Forum économique de Davos - Virer au vert pour pas cher

Des moutons devant une station de captation d’énergie solaire, en France.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jean-Christophe Verhaegen Des moutons devant une station de captation d’énergie solaire, en France.

Il suffirait, aux gouvernements de la planète, d’ajouter seulement 36 milliards de plus à l’effort qu’ils consentent déjà annuellement à la lutte contre les changements climatiques pour atteindre leur but avec l’aide du secteur privé, soit trois fois moins que le prix des catastrophes naturelles seulement aux États-Unis en 2012 (110 milliards), conclut le rapport de 38 pages dévoilé lundi par la Green Growth Action Alliance, un groupement d’une cinquantaine de grandes entreprises, de banques, d’agences gouvernementales de développement et d’organisations internationales créé lors du G20 tenu au Mexique en 2010.

 

Tant qu’à investir


Les auteurs de l’étude arrivent à cette conclusion en faisant le total des investissements qui seront de toute façon nécessaires d’ici 2030, en matière notamment de véhicules et d’infrastructures de transport, de bâtiments et d’industries, d’énergie et d’eau, et en ajoutant - ou en soustrayant, dans le cas, par exemple, d’économie d’énergie - ce qu’il en coûterait pour que ces nouveaux équipements permettent d’atteindre l’objectif d’une augmentation moyenne des températures qui ne dépasse pas la cible des 2 °C.


Ils arrivent à un coût supplémentaire d’environ 700 milliards par année. Se fiant à de nombreuses expériences, réalisées entre autres par la Banque mondiale, ils estiment que des investissements bien ciblés des pouvoirs publics de l’ordre de 130 milliards - sous forme de garanties de prêt, d’assurances et de mesures d’incitation - pourraient générer les 570 milliards restant de la part d’investisseurs privés. Comme l’effort financier des gouvernements en matière de lutte contre les changements climatiques s’élève déjà à 96 milliards par année, il ne manquerait plus que 36 milliards.

 

Inévitable


Les auteurs du rapport admettent que le temps n’est pas le mieux choisi pour demander à des gouvernements déjà lourdement endettés de mettre encore la main à la poche. Cet effort financier supplémentaire s’avère toutefois bien modeste en comparaison des 5 millions de morts et des 1200 milliards de dommages que causeraient déjà les changements climatiques, selon le Climate Vulnerable Forum. « D’ici 2030, on estime que le coût combiné de l’évolution du climat et de la pollution atmosphérique atteindra 3,2 % du produit intérieur brut mondial », dit le rapport.


Rendre l’économie plus verte est le seul moyen pour répondre aux besoins d’une population mondiale de 9 milliards d’habitants d’ici 2050 , prévient Thomas Kerr, qui dirige les initiatives sur le changement climatique au Forum économique mondial. « Il existe de nombreux exemples de gouvernements ayant ciblé leurs investissements de façon stratégique afin de mobiliser les fonds privés en faveur d’infrastructures vertes. Le moment est venu d’appliquer à une grande échelle les solutions qui ont fait leurs preuves. »

 

Clairvoyance et cohérence


Pour fonctionner, ces initiatives exigent une vision claire et des politiques cohérentes, avertissent cependant les auteurs du rapport. Les gouvernements devront, par exemple, commencer par mettre enfin un terme aux subventions qu’ils continuent de verser aux énergies fossiles. Ils devront aussi mettre en place des systèmes, comme une bourse ou une taxe du carbone, qui envoient aux utilisateurs des « signaux de prix » à long terme. Ils devraient aussi encourager le libre-échange des technologies vertes.


Le résultat ne sera pas moins d’activité économique, au contraire. Toutes ces réformes amèneront de la croissance et des emplois, sans parler de l’amélioration de la qualité de vie. Les pays en développement, comme la Chine ou l’Inde, n’auraient pas besoin de renoncer à leur aspiration de croissance.


« Les surcoûts du virage vert de la croissance économique sont insignifiants en comparaison du prix de l’inaction, les économies qu’il génère payant déjà une bonne partie de la facture. Il y a toutefois des barrières à surmonter, comme l’inertie des institutions, le désavantage à être le premier à bouger et la résistance au changement. Il faudra de la vision et du leadership de la part de nos gouvernements et des entreprises », conclut le rapport.


La grand-messe de la mondialisation


Grand-messe à la gloire de la mondialisation, le Forum économique mondial inaugura officiellement sa 43e édition, mercredi, dans son nid au creux des Alpes suisses, dans la station de ski de Davos. Plus de 2500 participants, dont une cinquantaine de chefs d’État ou de gouvernement, 1500 dirigeants de grandes entreprises, ainsi que plusieurs représentants d’ONG, de journalistes et d’artistes, s’y côtoieront jusqu’au 27 janvier, pour discuter, entre autres choses, de la reprise économique, de l’Union européenne et du chômage, mais aussi de religion, d’obésité et de jazz.

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