Le dégel des taux attendra

Le gouverneur de la Banque du Canada a affronté un froid polaire pour annoncer qu’une hausse des taux d’intérêt à court terme est improbable.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Le gouverneur de la Banque du Canada a affronté un froid polaire pour annoncer qu’une hausse des taux d’intérêt à court terme est improbable.

Le ralentissement économique des derniers mois et la nouvelle prudence des ménages canadiens devant l’endettement forcent la Banque du Canada à réviser à la baisse ses projections de croissance et à annoncer que la hausse des taux d’intérêt « est moins imminente que prévu auparavant ».

Comme prévu, la banque centrale canadienne a maintenu, mercredi, son taux directeur au niveau exceptionnellement bas de 1 %. Son principal outil d’intervention est à ce niveau depuis l’interruption d’un bref début de resserrement des conditions monétaire en septembre 2010, soit la plus longue période sans changement depuis les années 50.


La surprise est venue de son admission publique que les conditions économiques se prêtent encore moins qu’auparavant à une éventuelle remontée des taux d’intérêt et que ce jour pourrait venir encore plus tard qu’on le pensait. Bien qu’elle continue de croire « qu’une réduction modeste de la détente monétaire sera probablement nécessaire au fil du temps », elle a constaté, dans son communiqué, que le retour de l’économie à sa cible d’inflation de 2 % est plus long que prévu et que la confirmation d’une « évolution plus constructive » en matière d’endettement des ménages « laisse entrevoir qu’une telle réduction est moins imminente que prévu auparavant ».


Concrètement, le contexte économique national et international force la Banque du Canada à réviser les prévisions qu’elle faisait il y a trois mois à peine. Plutôt qu’une croissance au Canada de 2,2 % en 2012, de 2,3 % en 2013 et de 2,4 % en 2014, la nouvelle version de son Rapport sur la politique monétaire dévoilée hier prévoit désormais des taux de croissance de 1,9 %, de 2 % et de 2,7 % respectivement. À ce rythme, l’économie canadienne ne pourra pas rouler à pleine capacité dès la fin de l’année, comme on le croyait encore en octobre, mais devra attendre la seconde moitié de 2014.


Ces révisions à la baisse pour les deux premières années sont attribuées à cette récession en Europe qui « se prolonge un peu plus qu’anticipé » et à de nouveaux ralentissements dans certaines économies émergentes à l’exception de la Chine. Les « perturbations temporaires » dans la production pétrolière au large de Terre-Neuve et « la congestion persistante des infrastructures de transport » du pétrole de l’Ouest canadien ont aussi exercé une pression à la baisse record sur le prix de l’or noir canadien. L’économie canadienne a aussi fait les frais de niveaux d’investissement et d’exportation des entreprises plus faibles que ce qui était espéré, mais qui devraient « rebondir » avec la demande étrangère au cours de 2013.


Des consommateurs (enfin) plus prudents


La baisse de régime de l’économie canadienne serait également attribuable au ralentissement, tout aussi nouveau que bienvenu, du rythme d’endettement des consommateurs au pays. « La prudence à l’égard des niveaux d’endettement élevés a commencé à avoir pour effet de restreindre les dépenses des ménages », observe la Banque du Canada. Celle-ci dit s’attendre désormais à ce que cette tendance se poursuive et que le ratio de la dette au revenu cesse d’augmenter et se stabilise près du niveau actuel d’environ 165 % du revenu disponible des ménages.


Même s’il vient réduire la croissance économique à court terme, ce phénomène est une bonne nouvelle pour la Banque du Canada. Son gouverneur, Mark Carney, a plusieurs fois exprimé sa grande inquiétude devant le rythme et l’ampleur de l’endettement des ménages, qui découlent notamment de la forte croissance des prix du marché immobilier et, paradoxalement, de la faiblesse record des taux d’intérêt. À défaut de pouvoir compter sur un contexte économique permettant à sa banque centrale de relever son taux directeur, le gouvernement fédéral a répondu à ces inquiétudes en resserrant ses règles en matière de prêt hypothécaire. Toujours inquiète, la banque centrale était allée jusqu’à laisser entendre, en octobre, que l’endettement des ménages était devenu un problème tellement sérieux qu’il pourrait forcer un resserrement des conditions monétaires plus tôt qu’on ne l’aurait fait autrement.


Cet endettement continuait malgré tout, hier, de figurer dans la liste des facteurs de risques qui pèsent sur l’économie canadienne que la Banque du Canada dresse à la fin de son rapport sur l’économie.


« Nos propres analyses suggèrent que l’efficacité des nouvelles règles hypothécaires pourrait être de courte durée et que le marché immobilier pourrait connaître un nouveau rebond ce printemps », ont cependant mis en garde les économistes Francis Fong et Leslie Preston de la Banque TD.

 

Encore trop optimiste


La Banque du Canada n’avait pas le choix de revoir à la baisse ses prévisions économiques, ont observé la plupart des analystes. « Malgré les révisions à la baisse, nous continuons de penser qu’elle reste trop optimiste au sujet de la croissance pour 2013 », ont commenté Paul-André Pinsonnault et Krishen Rangasamy, de la Banque Nationale. La faible contribution des dépenses des gouvernements à la croissance, le frein exercé par le secteur immobilier résidentiel, de même que la décélération probable du marché du travail et le poids de la morosité mondiale et de la vigueur du huard sur les exportations devraient, selon eux, se combiner de façon à limiter la croissance à un « timide » 1,5 % cette année.


Benoit P. Durocher, du Mouvement Desjardins, pense aussi que la Banque du Canada n’en est pas à sa dernière correction à la baisse de ses prévisions économiques. Dans l’état des choses, il serait étonnant, selon lui, que la première « légère augmentation » de ses taux directeurs vienne avant le milieu de l’année prochaine. D’ici là, il est possible qu’elle soit même forcée d’adoucir encore un peu son discours, dit-il, soit en effaçant simplement de ses communiqués le passage où elle fait mention de l’éventuel resserrement de sa politique monétaire, soit en annonçant publiquement une date - suffisamment éloignée - avant laquelle elle ne compte pas commencer à relever ses taux d’intérêt, comme elle l’a déjà fait par le passé et comme le fait actuellement son homologue, la Réserve fédérale américaine.


La prochaine annonce des taux directeurs de la Banque du Canada est prévue le 6 mars.

2 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 24 janvier 2013 03 h 50

    Au Canada

    Y a tu quelqu'un qui n'est pas contant de vivre au Canada au lieu d'en Espagne à matin ? Avec des banquiers qui savent que si tu égorges la poule t'auras plus d'oeuf. J'espère que le remplaçant de M.Carney gardera la même philosophie.

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 24 janvier 2013 12 h 53

      tant que tu n'aura pas la facture de notre endettement, tout vas bien....