Hydro-Québec ne doit pas être un facteur déterminant dans un conflit de travail privé

3 mai 2012: les travailleurs en lockout de Rio Tinto Alcan ont marché d’Alma jusqu’à Québec afin de manifester leur indignation du fait que la compagnie continuait de vendre ses surplus d’électricité à Hydro-Québec en dépit du conflit de travail en cours.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot 3 mai 2012: les travailleurs en lockout de Rio Tinto Alcan ont marché d’Alma jusqu’à Québec afin de manifester leur indignation du fait que la compagnie continuait de vendre ses surplus d’électricité à Hydro-Québec en dépit du conflit de travail en cours.

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, déploie tous ses efforts pour réviser l’entente « plus tellement secrète » scellée entre Rio Tinto Alcan et l’ancien gouvernement du Québec.

« La ministre est en train de regarder ce dossier-là avec ses conseillers politiques », a confirmé son attaché de presse, Patrick Ney.


Le Syndicat des Métallos a bruyamment dénoncé les « ventes records » d’électricité de Rio Tinto Alcan à Hydro-Québec en marge du lockout de six mois imposé par le géant minier à ses 775 employés de l’usine d’Alma.


Le président de la section locale 9490 du Syndicat des Métallos, Hugues Villeneuve, appelle une nouvelle fois le gouvernement péquiste à « serrer la vis » à la multinationale en lui refusant de se porter acquéreur de l’électricité produite lors d’un éventuel lockout.


« Le conflit de travail est terminé depuis le mois de juillet. On n’a pas chômé. On continue les démarches pour essayer de rétablir le rapport de force, pour être capables de parler d’égal à égal lors des [prochaines] négociations », a-t-il affirmé en entrevue téléphonique avec Le Devoir. « 2015 s’en vient à grands pas », a-t-il ajouté, pressant le gouvernement péquiste de rivaliser d’adresse pour arriver à revoir l’entente d’ici à la fin du contrat de travail des milliers de syndiqués de différentes installations de Rio Tinto Alcan à travers le Québec. « L’employeur pourrait décréter des lockouts dans la plupart de ces installations et vendre leur courant à Hydro-Québec, qui est obligée de l’acheter. [Ainsi, du côté de la société,] l’importance de mettre fin au conflit de travail devient un peu moins grande. »


« Le dossier est en analyse », a assuré M. Ney.


L’inscription du lockout à la liste des cas de force majeure où Rio Tinto Alcan voit ses obligations suspendues - mais durant lesquels Hydro-Québec ne peut tourner le dos à l’électricité que la société produit - constitue une « aberration », aux yeux de Martine Ouellet. Il a « un impact sur la relation de travail », a souligné l’élue, en marge de l’assemblée annuelle du syndicat, en novembre dernier, rappelant du même souffle la promesse du Parti québécois de revoir l’« entente secrète ». « On n’a pas changé d’idée. […] Très clairement, dans de futurs contrats, ça [la clause] n’y serait pas », a-t-elle déclaré, indiquant que l’entente visait à « favoriser l’emploi » au Saguenay -Lac-Saint-Jean et non à appuyer financièrement un lockout de Rio Tinto Alcan.


Le gouvernement se refuse toutefois de résilier unilatéralement l’entente. « S’il est possible de faire des modifications, nous travaillerons dans ce sens-là pour que ça ne puisse pas arriver encore, qu’il y ait un conflit de travail comme cela et qu’il y ait un débalancement au niveau des forces en présence à cause de l’achat d’électricité », a-t-elle expliqué.


En 2012, Rio Tinto Alcan, propriétaire de six centrales hydroélectriques, a livré à la société d’État un record de 387 mégawatts (MW), assortis en toute vraisemblance d’une facture de quelque 130 millions de dollars. Si l’on se fie au tarif L grande puissance de 4,3 ¢ du kilowattheure (KWh) - largement supérieur au coût de production de 1 ¢ -, on peut avancer que la société d’État a déboursé la rondelette somme de 130 millions de dollars.


Alors qu’elle nageait en plein surplus énergétique, Hydro-Québec a été tenue d’acheter les surplus d’électricité de Rio Tinto Alcan en vertu d’une « entente secrète » conclue entre le gouvernement du Québec et Alcan en décembre 2006.


La multinationale nécessite « normalement » environ 200 MW de la part d’Hydro-Québec par année. « L’année dernière, il y a trois principales raisons qui ont fait en sorte qu’on a eu un surplus de 387 MW. Il y a eu le lockout de l’usine d’Alma, qui a fonctionné au tiers de sa capacité pendant quelques mois. Il y a eu un bris de transformateur à l’usine Shawinigan [qui a forcé un arrêt de production]. Et il y a eu la forte hydraulicité [apports d’eau dans son réseau] de l’année 2012 », a énuméré la porte-parole du géant minier, Claudine Gagnon, refusant néanmoins de lever le voile sur la facture expédiée à Hydro-Québec.


Copropriétaire des alumineries Alouette et RB, Rio Tinto Alcan est, « si on fait le total », un acheteur d’énergie, a-t-elle toutefois fait remarquer.

1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 30 janvier 2013 19 h 55

    Je ne vois pas le problème

    Si Rio Tinto Alcan était un simple acheteur d'électricité, n'aurait-il pas épargné des millions pendant le lock-out tout en laissant HQ avec des invendus?