Zone euro - Les banques amorcent le remboursement de leurs prêts à la BCE

278 instituts bancaires vont rembourser à la BCE 137,16 milliards d’euros sur les 468 milliards empruntés pour trois ans en décembre 2011.


Cette opération, suivie d’une seconde en février 2012 - 800 établissements avaient emprunté 529 milliards d’euros -, avait été décidée par la BCE pour tenter de remédier à une crise de confiance qui menaçait d’étrangler certaines banques de la zone euro, dans l’incapacité de trouver des liquidités sur le marché interbancaire. Défiance découlant directement de la crise de la dette.


En prêtant aux banques pour cette durée inédite et à très bon marché, la BCE espérait les voir à leur tour desserrer les cordons de la bourse et prêter davantage aux entreprises et ménages pour soutenir la croissance. Un espoir quelque peu déçu, de l’aveu même de son président Mario Draghi.


Grâce à l’amélioration substantielle du marché interbancaire, de nombreuses banques avaient exprimé ces dernières semaines leur intention de rembourser de manière anticipée cet argent pour montrer qu’elles vont bien.


« Certaines banques veulent utiliser ces remboursements pour gonfler les muscles », selon une source bancaire.


D’autres établissements ne savent que faire de cet excès de liquidités, faute de reprise économique dans la région.


Il dormait donc sur les comptes de la BCE, sous la forme de dépôts au jour le jour que l’institution monétaire de Francfort ne rémunère plus depuis juillet 2012, le taux de cette facilité étant tombé à 0 %.


La BCE se refuse à publier le nom des banques et les montants que chacune lui a empruntés et compte lui rembourser. Mais selon les estimations des économistes, ce sont les banques espagnoles, italiennes et françaises qui ont eu le plus recours aux LTRO, suivis de l’Allemagne et de l’Irlande.


Le bancassureur belge KBC a annoncé qu’il allait rembourser au premier trimestre 8,3 milliards d’euros, l’allemand Commerzbank a confirmé vouloir rendre les 17 milliards empruntés, tandis que la britannique Lloyds va rembourser jusqu’à 75 % des sommes empruntées, soit environ 10 milliards d’euros.

 

Effets en double teinte


« Les banques des pays solides en particulier ont intérêt à rembourser rapidement car chaque jour les réserves en excès leur coûtent », ont estimé Benjamin Schröder et Peggy Jäger, économistes chez Commerzbank.


Pour Jennifer McKeown de Capital Economics, ce remboursement anticipé risque de stigmatiser les établissements du sud, dont les pays restent englués dans la crise, s’ils ne peuvent y prendre part. En outre, cela va « souligner la faiblesse de la demande dans la région », selon elle.


Christian Schulz, de la banque Berenberg, préfère quant à lui y voir « un vote fort de confiance ».


« Beaucoup de ces fonds sont retournés car les banques n’en ont plus besoin », écrit-il, en particulier grâce à l’annonce de la BCE en septembre d’un nouveau programme de rachat de dette publique qui a contribué à ramener le calme en zone euro.


En outre, notait un banquier central, les banques ont toujours la possibilité d’user des autres offres de prêts de la BCE, lors de ses opérations à une semaine, un mois et trois mois.


Pour Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC, ces chiffres restent toutefois « difficiles à interpréter tant qu’on ne connaît pas la répartition géographique des remboursements. Si des banques italiennes et espagnoles ont commencé à rembourser, ce sera un très bon signe pour la normalisation du secteur bancaire européen ».

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