Critiques sur l’absence de liaison directe avec l’Asie - Les gens d’affaires refusent de jeter la pierre à Air Canada

Le président d’Air Canada, Calin Rovinescu, a prononcé son allocution puis est parti sans répondre aux questions des journalistes.
Photo: - Le Devoir Le président d’Air Canada, Calin Rovinescu, a prononcé son allocution puis est parti sans répondre aux questions des journalistes.

Le président et chef de la direction d’Air Canada, Calin Rovinescu, a trouvé une oreille compréhensive lors de son passage, mardi midi, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). Son allocution arrivait au lendemain de la publication dans Le Devoir d’un texte dans lequel le professeur Michel Archambault, de la Chaire de tourisme de l’UQAM, dénonçait le fait que le transporteur, dont le siège social est à Montréal, n’offre aucun lien direct entre la métropole québécoise et les marchés offrant le plus fort potentiel économique et touristique, notamment en Asie et en Amérique du Sud.


Le président-directeur général d’Aéroport de Montréal, James Cherry, a estimé, en point de presse après le discours de Calin Rovinescu, que Montréal était, au contraire, « gâtée pour une ville de sa taille », en matière de liaisons directes offertes, par Air Canada et les autres compagnies, et qu’on devait arrêter de se comparer à une ville beaucoup plus grande, comme Toronto, ou plus riche, comme Calgary. « Il faut respecter la décision d’Air Canada, a-t-il poursuivi à propos de l’absence de vol entre la Chine et Montréal. Ils ne sont pas stupides. S’ils peuvent exploiter une liaison de manière rentable, ils vont le faire. »


« Les gens d’affaires sont frustrés, a dit de ses membres le président et chef de la direction de la CCMM, Michel Leblanc, comme dans n’importe quelle autre grande ville qui n’est pas une plaque tournante. On peut vouloir refaire l’histoire tant qu’on veut, la réalité est que Montréal n’est pas la plaque tournante [du Canada] et que c’est à nous de présenter des cas flagrants de liaisons rentables à Air Canada. »


Déjà chanceux


Lors de son discours, le patron d’Air Canada a d’abord rappelé le long et difficile chemin parcouru par son entreprise pour assurer sa pérennité dans une industrie où les marges de profits sont minces, et les exemples de grandes compagnies tombées au champ d’honneur sont nombreux. Il a fait remarquer qu’Air Canada faisait tout son possible afin de maintenir trois plaques tournantes au Canada alors que la plupart des pays n’en ont qu’une principale. « En France, on a Paris. En Angleterre, on a Londres. Au Japon, on a Tokyo. En Australie, on a Sydney, etc. »


Calin Rovinescu a ensuite fait valoir que sa compagnie desservait directement, de Montréal : 23 destinations au Canada, 16 aux États-Unis, 5 en Europe et 23 destinations soleil. Des vols vers Rome, Athènes et le nord-ouest de l’Afrique devraient s’ajouter, avec, notamment, le développement de son nouveau transporteur à faibles coûts, Air Canada rouge.


« Nous estimons que les deux nouveaux vols prioritaires pour Montréal sont ceux de Beyrouth et Pékin », a-t-il affirmé. Mais le premier n’a malheureusement pas obtenu les approbations gouvernementales nécessaires et le second se révèle « rare et onéreux ». Après de longues négociations, Air Canada a obtenu deux nouveaux créneaux pour la Chine, le premier est allé à Vancouver et Toronto, alors que le deuxième se trouvait dans une case horaire tellement peu conviviale que le service n’aurait pas été viable commercialement. « Nous sommes cependant déterminés à réessayer », a-t-il assuré.


Se disant déjà en retard pour d’autres obligations, le patron d’Air Canada a littéralement fui les journalistes par une porte de service après l’événement.


Selon le professeur Michel Archambault, Vancouver dispose déjà de 81 vols directs par semaine vers les économies émergentes d’Asie, alors que Toronto en compte 63 vers le continent asiatique et 32 vers l’Amérique du Sud, et que même Calgary a son vol quotidien vers Tokyo.

 

En attendant le 787


Le cas de Calgary devrait justement servir d’inspiration à Montréal, pense Michel Leblanc. Désireuse d’augmenter le nombre de vols hebdomadaires vers le Japon, sa communauté d’affaires s’est concertée pour offrir en échange, à Air Canada, une réduction de ses droits aéroportuaires, une augmentation de leur utilisation de l’ensemble de ses services de transport de passagers et de fret, ainsi que le financement d’une campagne de promotion au Japon.


On estime que 400 voyageurs prennent chaque jour le chemin de l’Asie à Montréal, dont environ 120 vers Pékin, dit Aéroport de Montréal. Cela serait déjà suffisant pour avoir 3 vols hebdomadaires Montréal-Pékin. L’affaire ne se discute pas seulement avec Air Canada, mais aussi avec des transporteurs chinois, dit James Cherry. « Ça avance bien. Mais il faut être patient », dit-il, parlant d’un délai deux ans.


Les nouveaux appareils Boeing 787 d’Air Canada seront un atout, pense-t-il, parce qu’ils sont conçus pour faire, de façon rentable, de longs vols avec moins de passagers.


La compagnie américaine a toutefois rencontré de nombreux problèmes techniques avec ses premiers appareils, au point où les autorités en matière de sécurité aérienne les ont cloués au sol le temps qu’ils soient réglés. Ce contretemps, a déclaré mardi Calin Rovinescu, prouve qu’Air Canada a eu raison de laisser à d’autres compagnies le rôle de premiers acheteurs et le risque de rencontrer les inévitables problèmes de rodage qui s’y rattachent. Il a toutefois dit avoir confiance dans les capacités de Boeing de trouver rapidement les correctifs nécessaires. « Nous ne prévoyons aucun retard de livraison. »


Air Canada a commandé 37 Boeing 787 et détient des options ou droits d’achat pour 23 autres. Initialement prévue en 2010, la livraison des premiers appareils est maintenant promise pour la fin de 2014, le reste des livraisons devant s’échelonner jusqu’en 2019.

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