Un changement de gouvernement heureux pour l’économie numérique

Photo: - Le Devoir
Ravi de la volonté de l’équipe de la première ministre Pauline Marois d’offrir à bas prix de l’électricité verte à des entreprises qui font le choix de s’établir au Québec, le président-directeur général de Vert.com, Éric Mateu, estime que « les astres n’ont jamais été aussi bien alignés » dans son secteur d’activité.

Hydro-Québec, qui débourse environ un demi-milliard de dollars chaque année afin d’acheter de l’électricité, disposera de surplus de 28,5 térawattheures (TWh) d’ici à la fin de 2020, selon un rapport déposé par la société d’État à la Régie de l’énergie l’automne dernier. « Ces surplus sont disponibles pour attirer au Québec des investissements, et je crois que c’est un avantage comparatif dont on doit se servir », a déclaré Pauline Marois sur la tribune du Sommet économique mondial, la semaine dernière, évoquant des projets de centres d’hébergement de données informatiques.

« J’applaudis des deux mains au discours de Pauline Marois », affirme M. Mateu, à la tête d’une entreprise proposant notamment des solutions destinées à optimiser l’efficacité énergétique des infrastructures de technologies de l’information.

« C’est vrai que ça n’a pas de bon sens quand on voit qu’on paie des centaines de millions de dollars pour de l’énergie qu’on ne peut pas utiliser, alors qu’on aurait la possibilité de créer une nouvelle économie », soutient-il, brandissant une étude attribuant le grand nombre d’entreprises en démarrage (start-up) à San Francisco, à New York et à Chicago à leur proximité de centres d’hébergement de données.

Bénéficiant d’« une belle situation géographique », d’une « capacité électrique » et d’une « capacité de “cooling”», le Québec « sera en mesure d’accueillir des gros joueurs », ajoute le patron d’une firme d’ingénieurs spécialisée en conception, construction et gestion de centre de données, Michel Chartier. L’organisateur du Salon de l’innovation dans les centres de données se dit convaincu de voir le secteur « bouger beaucoup » au cours de l’année 2013.

Si ce n’est pas déjà fait, les sociétés européennes, « les Orange, les Equinix », aux prises avec « un très gros problème d’énergie » sur le Vieux Continent, jetteront assurément un regard vers le Québec après l’allocution de la première ministre québécoise à Davos, poursuit M. Mateu.

Le Québec constitue d’ailleurs pour les sociétés européennes une « tête de pont pour conquérir le marché américain » à ne pas négliger.

« Je ne suis pas Jojo Savard, mais, dans les prochaines années, le secteur connaîtra une croissance, j’en suis absolument persuadé. Tout ce qui nous manquait jusqu’ici, c’était la compréhension du gouvernement », mentionne M. Mateu.

À l’automne, les dirigeants de Vert.com et de Kelvin Emtech ont accueilli le budget Marceau comme une bouffée d’air frais. 

Michel Chartier accuse l’ancien gouvernement d’avoir été obnubilé par le Plan Nord. « La volonté du gouvernement Charest était axée sur le Plan Nord, le Plan Nord, le Plan Nord, et le Plan Nord. C’était à peu près tout », lance-t-il, se décrivant comme un « Don Quichotte », qui a dû se « battre contre des moulins à vent » pendant près d’une décennie.

M. Mateu et lui reprochent aussi à l’équipe de Jean Charest d’avoir mené une politique économique à courte vue en tournant le dos à une industrie qui crée insuffisamment d’emplois directs à ses yeux. « Le nouveau gouvernement ne s’arrête pas sur les postes créés parce qu’il a compris que ce n’est pas le centre de données qui va créer des postes, c’est plutôt l’écosystème qui va se créer autour », indique Éric Mateu.

MM. Chartier et Mateu demandent toutefois au gouvernement de Pauline Marois d’assouplir les critères d’admissibilité à l’exonération d’impôt de cinq ans pour tout projet de centre de données de 300 millions de dollars ou plus incluse dans le budget Marceau. « L’idée est excellente, mais le montant n’a pas de sens. Ça n’est pas une simple salle de serveurs à 50 000 qui doit être subventionnée, mais 300 millions c’est peut-être un peu beaucoup », indique Éric Mateu.

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