Le «déficit d’infrastructures» continue de se creuser

Le pont Champlain, à Montréal
Photo: - Le Devoir Le pont Champlain, à Montréal

Le Canada n’investit pas assez pour entretenir ses infrastructures, qui sont pourtant déjà insuffisantes, constate une nouvelle étude, et le gouvernement (fédéral) qui dispose de plus ressources financières se décharge de plus en plus de cette responsabilité sur les gouvernements (locaux) qui en ont le moins.


Les gouvernements au Canada consacrent en moyenne entre 20 et 30 milliards chaque année à la construction et à l’entretien des grandes infrastructures de transport (routes, ponts, trains…) et de services publics (énergie, eau, communication…). Or il faudrait au moins 45 milliards seulement pour entretenir les infrastructures existantes, et de 60 à 75 milliards pour redonner à l’économie canadienne les infrastructures qu’elle mérite, estime une étude du Centre canadien de politique alternative (CCPA) dévoilée jeudi en prévision du prochain budget du gouvernement fédéral.


« Le sous-investissement dans les infrastructures n’est pas une crise. C’est un problème chronique au Canada », écrit l’économiste Hugh Mackenzie. Un problème dont sont quotidiennement témoins les Canadiens chaque fois qu’ils sont pris dans les bouchons de circulation, qu’une vieille canalisation éclate sous leurs rues, qu’on leur recommande de faire bouillir leur eau potable ou qu’ils voient grossir le problème de la gestion des déchets. Un problème qui se mesure aussi de façon statistique.


Cela fait plus de 30 ans que l’on a commencé à parler d’un « déficit d’infrastructures » au Canada, dit l’étude. À cette époque, la valeur des infrastructures publiques équivalait à 30 % du produit intérieur brut (PIB). Cette valeur est tombée à 22 % du PIB depuis. Pour seulement la maintenir à ce niveau, les gouvernements devraient y consacrer des investissements annuels équivalant à 2,9 % du PIB.


En recul constant depuis la fin des années 50, cet effort n’était plus que de 1,6 % à la fin des années 90 et n’a brièvement remonté qu’à 2,7 % à la faveur de leurs grands plans de relance durant la Grande Récession. Un retour à un stock d’infrastructures équivalant à 30 % du PIB nécessiterait bien plus que cela (4,3 % par année).


Il y a plusieurs raisons à cette négligence, poursuit l’auteur. Comme le coût des infrastructures se voit tout de suite, mais que l’impact positif ne se fait sentir qu’à long terme, celles-ci font des cibles parfaites lors de compressions budgétaires. Cibles d’autant plus parfaites que, contrairement aux autres dépenses des gouvernements, elles n’ont pas de « clientèle » directement touchée susceptible de protester contre d’éventuelles compressions.


Un autre déséquilibre fiscal


Ce phénomène a graduellement amené le gouvernement fédéral à se délester de cette responsabilité sur les gouvernements provinciaux, mais surtout locaux. Sa part dans les investissements est ainsi descendue d’un peu plus de 30 % du total en 1955, à moins de 15 % en 2010. Celle des provinces est partie et est revenue à 40 % après avoir légèrement augmenté jusqu’au début des années 80, puis être descendue jusqu’au milieu des années 90. La part assumée par les pouvoirs locaux est la seule à avoir augmenté constamment durant toutes ces années, partie à environ 25 % et rendue aujourd’hui à presque le double.


Le plus absurde, s’insurge le CCPA, un institut de recherche de gauche basé à Ottawa, est que le fédéral est le gouvernement qui dispose des ressources fiscales les plus flexibles et les plus stables face aux cycles économiques, soit tout le contraire des pouvoirs municipaux.


En résumé, dit Hugh Mackenzie, « lorsqu’il est question des infrastructures physiques au Canada, le gouvernement fédéral a l’argent, les gouvernements provinciaux ont la compétence constitutionnelle et les gouvernements locaux ont la responsabilité de faire les investissements ».


Il serait temps, selon lui, de faire fi des chicanes constitutionnelles et de permettre le transfert direct de fonds d’Ottawa aux gouvernements locaux. Il faudrait aussi trouver un mode de gouvernance « transparent et robuste » mettant à l’abri le financement des infrastructures de l’électoralisme et de basses manoeuvres visant à promouvoir la privation des équipements publics.

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