Le PIB recule aux États-Unis à la grande surprise des analystes

L’ouragan Sandy serait responsable d’une baisse de la production des entreprises.
Photo: Agence France-Presse (photo) Tmehdi Taamallah L’ouragan Sandy serait responsable d’une baisse de la production des entreprises.

Les États-Unis ont subi, à la fin de l’année dernière, leur première contraction économique depuis la crise.


La nouvelle a pris tout le monde complètement par surprise mercredi. Le choeur des analystes avait prédit une hausse du produit intérieur brut (PIB) américain d’environ 1,1 % en rythme annualisé au quatrième et dernier trimestre de 2012. À la place, le département du Commerce américain a annoncé que l’économie américaine s’est contractée de 0,1 %.


Ce premier recul du PIB des États-Unis depuis le printemps 2009 marque une rupture par rapport au rythme de croissance de 3,1 % affiché durant le trimestre précédent. Nos analystes se sont toutefois empressés de relativiser les choses.


« C’est la meilleure contraction économique qu’on puisse avoir », a résumé dans le Wall Street Journal Paul tAshworth de Capital Economics. « Ce n’est pas le début d’une nouvelle récession », a ajouté son collègue d’UniCredit Research, Harm Bandholz.


Pas de panique


L’un des principaux facteurs à l’origine de ce ralentissement économique est une chute de 22,2 % des dépenses militaires, la plus forte baisse du genre en plus de 40 ans, précédée, il est vrai, d’un troisième trimestre où elles avaient été plus élevées qu’à la normale, mais indicatrice aussi de l’effet que pourraient avoir les compressions budgétaires prévisibles aux États-Unis. Un autre facteur important, mais conjoncturel, semble avoir été l’impact de l’ouragan Sandy sur la production des entreprises. Le niveau des exportations a aussi subi son plus important recul depuis le début de 2009 ( -5,7 %) à cause d’un ralentissement économique à l’étranger.


Les statistiques du département du Commerce réservaient aussi de bonnes nouvelles, comme une augmentation marquée de la consommation des ménages (2,2 %) largement nourrie d’une hausse des achats de biens durables, dont les automobiles (+26,7 %). Le secteur immobilier a aussi poursuivi sa remontée avec un bond de 15,3 % des investissements résidentiels. Les entreprises n’ont pas été en reste, avec une hausse de 12,4 % de leurs investissements en équipement et en logiciel, soit son meilleur gain depuis l’été 2011.


Sur l’ensemble de l’année, le PIB réel a augmenté de 2,2 % en 2012, comparativement à 1,8 % l’année d’avant et 2,4 % en 2014.


« La faiblesse du PIB réel n’est évidemment pas une bonne nouvelle, mais les détails ne montrent pas une situation catastrophique, a observé l’économiste principal au Mouvement Desjardins, Francis Généreux. Toutefois, étant donné les difficultés qui accablent l’économie en ce début de 2013, comme les hausse d’impôt et la chute de la confiance, la baisse du PIB réel ne constitue évidemment pas une bonne base. »


Statu quo à la Fed


La journée de mercredi était aussi l’occasion, pour la Réserve fédérale américaine, de faire le point sur sa politique monétaire. Elle a estimé à son tour que le récent passage à vide de la première économie du monde a principalement été le fait de facteurs conjoncturels. « La croissance économique marque une pause depuis quelques mois, en grande partie à cause de perturbations d’ordre météorologique et d’autres facteurs à caractère passager », a-t-elle expliqué dans son habituel communiqué de quelques paragraphes seulement, faisant notamment référence à l’ouragan Sandy.


Comme prévu, la banque centrale n’avait rien à ajouter aux innovations qu’elle avait annoncées, à la dernière réunion de son comité de politique monétaire (FOMC), en décembre, et n’a rien changé aux conditions plus qu’accommodantes qu’elle maintient depuis la crise.


L’institution présidée par Ben Bernanke a notamment maintenu son taux directeur là où elle l’a mis dès la fin de 2008, c’est-à-dire à son plancher absolu situé dans le mince espace compris entre 0 % et 0,25 %. Elle a répété, comme en décembre, que le loyer de l’argent allait rester « exceptionnellement faible » tant que le chômage ne sera pas redescendu sous la barre des 6,5 % et que les prévisions d’inflation à moyen terme n’auront pas dépassé d’un demi-point de pourcentage sa cible de 2 %, soit vraisemblablement pas avant le milieu de 2015.


Elle a aussi maintenu ses différents programmes « d’assouplissement quantitatif » consistant à acheter des bons du Trésor et des titres hypothécaires afin d’exercer une pression à la baisse sur les taux d’intérêt à long terme et totalisant 85 milliards par mois. Depuis la crise, la Fed a triplé son bilan, qui s’élève désormais à environ 3000 milliards.


Le départ du seul membre du FOMC à systématiquement s’opposer à tant de souplesse monétaire, le président de la Fed de Richmond, Jeffrey Lacker, n’a rien changé non plus. Sa remplaçante de la Fed de Kansas City, Esther George, a estimé à son tour que la poursuite de la politique actuelle augmente « les risques de déséquilibres économiques et financiers futurs ».


Calme à la Bourse


Les positions de certains membres du FOMC rapportées dans son dernier procès-verbal, ainsi que d’autres déclarations publiques, avaient laissé croire à des analystes que l’arrêt des programmes d’assouplissement quantitatifs pourrait être annoncé avant la fin de 2013, comme anticipé. Mais rien, dans le communiqué de la Fed, ne le donnait à penser.


Les marchés boursiers américains n’ont pas semblé émus outre mesure par l’annonce du recul économique de la fin de l’année. L’indice S P 500 a à peine cédé 0,39 %, mercredi, en clôturant à 1501,96 points, soit une soixantaine de points seulement sous le sommet historique qu’il avait atteint en 2007, un an avant la grande débandade que l’on sait.


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Avec le New York Times

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