Québec assure ne plus réserver de surprise en fiscalité

Le ministre québécois des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau
Photo: - Le Devoir Le ministre québécois des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau

De passage à un déjeuner-conférence avec des gens d’affaires, l’élu péquiste a balayé du revers de la main la proposition du président de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), Simon Prévost, consistant à lancer une « vraie réforme de l’ensemble de la fiscalité au Québec », embrassant à la fois celle des particuliers et des entreprises, et sans oublier la taxe de vente du Québec (TVQ) afin notamment d’accroître la compétitivité des entreprises manufacturières et exportatrices sur les marchés locaux et internationaux.


La fiscalité québécoise, « dans son essence », « décourage l’investissement et la création d’emplois », a déploré M. Prévost à l’occasion d’un échange avec M. Marceau. « Donc, [le gouvernement] doit compenser par des mesures spécifiques », a ajouté l’économiste.


Échaudé par les réactions outrées à la volonté du gouvernement Marois d’augmenter les impôts rétroactivement pour les Québécois les plus nantis à l’automne dernier, le ministre des Finances et de l’Économie estime le « moment pas bien choisi actuellement » pour l’équipe ministérielle de se prêter à un tel exercice. « Je ne crois pas la croissance économique assez robuste aujourd’hui pour créer une couche supplémentaire d’incertitude », a-t-il expliqué.


Le gouvernement de Pauline Marois se contentera de procéder à la révision de la fiscalité des sociétés minières en soumettant le secteur à un nouveau régime de redevances.


La vision économique du gouvernement du Québec étant « basée sur l’investissement privé, […] le Québec doit offrir un climat d’affaires stimulant, prévisible, [et] favorable aux projets créateurs de richesse et d’emplois », a martelé M. Marceau.


Hydro-Québec


La prévision de croissance des dépenses étant toujours fixée à 1,8 %, « du jamais vu depuis 10 ans », le ministre garde le cap sur l’équilibre budgétaire en 2013-2014.


« En plus des efforts qui sont faits dans l’appareil gouvernemental, il y a des efforts qui sont faits par nos sociétés d’État », a-t-il lancé, pointant notamment Hydro-Québec.


D’ailleurs, à ses yeux, la société d’État peut sans difficulté concilier les objectifs de hausser les redevances versées au gouvernement d’une part, et vendre à perte de l’électricité à des entreprises étrangères désireuses de s’implanter au Québec d’autre part.


Hydro-Québec, qui débourse environ un demi-milliard de dollars chaque année afin d’acheter à fort prix de l’électricité de propriétaires de centrales hydroélectriques et de parcs d’éoliennes privés, disposera de surplus de 28,5 térawattheures (TWh) d’ici la fin de 2020, selon un rapport déposé en novembre à la Régie de l’énergie.


« Pour moi, […] ce n’est pas quelque chose de négatif, c’est quelque chose de positif. La production d’électricité peut permettre, c’est l’objectif que j’ai, d’attirer des projets industriels importants, et donc, de développer l’économie québécoise », a déclaré M. Marceau, misant sur une plus grande conscientisation du milieu des affaires à la préservation de l’environnement. « Aujourd’hui, nous sommes dans un monde où les consommateurs sont sensibles aux considérations environnementales, où les entreprises veulent réduire leurs empreintes écologiques. Nous, on a une quantité d’électricité disponible qui est beaucoup plus verte que les formes d’énergie alternative. Beaucoup d’entreprises sont attirées par ce type d’énergie », a-t-il fait valoir, tendant la main aux dirigeants d’entreprises étrangères soucieux de voir leur société approvisionnée en électricité propre.


« En agissant tôt, on peut faire de l’argent avec l’économie verte. C’est le message que je vous lance », avait-il lancé plus tôt devant les membres de MEQ.


Le ministre s’est néanmoins défendu d’avoir donné son feu vert cette semaine au plus important projet de parc éolien au pays, Rivière-du-Moulin, qui livrera à terme 350 mégawatts (MW) à Hydro-Québec… nageant dans les surplus d’énergie.


« Il y a des décisions qui ont été prises dans le passé et nous vivons avec ces décisions-là », a-t-il affirmé, confirmant au passage la volonté du gouvernement péquiste d’« aller de l’avant dans le modèle qui avait été mis en place » par le gouvernement libéral.


L’industrie réclame le lancement d’un appel d’offres de 700 MW d’énergie éolienne supplémentaires de la part d’Hydro-Québec.


« Si on a des changements à annoncer quant au modèle de développement de l’industrie éolienne, on vous le dira. Pour l’instant, il n’y a rien de tel qui est prévu. »

 

Meilleur contrôle


Nicolas Marceau a aussi réitéré la nécessité d’exercer un « meilleur contrôle » des investissements en infrastructures.


« Ça coûte 78 % plus cher, simplement parce qu’on a des moyens de gestion qui sont déficients. […] Ça n’a pas de sens », a-t-il affirmé, promettant de resserrer la gestion de la planification des investissements en infrastructure comme le recommande une étude signée Secor-KPMG.


« Je ne ferai pas beaucoup de politique aujourd’hui, mais je pense que c’est correct de dire que le gouvernement précédent a échappé la gestion de la planification des investissements en infrastructures publiques. »


À la fin d’une semaine marquée par la reprise des travaux de la commission Charbonneau, il a indiqué ne détenir aucune « information » lui permettant de confirmer la mise en place d’un système de collusion et de corruption dans l’octroi et la gestion de contrats publics semblable à celui observé à la Ville de Montréal. « On en entend parler depuis plusieurs années. […] Ça va dans cette direction-là… », a-t-il toutefois ajouté.

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