer les études de faisabilité jusqu’à un maximum de 30 millions de dollars, il n’est pas certain qu’il garantira la rentabilité du projet en versant l’équivalent du manque à gagner à Gaz Métro pendant les premières années du projet. «On n’est pas rendus là, mais ce qui est acquis, c’est qu’une infrastructure de cette ampleur-là requiert l’implication du gouvernement, a précisé Mme Brochu. Là, on regarde les études de tracés pour être certains qu’on prend un tracé qui est optimal pour des considérations environnementales, des considérations de coûts, des considérations sociales. Il y a plusieurs nations innues dans ce coin-là du monde.»


D’autre part, le gouvernement du Québec a donné le feu vert la semaine dernière à la deuxième phase des parcs éoliens de la Seigneurie de Beaupré, sur les terres privées du séminaire de Québec situées à 60 km au nord-est de la ville de Québec.


La première phase de 272 mégawatts — sur 300 mégawatts — du projet piloté par le consortium Gaz Métro-Boralex sera mise en service d’ici la fin de cette année. «Ces projets-là n’ont pas commencé à générer de “cash” encore. Ils vont commencer en décembre 2013, a assuré la chef d’entreprise. Cette terre-là est bénie des dieux!»

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